Alzheimer : un écouvillon nasal pour détecter la maladie avant les pertes de mémoire mis au point par les Américains
La maladie d'Alzheimer s'installe silencieusement dans le système nerveux central pendant des années. Repérer cette dégénérescence avant l'apparition des troubles de la mémoire ? Voilà qui pourrait révolutionner la prise en charge et ce sera sans doute très prochainement possible. Selon une étude publiée dans la revue Nature Communications le 18 mars dernier, une méthode de prélèvement innovante au niveau du nez ouvre de nouvelles perspectives pour un dépistage précoce et un accès accéléré aux thérapies émergentes.
Analyser l'épithélium olfactif comme fenêtre cérébrale
L'organisme possède une interface privilégiée entre l'environnement extérieur et l'intérieur de la boîte crânienne. La zone supérieure de la cavité nasale renferme l'épithélium olfactif, un tissu abritant des neurones sensoriels dont les axones rejoignent directement le cerveau. Le liquide céphalo-rachidien traverse cette région anatomique spécifique. Les cellules résidentes enregistrent ainsi en continu les signaux anormaux émis par le système nerveux central. Fait remarquable, contrairement à d'autres zones neurologiques, ces neurones olfactifs se renouvellent tout au long de la vie, offrant une occasion unique d'observer la croissance cellulaire en continu chez les patients.
Cette disposition anatomique offre un avantage médical considérable. Les chercheurs réalisent un brossage de la paroi nasale en quelques minutes sous anesthésie locale légère, en ambulatoire. Cette technique permet d'extraire et d'étudier des tissus neuronaux vivants, une avancée significative par rapport aux examens post-mortem. Elle isole les cellules nerveuses locales en évitant toute contamination par les cellules sanguines circulantes.
Détecter la pathologie au stade silencieux
Le développement de ce test vise l'identification de la phase préclinique de la maladie. Il décèle des changements biologiques chez des adultes conservant des fonctions cognitives normales, mais dont le liquide céphalo-rachidien présente déjà des biomarqueurs positifs : l'activation de certains globules blancs, les lymphocytes T CD8 mémoires, en particulier, ou encore des réactions inflammatoires des neurones olfactifs, spécifiques d’une atteinte par Alzheimer. L'équipe de recherche a procédé au séquençage génétique de plus de 220 000 cellules individuelles pour cartographier précisément les gènes actifs et les réactions biologiques..
Cette analyse de haute précision aboutit à la création d'un score prédictif particulièrement fiable. En combinant un module de 40 gènes immunitaires et neuronaux, les scientifiques sont parvenus à différencier les patients atteints d'Alzheimer des sujets sains. Ce modèle mathématique distingue les profils avec une précision de 81 %, autant dire que cette approche paraît solide.
Obtenir un nouvel outil de diagnostic ? C’est bientôt possible
Les altérations mesurées par ce prélèvement nasal se manifestent de manière totalement indépendante du déclin cognitif. Conséquence ? Elles s'alignent sur les niveaux d'accumulation des plaques amyloïdes, bien avant la chute des scores aux tests de mémoire. Cet examen constitue un complément idéal aux prises de sang actuelles. Contrairement aux tests sanguins qui dosent les produits finaux de la maladie, ce brossage « capte l'activité nerveuse et immunitaire vivante en amont », indique l'étude publiée dans Nature Communications.
Cette innovation scientifique annonce des perspectives thérapeutiques inédites. Ce test rapide permettra d'orienter les patients vers les nouveaux traitements modificateurs de la maladie au moment le plus opportun. Il offrira également aux professionnels de santé une méthode simple pour évaluer en continu l'efficacité des thérapies mises en place. “Nous voulons pouvoir confirmer la maladie d’Alzheimer très tôt, avant que les dommages n’aient la possibilité de s’accumuler dans le cerveau, a ainsi déclaré le Dr Bradley J. Goldstein, auteur de l’étude. Si nous parvenons à diagnostiquer les personnes suffisamment tôt, nous pourrions peut-être mettre en place des thérapies qui les empêcheraient de développer la maladie d'Alzheimer”.
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- Communiqué de presse
- D'Anniballe, VM, Kim, S., Finlay, JB et al. Analyse par biopsie de la fente olfactive de la physiopathologie de la maladie d'Alzheimer à différents stades de la maladie. Nat Commun 17 , 2245 (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-026-70099-7
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