L’alimentation aurait-elle un impact sur le développement de la sclérose en plaques ? Une étude publiée le 27 janvier dernier dans la revue eBioMedicine révèle qu’avoir une alimentation riche en viande augmenterait le risque de développer une sclérose en plaques. Pour rappel, la sclérose en plaques est une maladie auto-immune dans laquelle le corps attaque la myéline, gaine protectrice des fibres nerveuses. Si on ne sait pas exactement ce qui déclenche cette attaque du système nerveux, de plus en plus de preuves suggèrent que les bactéries joueraient un rôle dans le développement de la maladie. Sachant que les bactéries intestinales peuvent affecter le système immunitaire et que le régime alimentaire influence lui-même les bactéries intestinales, les chercheurs ont lancé une étude pour établir une éventuelle corrélation entre alimentation et sclérose en plaques.

Microbiote : moins de bactéries intestinales

Les scientifiques ont donc étudié 25 patients souffrant de sclérose en plaques et 24 personnes n’ayant pas la maladie. Lors de cette étude de six mois menée sur 49 participants, les chercheurs de l'Université du Connecticut et de l'Université de Washington ont analysé le microbiome intestinal, le système immunitaire, l'alimentation et le sang des 25 patients atteints de sclérose en plaques et les ont ensuite comparé cela avec les données de 24 personnes en bonne santé. Les participants devaient également spécifier ce qu’ils avaient mangé à chaque repas.

Résultat, une consommation de viande plus élevée a été constatée chez les patients atteints de la maladie, ce qui a conduit l'équipe à émettre l'hypothèse qu'il y avait un lien entre la sclérose en plaques et un régime riche en viande. Les personnes mangeant plus de viande se sont également révélés avoir moins de “Bacteroides thetaiotaomicron” dans les intestins, une bactérie impliquée dans la digestion des glucides des légumes. De plus, des échantillons de sang de patients atteints de sclérose en plaques ont montré des niveaux plus élevés d'une cellule du système immunitaire appelée Th17. Les lymphocytes Th17 ont un rôle important et parfois déterminant dans la mise en place d’une réponse immunitaire lors d’infections bactériennes et fongiques. Les chercheurs ont noté une augmentation des marqueurs pro-inflammatoires dans le sang chez les personnes atteintes de la maladie.

Plus de marqueurs pro-inflammatoires dans le sang

"Nous avons trouvé un certain nombre de bactéries intestinales associées à la sclérose en plaques et à la gravité de l'invalidité des patients atteints de sclérose en plaques”, a déclaré l'auteur de l'étude, le Dr Yanjiao Zhou, professeur adjoint de médecine à la UConn Health School of Medicine à Farmington, dans le Connecticut, aux États-Unis. "Il s'agit de la première étude utilisant une approche intégrée pour analyser l'interaction entre le régime alimentaire, le microbiome intestinal, le système immunitaire et le métabolisme et leur contribution à la pathogenèse et à la progression de la maladie chez les personnes atteintes de sclérose en plaques", souligne Laura Piccio, professeure associée et autrice correspondante de l'étude.

D’après les résultats, une consommation accrue de viande fait baisser les niveaux de certaines bactéries dans l’intestin et élève les signaux pro-inflammatoires dans le sang. Des changements qui pourraient augmenter la gravité des symptômes invalidants de la maladie chez les personnes souffrant de sclérose en plaques. L’étude ne spécifie pas de quel type de viande il s’agit et s’il y a une distinction pour les malades s’il s’agit de viande blanche ou de viande rouge.

L’alimentation pour prévenir l’aggravation de la maladie ?

À l'avenir, l'équipe aimerait élargir la recherche pour inclure plus de personnes, y compris celles atteintes d'une forme plus grave de sclérose en plaques. À terme, ils espèrent mieux comprendre les relations de cause à effet entre sclérose en plaques, alimentation, écosystèmes bactériens de l'intestin et réponse immunitaire, et potentiellement aider à prévenir ou à atténuer les symptômes chez les personnes atteintes de la maladie.

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Sources

Alterations of host-gut microbiome interactions in multiple sclerosis, The Lancet, 27 janvier 2022.

https://www.thelancet.com/journals/ebiom/article/PIIS2352-3964(21)00592-2/fulltext

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