Peut-on utiliser une ordonnance périmée ?
Il est fréquent de conserver une prescription médicale « au cas où », mais beaucoup ignorent encore quelle est la durée de validité légale d'une prescription en France. La règle générale est stricte : vous disposez de trois mois maximum après la date de rédaction pour effectuer la première délivrance en officine. Passé ce délai, votre pharmacien ne pourra plus vous servir. La durée totale du traitement prescrit ne peut quant à elle excéder un an. Attention, les médicaments classés dans la catégorie des stupéfiants font l'objet d'une surveillance accrue, imposant une présentation de l'ordonnance sous trois jours seulement.
Cette rigueur vise à limiter les dangers. Car une majorité des Français pratiquent l'automédication, en s’appuyant souvent, sur des ordonnances anciennes. Pourtant, réutiliser un vieux document expose à des risques majeurs : interactions nocives, dosages inadaptés ou erreurs de diagnostic. L'Institut Pasteur de Lille rappelle que la iatrogénie médicamenteuse, autrement dit les effets indésirables des médicaments, provoque environ 130 000 hospitalisations par an. Utiliser une ancienne ordonnance pour traiter une affection qui semble similaire peut masquer une pathologie grave ou favoriser l'antibiorésistance.
Obtenir un dépannage étendu pour les soins chroniques
Toutefois, face aux difficultés d'accès aux soins et aux déserts médicaux, la législation s'adapte. Depuis le décret de novembre 2024, le rôle du pharmacien dans la prolongation d'une ordonnance expirée a été considérablement renforcé pour éviter les ruptures de soins. Désormais, si votre ordonnance pour un traitement chronique est périmée, le pharmacien peut vous dispenser les médicaments nécessaires pour une durée maximale de trois mois, contre un seul mois auparavant.
Cette mesure, issue de la loi Rist, impose une procédure à suivre pour un traitement chronique sans interruption : la délivrance s'effectue mois par mois et le professionnel doit informer le prescripteur initial via une messagerie sécurisée. Il annotera également sur l'ordonnance originale la date et la durée de ce dépannage. malgré tout, la vigilance reste de mise : certains médicaments sensibles, comme les somnifères ou les anxiolytiques (limités à 12 semaines), sont totalement exclus de ce dispositif exceptionnel.
Prolonger la contraception sans négliger le suivi
La santé des femmes bénéficie également d'aménagements spécifiques, notamment des exceptions concernant la prescription de pilule contraceptive. Si une ordonnance date de moins d'un an, sa validité pour la délivrance est de 12 mois. En cas d'expiration récente, les pharmaciens peuvent accorder une rallonge de six mois supplémentaires non renouvelable. Cette souplesse permet d'assurer la continuité de la contraception en attendant un rendez-vous.
Néanmoins, ces facilités administratives ne doivent pas remplacer l'avis d'un professionnel. Les conséquences d'un renouvellement de médicaments sans consultation médicale peuvent être ennuyeuses. Une réévaluation annuelle est impérative pour ajuster les dosages, surveiller l'apparition d'effets secondaires et vérifier l'état de santé général. Le Leem (organisation des professionnels du médicaments en France) insiste sur cette vigilance, particulièrement pour les patients polymédiqués prenant plus de cinq molécules différentes, chez qui le risque d'accident médicamenteux grimpe en flèche.
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