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Malgré les milliers de morts qu'il engendre chaque année, l'AVC (accident vasculaire cérébral) ne serait pas pris en charge de la même manière entre la gent masculine et féminine. Une nouvelle étude publiée dans la revue Neurology montre en effet qu'après avoir eu un AVC, les femmes auraient 13 % de chance en moins d’avoir un traitement anti-coagulant que les individus de sexe masculin.

L'étude évoque une autre méta-analyse qui a prouvé qu'entre 2000 et 2008, la différence entre les deux sexes était de 30 %. Un écart considérable qui se réduirait donc - à priori - avec le temps.

AVC : les femmes moins bien prises en charge

Pour arriver à ces chiffres, les chercheurs ont décortiqué 24 études sur une période de 10 ans. Au total, ces travaux ont été menés sur près d'un million de patients victimes d'un accident vasculaire cérébral.

Selon leurs résultats, en comparaison avec les données de 2000-2008, l'écart s'est réduit : les femmes ont aujourd'hui "seulement" 13 % de chances en moins de recevoir un traitement anti-coagulant que les hommes.

"Nous sommes encouragés par le fait que cet écart de traitement s'est réduit, mais il est absolument nécessaire de mener des recherches supplémentaires pour comprendre pourquoi cet écart persiste et s'il continue à se réduire", explique dans un communiqué Mathew Reeves, co-auteur de l'étude.

On peut également se demander si ces 13 % sont "suffisants" ? D'après les chercheurs, ce chiffre donne certes de l'espoir vis-à-vis de la prise en charge féminine, mais cela ne suffit pas.

En valeur absolue, la différence réelle est en effet bien plus modeste, de 0,5% à 1%, la plus importante étant de 8,4%.

"Néanmoins, même de petites différences pourraient se traduire par un grand nombre de femmes non traitées, étant donné la fréquence des accidents vasculaires cérébraux dans la population âgée", rappelle Mathew Reeves.

AVC : des symptômes différents chez les femmes

Après avoir observé les différences significatives de traitement entre les hommes et les femmes, on peut s'interroger sur le point suivant : pour quelles raisons les femmes sont moins susceptibles d'être soignées suite à un AVC ?

D'après les chercheurs, les causes sont diverses, mais leurs travaux ne permettent pas de "trancher" à ce sujet.

Les premières hypothèses impliquent des différences socio-économiques. Les femmes sont en effet beaucoup plus susceptibles d'être veuves ou de vivre seules, de sorte qu'elles peuvent arriver plus tard à l'hôpital ou ne pas savoir quand leurs symptômes ont débuté, contrairement aux personnes qui vivent en couple.

Par ailleurs, elles sont en général plus âgées que les hommes au moment de l'AVC, avec des profils de comorbidités (maladies associées) différents, et des symptômes moins connus que ceux des hommes.

Enfin, les maladies vasculaires sont souvent considérées comme un problème "masculin".

AVC : la première cause de décès chez les femmes

AVC : la première cause de décès chez les femmes© Istock

On le sait peu, et pourtant, l'AVC est la première cause de décès chez les femmes. Ces dernières conservent également des séquelles plus importantes que les hommes. Mais pourquoi sont-elles plus touchées ?

D'après le Pr Charlotte Cordonnier (Inserm, CHU de Lille), interviewée par Le Figaro, les causes sont multiples : "Aujourd’hui, il y a plus d’AVC chez les femmes, notamment parce qu’elles vivent plus longtemps. Mais leur physiologie les rend plus sensibles, notamment à cause de certaines hormones absentes chez l’homme, connues pour influencer la coagulation du sang et la capacité de développement des vaisseaux sanguins. Elles sont également sujettes à des facteurs de risques tels que l’hypertension et la fibrillation auriculaire, qui surviennent plus fréquemment et plus sévèrement que chez les hommes".

La grossesse et la ménopause affectent la santé vasculaire des femmes

La grossesse et la ménopause sont également des événements qui affectent durablement la santé vasculaire des femmes.

"Il a été montré que la survenue d’une hypertension au cours de la grossesse affectait le risque de faire un AVC de nombreuses années plus tard", révèle le Pr Cordonnier.

La professeure cite également les contraceptions à œstrogènes, "connues pour augmenter légèrement le risque de faire un AVC".

Pourtant, la gent féminine est peu informée de ces risques.

Autre problème : celle-ci est très peu représentée dans les essais cliniques. Résultat : on connaît moins bien l'impact de l'AVC sur les femmes, leurs symptômes, les effets des traitements...

En outre, le Pr Cordonnier, rappelle que les femmes connaissent bien les symptômes mais ne se sentent pas visées et n’appellent pas à temps les secours. "Le diagnostic est posé plus tardivement que chez les hommes, ce qui peut aboutir à une moindre efficacité du traitement", conclut-elle.

AVC : les facteurs de risque sont-ils différents chez les femmes et chez les hommes ?

AVC : les facteurs de risque sont-ils différents chez les femmes et chez les hommes ?© Istock

D'après le site Cœur et AVC, certains facteurs de risque d’AVC sont propres aux femmes.

  • Certaines périodes de la vie des femmes, comme la grossesse, la ménopause et la vieillesse, augmentent le risque d’AVC.
  • Les contraceptifs oraux et l’hormonothérapie substitutive augmentent le risque d’atteinte.
  • Le risque de développer une fibrillation auriculaire (FA), un facteur de risque important de l’AVC, augmente avec l’âge. Étant donné que les femmes vivent plus longtemps que les hommes, il y a plus de femmes qui en sont atteintes. L’atteinte causée par la fibrillation auriculaire est souvent plus grave chez les femmes et celles-ci sont plus nombreuses que les hommes à mourir d’un AVC lié à cette condition. De plus, leurs séquelles sont plus importantes.
  • Enfin, il a été démontré que les femmes d’origine sud-asiatique sont plus susceptibles d’être atteintes de diabète de type 2, et les femmes d’origine africaine sont davantage prédisposées à l’hypertension artérielle et à l’obésité, tous des facteurs de risque de l’AVC.

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Sources

Sex differences in IV thrombolysis treatment for acute ischemic stroke, revue neurology, June 10, 2020. 

AVC : les femmes ont toujours moins de chances de recevoir leur traitement que les hommes, Sciences et Avenir, 13 juin 2020.

Pourquoi hommes et femmes ne sont pas égaux face aux AVC, Le Figaro, 7 septembre 2020.

L’AVC chez les femmes, Coeur et AVC.

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