Un virus caché dans le cerveau pourrait-il jouer un rôle dans la maladie de Parkinson ?
Et si un virus, jusque-là discret, se cachait derrière certains cas de maladie de Parkinson ? C’est la piste étonnante explorée par des chercheurs américains dans une étude récente, publiée le 8 juillet 2025 dans la revue scientifique JCI Insight.
La maladie de Parkinson est une pathologie neurodégénérative qui touche un peu plus de 10 millions de personnes dans le monde, un chiffre qui s’accroît de jour en jour. Selon les estimations des scientifiques, il devrait atteindre 22 millions d’ici 2050.
Une maladie difficile à étudier
Cette maladie entraîne des tremblements, une rigidité des muscles et des troubles de l’équilibre. On sait déjà qu’elle peut être liée à l’hérédité et à l’environnement, mais on ne connaît pas encore toutes ses causes. L’équipe de chercheurs s’est demandé si un virus pouvait aussi être impliqué.
Pour affirmer ou non leur théorie, les scientifiques de l’université Northwestern aux Etats-Unis ont étudié les cerveaux de dix personnes décédées de la maladie de Parkinson et les ont comparés à ceux de quatorze personnes du même âge, décédées d’autres causes.
L’environnement, un coupable identifié
Grâce à une technique très précise, ils ont découvert qu’un virus appelé HPgV (pour human pegivirus) était présent dans le cerveau de la moitié des patients atteints de Parkinson. En revanche, aucun des cerveaux « sains » ne présentait de trace de ce virus. « Notre hypothèse est qu’il s’agit d’une infection qui progresse lentement sur le long terme et qui mènerait à ces sortes de maladies, comme Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives », explique, dans National Geographic, Barbara Hanson, chercheuse à la faculté Feinberg de médecine de l’université Northwestern, et l’une des autrices de l’étude.
Le HPgV est un virus peu connu, qui circule chez de nombreuses personnes sans provoquer de maladie apparente. Mais sa présence dans le cerveau des patients atteints de la maladie de Parkinson, et non chez les autres, a intrigué les chercheurs. D’autant plus que ces patients présentaient aussi des signes de Parkinson plus avancée.
En étudiant le sang de ces personnes, les scientifiques ont également remarqué que celles porteuses du virus avaient des anomalies biologiques : certains marqueurs liés à l’inflammation, à la croissance cellulaire ou à l’état des cellules étaient modifiés. Cela pourrait indiquer que le virus agit sur le système immunitaire.
Autre découverte importante : l’effet du virus semble dépendre des gènes de la personne. Un gène en particulier, LRRK2, déjà connu pour être lié à certains cas de Parkinson, joue un rôle dans la réaction de l’organisme au virus. Selon la version de ce gène, l’impact du virus sur le système immunitaire varie. Cela montre à quel point notre réponse face à une infection peut être influencée par notre patrimoine génétique.
Un lien entre gène et environnement
« L’étude des maladies neurodégénératives n’est pas simple, parce qu’on repère difficilement les personnes qui pourraient les développer sans les avoir encore, afin de les étudier et de les observer », explique au média américain Margaret Ferris, neurologue et chercheuse à l’université de Stanford, qui n’a pas pris part à la présente étude.
Si un lien est confirmé, cela pourrait ouvrir la voie à de nouveaux outils pour diagnostiquer ou surveiller la maladie, par exemple en détectant la présence du virus dans le sang. Cela pourrait aussi mener à des traitements ciblés, visant à contrôler l’inflammation ou à empêcher le virus d’agir dans le cerveau.
Cette découverte rappelle que notre santé cérébrale dépend d’un équilibre subtil entre notre environnement et nos gènes. Mieux comprendre cette interaction pourrait changer notre manière d’aborder des maladies neurodégénératives complexes.
« Cette étude ne montre pas une relation de cause à effet. Elle ne fait que suggérer l’existence d’une relation entre le pegivirus et Parkinson », conclut, dans National Geographic, Joseph Jankovic, neurologue et directeur du Centre de recherches sur Parkinson et de la clinique des troubles moteurs de la faculté de médecine Baylor. « Afin de mieux comprendre cette connexion, explique Joseph Jankovic, cette étude doit être reproduite sur une autre cohorte de patients. »