Près d’un patient sur deux interrompt ou modifie son traitement prescrit contre le cholestérol sanguin par peur des effets secondaires possibles (troubles digestifs, maux de tête, fatigue, crampes, etc).

Pourtant, selon une vaste étude publiée dans l’European Heart Journal ce mercredi, l’intolérance aux statines, des médicaments qui agissent contre l'excès de mauvais cholestérol, serait largement surestimée et surdiagnostiquée. D’après les chercheurs, l'effet nocebo pourrait expliquer une part importante des effets indésirables déclarés.

Statines : moins de 10 % des patients seraient intolérants

Jusqu’à maintenant, la littérature scientifique avançait que la proportion de personnes intolérantes aux statinesvariait de 5 à 50 %. Un écart très large qui laissait la porte ouverte à toutes sortes d’interprétations.

Les chercheurs de deux universités polonaises ont donc pris le sujet en main et ont analysé les résultats de 176 études reposant sur 4 143 500 patients dans le monde entier. Avec l’aide du Pr Maciej Banach, ils assurent que la prévalence globale de l'intolérance aux statines serait de 9,1%, pas plus !

"Ces résultats n'ont pas été une surprise pour moi et signifient que 93 % des patients sous statines peuvent être traités efficacement et sans aucun problème de sécurité", insiste le Pr Banach.

Certaines patients plus sensibles que d’autres aux effets secondaires

Pour expliquer la mauvaise réputation de ces médicaments, l’équipe de scientifiques avancent plusieurs raisons.

D’abord, certaines catégories de personnes seraient plus sensibles que d’autres aux effets indésirables des statines. C’est notamment le cas des personnes âgées, de sexe féminin, des populations noire ou asiatique, des personnes obèses, souffrant de diabète, d'insuffisance hépatique ou rénale.

C’est également le cas des patients déjà traités avec d’autres médicaments pour de l'arythmie cardiaque, de l'hypertension avec des inhibiteurs calciques ou qui souffrent d'alcoolisme. Dans chacun de ces groupes, les taux d'intolérance varient entre 22 et 48 %.

Pour les autres, les spécialistes ont une autre explication : "Nous devons évaluer très attentivement les symptômes des patients pour voir s'ils sont effectivement causés par les statines, mais surtout pour évaluer la part de la perception que les patients ont de la nocivité de ces médicaments, autrement dit, si leurs symptômes ne seraient pas le résultat d'un effet nocebo", avance le Pr Banach. Selon lui, plus de 50 % des symptômes ressentis par les patients pourraient s’expliquer de cette façon.

Conclusion : les patients ont bien plus de risques de développer des problèmes cardiaques et vasculaires, y compris mortels, à cause d’un taux de cholestérol trop élevé, que de subir des effets secondaires liés à la prise de statines.

Qu’est-ce-que l’effet nocebo ?

On évoque souvent l’effet placebo qui associe des bénéfices à une substance inerte, mais moins de l’effet inverse. “On parle d’effet nocebo lorsque l’effet psychologique ou physiologique associé à la prise d’une substance inerte engendre des effets délétères pour l’individu”, décrit l’Inserm.

“Si le cerveau est capable de soulager certaines douleurs et affections simplement après la prise de substances inertes, il peut aussi mener à des symptômes redoutés, voire un effet indésirable attendu ou non.” Ces effets moins étudiés sont pourtant bien réels et peuvent justement mener des patients à rejeter un médicament.

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Sources

https://academic.oup.com/eurheartj/advance-article/doi/10.1093/eurheartj/ehac015/6529098

https://www.vidal.fr/maladies/coeur-circulation-veines/cholesterol/medicaments.html 

https://presse.inserm.fr/effet-placebo-effet-nocebo-aucun-effet-vraiment/44685/

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