Automesure de la tension : 3 erreurs de positionnement qui faussent le diagnostic
Vous pensez avoir de l'hypertension après une mesure prise à domicile ? Méfiance, car les chiffres peuvent être assez facilement faussés, si vous ne suivez pas le protocole de prise de tension de façon stricte. Pourtant, l'automesure tensionnelle est recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS) pour confirmer un diagnostic et écarter l'effet « blouse blanche », ce phénomène où le stress de la consultation fait grimper artificiellement les chiffres. C'est aussi un reflexe à avoir en cas de signes pouvant faire suspecter un accident cardiaque. Didier nous avait ainsi raconté devoir son salut à un tensiomètre le soir de son accident cardiaque. Encore faut-il savoir corriger toute erreur de prise de tension artérielle à domicile pour que ces données soient exploitables.
Tension : qu'est-ce que le protocole 2-2-3 ?
L'improvisation n'a pas sa place dans le suivi cardiovasculaire. La Société Européenne d'Hypertension (ESC) a clarifié la marche à suivre avec une nouvelle recommandation stricte : il faut suivre le protocole d'automesure de la tension 2-2-3. Il s'agit de réaliser deux mesures le matin, deux le soir, pendant trois à sept jours consécutifs. Cette méthode permet de lisser les variations ponctuelles et de comparer vos résultats au seuil de tension artérielle recommandé en cas d'automesure, fixé à une moyenne supérieure ou égale à 135/85 mmHg.
Comment positionner son bras quand on prend sa tension ?
L'équipement ne fait pas tout : votre corps doit être parfaitement positionné. Une étude publiée dans le JAMA Internal Medicine fin 2024 révèle que négliger l'impact de la position du bras sur la mesure de la tension fausse radicalement les résultats. L'erreur la plus commune consiste à laisser le bras pendre le long du corps ou à ne pas le soutenir. Cette simple négligence peut surestimer la pression systolique de 6,5 à 10 mmHg.
De même, poser le bras sur la cuisse, donc en dessous du niveau du cœur, peut ajouter environ 4 mmHg au résultat final. Pour une précision absolue, le bras doit être soutenu à plat sur une table, le brassard aligné à la hauteur du cœur. Enfin, le brassard doit de préférence être placé sur la peau nue. Le positionner sur une manche, même fine, peut créer un effet tampon qui biaise la lecture.
5 minutes de préparation, l'astuce pour éviter les pics artificiels
La précipitation est l'ennemie de la fiabilité. Avant d'enclencher l'appareil, installez-vous au calme pendant cinq minutes. Votre dos doit être soutenu par un dossier et vos pieds posés à plat, jambes décroisées. Le simple fait de parler durant la mesure peut ajouter jusqu'à 7 mmHg.
Il est également impératif de surveiller votre consommation de substances excitantes. Boire une tasse de café dans l'heure précédant le test peut faire grimper la pression systolique de 11 mmHg. Ce pic artificiel masque votre tension réelle et empêche le médecin d'évaluer correctement votre état de santé, et peut cacher d'autres facteurs métaboliques.
L'accumulation de ces erreurs – un bras mal positionné, une parole échangée et un café récent – peut mathématiquement ajouter jusqu'à 28 mmHg à vos résultats. Un patient avec une tension saine de 120/80 mmHg pourrait ainsi afficher un alarmant 148/90 mmHg, risquant alors un diagnostic erroné et la prescription d'un traitement médicamenteux inutile.