Parkinson : la bactérie responsable des caries à l’origine de la maladie selon une étude très sérieuse

Publié par Céline Willefrand
le 25/02/2026
consultation chez le dentiste
Istock
Une étude majeure publiée dans Nature Communications révèle comment une bactérie commune de la bouche, en colonisant nos intestins, pourrait déclencher la maladie de Parkinson. Le plus étonnant ? Cette bactérie est (aussi) celle qui provoque les caries. On vous explique.

La science explore depuis plusieurs années la piste du microbiote pour expliquer les maladies neurodégénératives. A raison, car les découvertes récentes lèvent de plus en plus le voile sur l’origine de la maladie de Parkinson. Cette étude coréenne vient renforcer cette hypothèse en pointant du doigt un coupable inattendu : une bactérie que nous combattons habituellement chez le dentiste. Ce lien inédit entre la santé bucco-dentaire et la dégénérescence neuronale ouvre des perspectives thérapeutiques prometteuses.

État des lieux : ce que l'on sait de la maladie de Parkinson aujourd'hui

Parkinson reste la deuxième pathologie neurodégénérative la plus fréquente en France, affectant plus de 165 000 personnes selon les données de Santé publique France. La maladie se traduit par la disparition progressive des neurones situés dans la "substance noire" du cerveau, indispensables à la production de dopamine. Cette perte entraîne les symptômes moteurs caractéristiques que l’on connait : des tremblements au repos, une rigidité musculaire et une lenteur des mouvements.

Si l'origine exacte de la maladie est multifactorielle, incluant des prédispositions génétiques ou des facteurs environnementaux comme l'exposition aux pesticides ou le vieillissement, le mécanisme initial de déclenchement demeure souvent mystérieux. Dans ce contexte, cette étude apporte un éclairage essentiel.

Une bactérie dentaire au cœur du processus qui conduit à Parkinson

Les neuroscientifiques de la Pohang University of Science & Technology (Corée du Sud) apportent ici une nouvelle pièce au puzzle. Leurs travaux, publiés dans Nature Communications en septembre dernier identifient un suspect surprenant : Streptococcus mutans. Connue pour être la cause principale des caries dentaires, cette bactérie a été retrouvée en quantité anormalement élevée dans le microbiote intestinal des patients parkinsoniens. L'hypothèse des chercheurs est claire : en migrant de la bouche vers l'intestin, ce germe parvient à manipuler l'axe intestin-cerveau.

Le propionate d'imidazole : un messager toxique qui infiltre le cerveau

Le danger ne vient pas uniquement de la présence de la bactérie, mais de son activité métabolique. S. mutans possède une enzyme spécifique, l'urocanate réductase (UrdA), capable de transformer l'histidine (un acide aminé) en une molécule nommée propionate d'imidazole (ImP). Des analyses sanguines ont confirmé des concentrations importantes de ce composé chez les malades. L'étude démontre que l'ImP possède la capacité redoutable de franchir la barrière hémato-encéphalique pour atteindre les tissus cérébraux. Une fois sur place, cette molécule active une voie de signalisation appelée mTORC1, provoquant la mort sélective des neurones dopaminergiques.

Les symptômes de la maladie reproduits chez la souris

Pour valider ce mécanisme, les scientifiques ont colonisé l'intestin de souris avec S. mutans. Les résultats sont sans appel : les rongeurs ont développé des troubles moteurs, une neuroinflammation et une perte neuronale identiques à ceux observés chez l'humain. De plus, la présence du métabolite ImP accélère la formation d'amas de protéine alpha-synucléine, un marqueur toxique typique de Parkinson.

L’excellente nouvelle ? L'équipe a aussi réussi à inverser la tendance : l'utilisation de rapamycine, un inhibiteur de mTORC1, a permis de réduire significativement la perte neuronale et les troubles moteurs chez les souris cobayes.

Parkinson : vers de nouvelles stratégies de prévention et de traitement

Ces découvertes offrent trois axes d'espoir. D'abord, le dosage de l'ImP dans le sang pourrait devenir un biomarqueur efficace pour un diagnostic précoce. Ensuite, l'industrie pharmaceutique pourrait cibler spécifiquement l'enzyme bactérienne pour bloquer la production de toxines à la source. Enfin, ces travaux soulignent l'importance de l'hygiène dentaire quotidienne. Contrôler la prolifération de S. mutans dans la bouche en se brossant correctement les dents pourrait limiter sa migration intestinale et protéger, in fine, votre système nerveux !

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Nature Communications

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