J’ai plus de 50 ans, dois-je faire un bilan sanguin chaque année ?
Publication validée par
Dr Patrick Aubé Médecin généraliste et Ambassadeur Medisite
L'idée qu'un grand "check-up" annuel soit bénéfique pour tout le monde est une fausse bonne idée. Dès 2012, la revue Cochrane soulignait que le bilan de santé général pour une personne sans symptôme n'améliore ni l'espérance ni la qualité de vie. Pire, cette pratique peut s'avérer contre-productive. Pourquoi ? Car les tests réalisés à l'aveugle génèrent souvent des résultats faussement positifs, sources d'anxiété et d'examens complémentaires invasifs et superflus. Il convient donc de s'interroger sur le check-up annuel et son utilité réelle avant de l'exiger.
On parle ici bien entendu d’un bilan en dehors de tout symptôme, en cas de symptômes, il faut évidemment consulter son médecin traitant qui déterminera quels sont les examens, sanguins ou autres, qu’il convient de mettre en place. De plus, cela ne signifie pas pour autant qu'il faut déserter le cabinet médical. La consultation régulière reste indispensable pour l'évaluation clinique : prise de tension, mesure du poids et du tour de taille ou encore auscultation cardiaque sont indispensables, et encore plus après 50 ans. C'est lors de cet échange que le praticien détermine la pertinence d'un bilan sanguin ou s'il convient de cibler des marqueurs précis selon vos antécédents.
Cibler les cancers : la priorité absolue après 50 ans
Si le check up n’est pas systématique, le dépistage lui, doit l’être ! Le dépistage organisé du cancer après 50 ans constitue le pilier central de votre santé future. Le cancer colorectal, par exemple, concerne majoritairement les personnes de 50 ans et plus. Il est impératif de réaliser le dépistage du cancer colorectal tous les 2 ans via le test immunologique, un geste simple que seuls 34 % des Français effectuent, malgré sa gratuité. Pourtant, détecté tôt, il se guérit dans 9 cas sur 10.
Pour les femmes, la mammographie tous les deux ans reste la référence pour contrer le cancer du sein, dont l'âge médian au diagnostic se situe autour de 64 ans. Chez les hommes, le dépistage du cancer de la prostate par dosage PSA n'est plus systématique mais relève d'une décision partagée avec le médecin, basée sur les risques individuels.
Quel bilan sanguin pour les seniors ?
Si le bilan complet est inutile, la surveillance de certains marqueurs sanguins reste nécessaire pour identifier les "tueurs silencieux" : le diabète de type 2 et l'hypercholestérolémie, qui avancent souvent sans bruit. Votre médecin pourra adapter la fréquence des contrôles en prescrivant une glycémie à jeun et un bilan lipidique tous les trois ans environ, ou plus souvent si vous présentez des facteurs de risque comme l'hypertension ou le surpoids. L'Assurance maladie propose d'ailleurs un Examen de Prévention en Santé (EPS) tous les cinq ans pour faire le point.
50 ans et plus : ces consultations annuelles sont indispensables
Enfin, ne négligez pas les autres sphères de votre santé. Une visite annuelle chez le dermatologue permet de surveiller les grains de beauté et de dépister le mélanome. De même, un contrôle ophtalmologique régulier est recommandé pour anticiper le glaucome ou la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA), tandis qu'un bilan auditif tous les cinq ans aidera à déceler une éventuelle presbyacousie. Les femmes doivent continuer à consulter un gynécologue, même après la ménopause. Et même si cela n’est pas toujours agréable, voir votre dentiste une fois par an au minimum est indispensable pour prévenir des pathologies -la parodontite par exemple) qui peuvent largement impacter votre santé globale et votre qualité de vie.