Maladies inflammatoires des intestins (MICI) : cette découverte majeure permet de connaître la gravité de la maladie dès le diagnostic
Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, qui regroupent notamment la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, “se caractérisent par une inflammation de la paroi d’une partie du tube digestif, due à une dérégulation du système immunitaire intestinal” indique l’Inserm. Ces maladies peuvent être particulièrement invalidantes et bouleversent le quotidien des malades. Il s'agit même d'un enjeu de santé publique massif puisqu'en France, ces affections digestives concernent environ 200 000 à 300 000 personnes, avec une incidence qui progresse inlassablement d'année en année. Face à cette progression mondiale alarmante, le corps médical cherche continuellement des solutions novatrices pour anticiper les complications et adapter les protocoles de soins.
MICI : des traitements difficiles à adapter
Le défi des médecins face aux maladies inflammatoires chroniques de l’intestin est de taille car il est aujourd’hui très difficile pour ne pas dire impossible de prévoir si un patient développera une forme légère ou une évolution invalidante, menant parfois à une lourde chirurgie ou à la pose d'une stomie. Cette absence d'outils d'anticipation engendre des risques évidents au quotidien. Certains malades subissent un surtraitement inutile, tandis que d'autres souffrent d'un sous-traitement délétère.
Cette situation retarde des interventions décisives avant la dégradation irrémédiable de l’intestin. Pour pallier ce manque, des chercheurs de l'université d'Aalborg au Danemark ont analysé les dossiers médicaux de plus de 8 300 patients issus de registres de santé nationaux. Et les résultats de leurs travaux, publiés en février de cette année, ouvrent la voie à de nouvelles perspectives réjouissantes pour les malades.
Un score génétique pour évaluer la gravité
Selon cette étude publiée dans la revue scientifique Gastroenterology, prédire l’évolution de la maladie serait désormais possible. L'équipe s'est appuyée sur des scores polygéniques afin de mesurer l'effet cumulatif des variants liés au développement de la maladie. Les résultats démontrent clairement que les patients dotés du score génétique le plus élevé voient leur risque de chirurgie majeure multiplié par 2,74 pour la maladie de Crohn et par 2,04 pour la rectocolite hémorragique. Biologiquement, ce haut risque se traduit par des taux sanguins très importants de calprotectine fécale, qui est un indicateur fort d’inflammation intestinale, et de protéine C-réactive. Les analyses révèlent également une baisse significative du taux d’hémoglobine. Conséquence directe, ces profils nécessitent beaucoup plus fréquemment des traitements agressifs comme des biothérapies, des immunomodulateurs ou de lourdes cures de corticostéroïdes.
Des mécanismes distincts selon la pathologie
Autre enseignement de cette étude, les comportements sont radicalement différents selon la nature exacte de l'affection. Dans le cas de la maladie de Crohn, le lien entre l'ADN et la sévérité dépend principalement de l’étendue de l'inflammation le long du tractus intestinal. À l'inverse, en ce qui concerne la rectocolite hémorragique, la gravité est corrélée à la charge génétique indépendamment de l'étendue des lésions. Les auteurs soulignent qu'une architecture commune relie la susceptibilité à la pathologie et sa virulence. Les résultats confirment le rôle déterminant du gène HLA-DRB1*01:03 comme marqueur d'aggravation, augmentant fortement la probabilité de recourir au bloc opératoire.
Vers un suivi personnalisé des patients
L'objectif futur vise à exploiter cette analyse ADN dès le diagnostic initial pour repérer immédiatement les personnes réclamant une surveillance accrue et une thérapie ciblée. L'anticipation freinerait ainsi considérablement les dégâts structurels sur les organes digestifs. Cependant, la génétique ne fait pas tout. Les experts estiment qu'elle doit obligatoirement s'associer à l'analyse rigoureuse du mode de vie et de l'état du microbiote pour offrir un pronostic parfait. “Nous espérons que les résultats permettront aux médecins de proposer des traitements plus précis à l'avenir, afin qu'un plus grand nombre de patients puissent bénéficier d'une évolution beaucoup moins sévère de la maladie”, conclut Marie Vibeke Vestergaard, auteure principale de l’étude.
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Genetic Risk of Inflammatory Bowel Disease Is Associated With Disease Course SeverityVestergaard, Marie Vibeke et al. Gastroenterology, Février 2026.