Insomnie : pourquoi mieux dormir ne suffit pas à retrouver la forme

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 24/01/2026
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Près d'un adulte sur neuf souffre d'insomnie chronique et de ses répercussions quotidiennes. Une nouvelle étude menée sur des seniors démontre que l'évaluation des traitements ne doit plus se limiter à la qualité de la nuit. Découvrez comment le suivi en temps réel via smartphone met en lumière des effets insoupçonnés sur l'énergie diurne.

L'insomnie chronique représente un défi majeur de santé publique, affectant environ un adulte sur neuf. Si la difficulté à trouver le sommeil focalise l'attention, ce sont souvent les conséquences diurnes qui handicapent le plus les patients : somnolence, irritabilité, troubles de l'humeur et difficultés cognitives. Sans prise en charge adaptée, ces symptômes augmentent les risques de développer un diabète ou des maladies cardiovasculaires. Pourtant, la médecine du sommeil s'est longtemps concentrée sur la nuit, laissant parfois de côté le vécu quotidien des malades. Le Dr Emerson M. Wickwire, médecin du sommeil et auteur principal de cette nouvelle étude publiée dans la revue médicale JAMA Network Open début janvier dernier, souligne cette nécessité de changement de paradigme : “Améliorer le sommeil ne suffit pas. Il est nécessaire de déterminer dans quelle mesure les traitements améliorent le fonctionnement diurne, ce qui, selon les patients, est primordial”. Ceci explique pourquoi l'amélioration du sommeil ne suffit pas aux patients insomniaques si elle ne s'accompagne pas d'un regain d'énergie palpable durant la journée.

Comment mesurer l’impact de l’insomnie ?

L'évaluation traditionnelle de l'insomnie repose sur des questionnaires rétrospectifs où le patient doit se souvenir de son état global sur les jours précédents. Cette méthode manque de précision. Cet essai clinique randomisé portant sur 40 adultes âgés de 60 à 85 ans a mis en évidence les limites de cette approche. Les participants, souffrant d'insomnie sévère, ont reçu soit du suvorexant, un somnifère, soit un placebo.

Les résultats sont frappants : bien que le médicament ait réduit la gravité de l'insomnie nocturne de manière significative par rapport au placebo, les questionnaires classiques n'ont révélé aucune différence notable sur le ressenti diurne entre les deux groupes. Comme l'indique le Dr Wickwire : “Dans cette étude, nous avons constaté que les questionnaires rétrospectifs n’ont pas permis de détecter les changements subtils liés au traitement”.

Insomnies : le téléphone à la rescousse !

Pour pallier ces lacunes, les chercheurs ont utilisé l'Évaluation Écologique Momentanée (EMA). Cette technique consiste à interroger les participants via une application smartphone à des moments précis, quatre fois par jour pendant 16 jours. Le taux de réponse a atteint 93,3 %, prouvant que cette technologie est facilement adoptée par les seniors. Cette approche change la donne pour comprendre comment évaluer les symptômes d'insomnie à différents moments de la journée avec fiabilité.

Contrairement aux questionnaires souvenirs, l'EMA a révélé des nuances capitales. Les données ont montré l'impact du suvorexant sur la fatigue matinale et de fin de journée de manière distincte : le médicament augmentait la fatigue le matin, mais la réduisait significativement l'après-midi et le soir. De même, le suivi a permis d'observer le lien entre les traitements de l'insomnie et le fonctionnement cognitif diurne, montrant une vigilance plus faible au réveil qui se normalisait ensuite. Ces variations fines restaient invisibles avec les outils standards.

Vers une personnalisation des soins

Ces travaux marquent un tournant. Ils confirment le rôle de l'évaluation écologique momentanée (EMA) pour la médecine du sommeil comme outil complémentaire indispensable pour des soins personnalisés. « Ces travaux de recherche soulignent le potentiel des outils numériques innovants pour la réalisation d'études comparatives d'efficacité », confirme de son côté le Pr Mark T. Gladwin, qui dirige le service des Affaires médicales de l’université du Maryland aux Etats-Unis.

Cette méthodologie ouvre des perspectives pour d'autres pathologies, notamment l'apnée obstructive du sommeil. Ce trouble, souvent sous-diagnostiqué, touche entre 4 % et 10 % de la population adulte en France. Une évaluation plus fine, centrée sur le ressenti du patient en temps réel, permettrait d'ajuster les thérapies pour améliorer véritablement la qualité de vie, et non seulement les graphiques du sommeil.

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