Chauffage : pourquoi il ne faut plus le mettre à 19 °C après 60 ans ?

Publié par Aude Klain
le 23/10/2026
personne qui règle son chauffage
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Photo d'illustration
On le répète depuis des années, caler son thermostat sur 19 °C est la meilleure chose à faire pour la santé et les économies d’énergie. Pourtant cette autre température protège l'organisme contre les hausses de tension artérielle et l'humidité sans déséquilibrer les factures d'énergie.
 

La consigne des 19 °C résonne depuis des décennies comme le barème universel de la modération thermique dans les logements. Pourtant, les transformations récentes de nos modes de vie et les données médicales actuelles remettent directement en cause ce standard énergétique. Rester assis plusieurs heures consécutives dans une pièce maintenue sous ce seuil expose le corps à des contraintes physiologiques mesurables.

La règle des 19 °C : un compromis historique inadapté

La recommandation de chauffer son logement à 19 °C ne provient pas d'un consensus médical sur le bien-être corporel. Elle trouve son origine dans le décret français du 3 décembre 1974, instauré à la suite des chocs pétroliers pour réduire la dépendance nationale aux hydrocarbures puis confirmé par plusieurs textes de lois jusqu’au décret final publié en octobre 1979. À cette période, les pouvoirs publics cherchaient une réponse rapide d'austérité énergétique, sans modéliser l'impact physiologique d'une telle température sur le métabolisme.

Mais on ne vit plus comme en 1974, et la population a depuis beaucoup vieilli. Rester plus longtemps à la maison (en télétravail ou retraite), moins bouger, font ainsi partie d’habitudes de vie plus ancrées, surtout après 60 ou 70 ans. Par exemple, l'immobilité prolongée devant un écran diminue l'activité musculaire et réduit drastiquement la production interne de chaleur corporelle. De plus, la mesure affichée par le thermomètre est souvent trompeuse : l'effet de paroi froide des murs peu isolés et un taux d'humidité inadéquat abaissent la température perçue de deux à trois degrés par rapport à la température de consigne.

L'impact direct de la température de nos intérieurs sur le cœur

Dès que l'air ambiant descend sous la zone de neutralité thermique, l'organisme enclenche une vasoconstriction périphérique réflexe. Les vaisseaux sanguins cutanés se contractent pour concentrer le flux vers les organes profonds et maintenir les 37 °C internes. Ce rétrécissement vasculaire accroît immédiatement la résistance artérielle et oblige le muscle cardiaque à fournir un effort accru pour propulser le sang.

Une recherche menée par l'University College London et publiée dans le Journal of Hypertension détaille cette réaction : chaque baisse de 1 °C de la température ambiante entraîne une hausse de 0,48 mmHg de la pression systolique et de 0,45 mmHg de la pression diastolique. Cette charge mécanique répétée fragilise particulièrement les personnes âgées, les individus souffrant d'hypertension débutante et les travailleurs immobiles, chez qui l'exposition continue à un intérieur frais majore la probabilité d'accidents vasculaires hivernaux.

Pourquoi la barre des 20 °C protège-t-elle mieux l'organisme ?

Fixer le thermostat à 20 °C dans les pièces de vie facilite l'homéostasie thermique du corps humain. À ce niveau, l'organisme maintient sa température centrale sans activer de réflexe défensif ni générer de fatigue liée à la lutte contre le froid.

Ce réglage améliore également la qualité de l'environnement intérieur. En diminuant la condensation sur les parois et les vitrages, une pièce chauffée à 20 °C freine le développement des moisissures et la multiplication des acariens, deux éléments toxiques pour les voies respiratoires qui favorisent les crises d'asthme et les bronchites. Enfin, d'après des travaux parus dans la revue Health and Quality of Life Outcomes, un environnement convenablement tempéré soutient les performances cognitives : un air trop frais réduit la concentration et la rapidité des fonctions exécutives lors des tâches intellectuelles prolongées.

Moduler la température pièce par pièce : la vraie bonne idée ?

Adopter ce nouveau seuil de confort ne conduit pas inévitablement à des factures démesurées. Si l'ADEME rappelle qu'un degré supplémentaire augmente la consommation théorique d'environ 7 %, un réglage centralisé à 20 °C évite le recours à des radiateurs d'appoint électriques, particulièrement énergivores et onéreux à l'usage.

La méthode la plus maline consiste à moduler les températures selon l'usage des pièces. Les 20 °C s'appliquent au salon et à l'espace de bureau où les occupants sont le plus souvent sédentaires. Les chambres à coucher gagnent quant à elles à rester entre 16 °C et 18 °C pour garantir un sommeil physiologique réparateur, tandis que la salle de bains peut atteindre 21 ou 22 °C uniquement lors de son utilisation. L'usage d'un thermostat programmable connecté permet de réguler ces plages d'occupation et d'obtenir jusqu'à 15 % d'économies annuelles sans dégrader sa santé.

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