Maux de tête, fatigue, fièvre… Un tiers des participants aux essais cliniques des vaccins anti-Covid-19 ayant reçu un placebo ont signalé des événements indésirables systémiques. Les chercheurs parlent d’un “effet nocebo”. Explications.

Effet nocebo : des troubles bien réels

À l'inverse de l'effet placebo qui soulage, l'effet nocebo provoque des symptômes désagréables sans qu’aucun traitement pharmacologique n’ait été administré. Celui-ci est provoqué par l’image négative que peut renvoyer un vaccin ou encore un médicament. Ainsi, plus le patient redoute ses possibles effets indésirables et plus ils sont augmentés. Le médecin Dominique Dupagne explique sur France Inter que les troubles sont bien réels car l’effet nocebo modifie le fonctionnement cérébral, le métabolisme, le seuil douloureux ou encore l’équilibre hormonal. “Ce n’est pas du chiqué et encore moins des manifestations hystériques survenant chez des personnalités fragiles, détaille-t-il. Tout le monde peut être concerné”.

Vaccin anti-coronavirus : l’effet nocebo responsable de 76 % des symptômes

Une étude a été menée par une équipe de chercheurs du Beth Israel Deaconess Medical Center (BIDMC) grâce aux données de 12 essais cliniques de vaccins anti-Covid-19. Ces derniers comprenaient des rapports sur les effets indésirables de 22 578 receveurs du placebo et 22 802 receveurs du vaccin.

Après la première injection, plus de 35 % des personnes ayant reçu le placebo ont présenté des effets indésirables systémiques. Parmi les symptômes les plus fréquents, les chercheurs ont noté les maux de tête (19,6 %), la fatigue (16,7%) ou encore la fièvre. Par ailleurs, 16 % des personnes ayant reçu le placebo ont signalé au moins un événement local, tel qu'une douleur au site d'injection, un gonflement ou une rougeur.
En comparaison avec les personnes qui ont réellement reçu le vaccin, 46 % d’entre elles ont subi au moins un effet indésirable systémique et les deux tiers ont signalé au moins un événement local.

De ce fait, l’analyse des chercheurs suggère que l’effet nocebo représenterait 76 % de tous les effets indésirables dans le groupe vacciné et près d'un quart de tous les effets locaux signalés.

En revanche, après la seconde dose, les personnes ayant reçu le placebo témoignent moins d’effets indésirables systémiques (baisse de 3 %), alors que les vaccinés en signalent plus souvent (hausse de 15%). Ainsi, après la seconde dose, les chercheurs ont calculé que 52 % des effets secondaires pouvaient être imputables à l’effet nocebo.

Effets secondaires : faut-il informer le patient ?

"Les symptômes non spécifiques comme les maux de tête et la fatigue - dont nous avons montré qu'ils sont particulièrement sensibles au nocebo - sont répertoriés parmi les effets indésirables les plus courants après la vaccination contre le Covid-19 dans de nombreuses brochures d'information", a déclaré l'auteur principal de l’étude Ted J. Kaptchuk, directeur du programme en Placebo Studies and the Therapeutic Encounter au BIDMC et professeur de médecine à la Harvard Medical School. "Les preuves suggèrent que ce type d'informations peut amener les gens à attribuer à tort des sensations de fond quotidiennes courantes comme résultant du vaccin ou à provoquer de l'anxiété et des inquiétudes qui rendent les gens hyper attentifs aux sentiments corporels concernant les événements indésirables".

Alors que certains chercheurs pensent qu'informer les patients des effets indésirables peut être nocif, ce scientifique pense qu' au contraire, il est éthiquement nécessaire d'informer pleinement les participants des effets indésirables potentiels des vaccins. Néanmoins, en informant le public du potentiel effet nocebo, le chercheur espère faire diminuer les inquiétudes concernant la vaccination contre le Covid-19, “ce qui pourrait réduire l'hésitation à la vaccination”.

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Sources

https://www.eurekalert.org/news-releases/940270 

https://www.franceinter.fr/emissions/sante-polemique/sante-polemique-15-janvier-2019 

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