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Les virus émergents : très surveillés

Les virus émergents : très surveillés© Istock

Commençons par ceux qui font le plus peur, mais dont on finit à force d'en entendre parler par oublier le danger : West Nile, Dengue, Sras, Chikungunya, Ebola appelé aussi fièvre hémorragique, grippe aviaire à virus H5N1 ou encore Zika...

Ces maladies infectieuses émergentes sont une menace pour l’humanité. Elles sont en effet mortelles ou fortement invalidantes et particulièrement contagieuses.

"Il existe trois formes d’émergence des virus" explique le Pr Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’Épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur et Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers.

"Soit ils franchissent la barrière d’espèce de l’animal à l’homme, comme cela été le cas pour le Sida, Ebola et le Sras, soit il s’agit de mutations ou de réassortiments génétiques de virus existant ce qui crée de nouveaux virus mutants. Un des exemples est l’émergence du virus H5N1 en 1996.

Enfin, troisième mode d’émergence de virus : des virus qui vont quitter leur écosystème habituel et toucher d’autres régions du monde. C’est le cas des virus West Nile, Chinkungunya, Zika... ".

Ces virus, même s'ils font désormais partie de notre quotidien, pourraient avoir un impact très lourd en matière de morbidité-mortalité ou d’économie.

"Les virus qui ont le coût humain le plus fort sont ceux à incubation longue et qui sont contagieux avant le début des symptômes", précise le Pr Arnaud Fontanet. Parmi ces virus terribles, le Sida reste un excellent exemple.

Contrairement à ce qu'on croit souvent, les virus mortels à très courts terme font peser sur nous une menace légèrement moindre. "Les virus à caractère plus explosif comme le SRAS ou Ebola, contagieux après le début des symptômes, permettent d’isoler les patients avant qu’ils aient contaminé d’autres personnes et donc de contrôler l’épidémie", ajoute le spécialiste.

Quoi qu'il en soit ces maladies virales émergentes, parce qu'elles représentent une véritable menace font l’objet d’une surveillance mondiale.

Certaines à transmission par voie respiratoire, comme la grippe, ou par voie vectorielle, comme la Dengue ou le Chigunguya, ont un potentiel ultra pandémique. En clair : leurs épidémies pourraient se répandre comme une traînée de poudre sur une zone géographique très vaste.

Grippe : "s’il y a un nouvel agent viral en circulation, on peut craindre le pire"

Grippe : "s’il y a un nouvel agent viral en circulation, on peut craindre le pire"© Istock

Ebola, SRAS... Tous ces virus font très peur, certes. Mais la plus grande menace pour les épidémiologistes ce sont les épidémies de... grippe.

Le virus de la grippe a en effet toutes les caractéristiques pouvant mener à une pandémie. "Il est transmis par voie respiratoire et difficile à contrôler en dehors du port du masque ; il a une incubation courte, 3 jours seulement, et donc se propage rapidement dans les populations ; et il est contagieux avant le début des symptômes, ce qui ne permet pas d’isoler les patients à temps pour empêcher sa diffusion", explique le Pr Arnaud Fontanet.

Conséquences : très rapidement, il y aurait des centaines de milliers de personnes infectées et beaucoup de morts.

En cas de pandémie, un tiers de la population mondiale serait touchée. "La mortalité d’un virus grippal humain peut varier de 1% à 1 pour 10 000 et nous ne pouvons pas savoir à l’avance quelle sera la virulence d’un nouveau mutant viral", indique le Pr Arnaud Fontanet.

Et de conclure : "s’il y a un nouvel agent viral en circulation, on peut craindre le pire". Le virus grippal pourrait être à l’origine d’une cinquième pandémie grippale après la grippe Espagnole (1918-1919) qui a fait 30 millions de morts, la grippe asiatique (1957-1958) qui a fait 2 millions de morts, la grippe de Hong-Kong (1968-1969) qui a tué environ 1 million de personnes, et la grippe A(H1N1) en 2009 qui aurait causé plus de 10 000 décès.

La prochaine épidémie est impossible à prévoir

La prochaine épidémie est impossible à prévoir© Istock

"Il y a une émergence régulière de nouveaux virus. Globalement, il y a une épidémie sévère tous les 3 ans", indique le Pr Arnaud Fontanet. "L’augmentation du phénomène d’émergence s’explique par la fréquence des contacts entre animaux et hommes, la densité plus importante de la population humaine (le 20ème siècle a vu la population mondiale être multipliée par 4), et par une mobilité plus grande des populations qui permet une propagation de ces virus" explique-t-il.

Les moustiques sont un autre mode de diffusion des virus, notamment le moustique Aedes aegypti. Celui-ci est vecteur de 4 virus majeurs : fièvre jaune, Dengue, Chikungunya, Zika.

Le souci ? "On est aujourd’hui incapable de prédire où et quand sera la prochaine épidémie", nous apprend le Pr Arnaud Fontanet. C’est pourquoi la surveillance des virus avec un fort potentiel épidémique est indispensable.

Pandémie : comment se protéger ?

Pandémie : comment se protéger ?© Istock

Alors comment nous protéger de ces menaces virales ? "Il convient de surveiller pour détecter très rapidement des foyers anormaux de cas", explique le Pr Arnaud Fontanet.

Les informations proviennent du terrain mais aussi de la recherche de certains mots clé de symptômes de maladies sur internet. "La moitié des épidémies sont détectées aujourd’hui avec la surveillance de mots clés" indique le spécialiste.

"Le but est de pouvoir intervenir très vite, de voir si on connaît le virus, de récupérer le cas échéant un échantillon pour identifier le nouvel agent responsable", explique le Pr Arnaud Fontanet.

L’OMS se charge de cette surveillance au niveau mondial. "La surveillance est notre meilleure arme", insiste le Pr Fontanet. Elle permet une intervention rapide, avec isolement des malades contagieux et une mise en quarantaine des contacts.

Autre moyen de lutte contre les pandémies virales, la mise au point de vaccins. La Coalition pour les innovations de préparations aux épidémies (Cepi) entre plusieurs états, organisations philanthropiques, ONG et entreprises pharmaceutiques, a pour objectif de mettre au point des vaccins contre 11 virus et bactéries au potentiel épidémique important dont les virus Mers, Lassah, Nipah.

"L’idée est de faire avancer le développement des vaccins jusqu’à la fin de la phase 2. Si une épidémie démarre, on est alors prêt à faire l’essai vaccinal de stade 3. Si rien n’est préparé à l’avance, les vaccins sont prêts lorsqu’une épidémie est finie et ne peuvent plus être testés pour voir s’ils sont efficaces", explique le Pr Arnaud Fontanet.

Sources

Ebola, peste, choléra, Sras… Pathogènes émergents, menace imprévisible, dossier Le Journal de la recherche, Institut Pasteur, 20-07-2018

Merci au Pr Arnaud Fontanet, responsable de l’unité d’Épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur et Professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers

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