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Les relations entre frères et sœurs peuvent être problématiques. L’auteure américaine Jane Mersky Leder révèle ainsi dans son ouvrage The Sibling Connection qu’un tiers des frères et sœurs ont une relation tendue ou distante. Pourtant, il ne faut pas confondre rivalités, petites jalousies et relations toxiques.

Quand est-ce que les simples jeux enfantins virent au cauchemar ? C'est ce que nous allons aborder avec Roseline Lévy Basse, psychologue, psychanalyste et thérapeute familiale à Paris.

Quels sont les signes d’une relation toxique ?

La rivalité fraternelle au cœur du développement de l’enfant

Dès le plus jeune âge, les frères et sœurs entrent dans une sorte de compétition les uns avec les autres, mais aussi surtout pour capter l’attention de leurs parents. La rivalité entre frères et sœurs est tout à fait normale et permet même aux plus jeunes de se construire.

Comme le précise la thérapeute familiale Roseline Levy Basse : "La rivalité fraternelle fait partie de la vie et de l’évolution des enfants". Dans une relation saine, les enfants peuvent se chamailler, se moquer l’un de l’autre, se tester, et ce, sans pour autant se rabaisser ou s’humilier.

Quand la jalousie devient toxique

Si une certaine jalousie peut exister entre frères et sœurs et peut être pour l’enfant "une façon de se situer par rapport à l’autre", elle devient problématique quand la relation toute entière en est sacrifiée. "Les relations toxiques se présentent sous forme de relations conflictuelles, qui s’accompagnent de violences, soient clairement établies ou plus implicites", nous précise l’experte.

Les signes d’une relation toxique

Les violences ressenties dans une relation toxique peuvent être de plusieurs ordres. Vous pouvez vous sentir constamment humilié par votre frère ou sœur, et ce, depuis la plus tendre enfance. Il peut y avoir des violences physiques, des insultes ou de la maltraitance. Votre frère ou votre sœur peut également passer son temps à vous mentir et à vous manipuler. Il ou elle sera constamment sur votre dos, à juger toutes vos actions en vous faisant des reproches.

Votre frère ou votre sœur pourra également se montrer très dépendant de votre relation, en éloignant les personnes vous entourant et en vous demandant de l’aide malgré vos rapports conflictuels. Peu importe le cas, il faut comprendre que la relation toxique fonctionne dans les deux sens avec un "bourreau" qui agit de manière toxique et une "victime" qui laisse à l’autre la possibilité de prendre le dessus.

Les parents au centre du conflit

"Les enfants ne naissent pas toxiques, insiste Roseline Lévy Basse. Cela se développe au fur et à mesure avec un certain contexte". Les parents jouent un rôle essentiel dans le développement des relations de leur progéniture. "Quand on parle de fratrie, on parle avant tout de famille et de système familial", explique la thérapeute.

La relation aux parents, clé de la toxicité

"Qui est le chouchou de papa et de maman ?", cette simple question enfantine peut avoir de lourdes conséquences. Une différence de traitement entre des frères et sœurs peut entraîner chez certains enfants une perception négative de leur fratrie.

"Les relations toxiques découlent de la relation aux parents. Un enfant ressent alors un sentiment d’injustice face au traitement qu’il reçoit", nous apprend la psychologue. Cette préférence n’est d’ailleurs souvent pas consciente chez les parents, qui peuvent aussi ne pas réaliser la détérioration des rapports entre leurs enfants. "Les parents ne peuvent pas tout voir", rassure l’experte.

Un manque de reconnaissance

Les enfants "toxiques" sont difficilement identifiables, car souvent très gentils envers leurs parents et les autres. Le problème vient d’un manque de reconnaissance qui déclenche un cycle destructeur.

La thérapeute familiale le résume ainsi : "L’enfant qui exerce une certaine violence sur son frère ou sa sœur est un enfant souvent extrêmement attentif, mais qui souffre d’un manque de reconnaissance de la part de ses parents. Cet enfant donne beaucoup, mais ne se sent pas reconnu par rapport à son frère ou à sa sœur. Cela provoque de la jalousie et la jalousie entraîne de la violence".

Les conséquences d’une relation toxique

Il peut se passer des années avant que quelqu’un ne se rende compte de la relation toxique qu’il entretient avec ses frères ou sœurs. Après tout, comme le précise l’adage : "on ne choisit pas sa famille". Ce dysfonctionnement familial parfois insidieux peut pourtant avoir de lourdes conséquences sur la cellule familiale et toutes ses composantes.

Une relation destructrice pour soi

Roseline Lévy Basse nous alarme : "une relation toxique se caractérise par son aspect destructeur. On peut se sentir à la fois attaqué, mais aussi détruit de l’intérieur". Les personnes victimes de ce type d’interactions prolongées avec leur frère ou leur sœur peuvent souffrir de troubles anxieux, de dépression, mais également d’une perte de confiance en soi.

"Ces relations dysfonctionnelles provoquent de la souffrance durablement et en permanence", ajoute la psychanalyste.

L’implosion de la cellule familiale

Ce sentiment néfaste dans les fratries fragilise également toute la cellule familiale. Les parents peuvent se sentir coupables, mais également souffrir d’un éloignement de l’enfant qui se sent mal aimé et non-reconnu. Les frères et sœurs seront distants et la personne victime se sentira angoissée à chaque rencontre. Dans les pires cas, l’éloignement définitif est la seule solution pour résoudre le mal-être ressenti. On préférera alors couper les ponts pour se protéger quitte à renoncer à recréer un lien plus sain.

Comment assainir les relations avec son frère ou sa sœur ?

S’il n’est pas facile de reconstruire une relation toxique, ce n’est pourtant pas impossible. Cela passe par un retour au dialogue.

Exprimer sa souffrance à son frère ou à sa sœur

Le dialogue peut être très réparateur dans ce type de relations, même si cela fait des années que la relation est au point mort. "Il est important de pouvoir exprimer à son frère ou à sa sœur ses sentiments", insiste Roseline Levy Basse. Parler librement des dysfonctionnements peut être salvateur, mais encore faut-il que son frère ou sa sœur puisse valider vos sentiments.

"Chaque membre de la fratrie a sa propre perception de ce qu’il s’est passé et ne veut pas en prendre la responsabilité", prévient l’experte. Chacun a donc sa propre vision de son enfance et ne se rend pas forcément compte du mal qu’il a pu faire à l’autre. Un regard neutre est donc parfois nécessaire, surtout quand les ponts de la communication ont été coupés il y a longtemps. "Un thérapeute familial peut aider à ouvrir le dialogue", rassure la spécialiste.

Un effort familial

Les parents étant consciemment ou non au centre du conflit, "il peut être intéressant qu’ils se joignent à la discussion afin de mettre les choses à plat par rapport à ce qu’il s’est passé au moment de l’enfance". Cela leur permettra de prendre aussi leur responsabilité dans la situation, de pouvoir connaître la souffrance ressentie par leurs enfants et pour l’enfant "bourreau", même adulte, de pouvoir enfin recevoir la reconnaissance tant attendue.

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Sources

Merci à Roseline Lévy Basse, psychologue, psychanalyste et thérapeute familial 

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