Avez-vous le gène de la solitude, qui pourrait expliquer votre mal-être ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 23/01/2026
personne âgée d'une cinquantaine d'année seule et triste
New Planet Media
La solitude vous pèse ? Ou au contraire vous la recherchez ? Dans tous les cas, la solitude n'est pas qu'une question de circonstances. De récentes découvertes scientifiques révèlent que notre sensibilité au manque de lien social est inscrite dans notre code génétique. Explications.

Nous n’avons jamais été aussi connectés et pourtant nous n’avons jamais été aussi seuls. En 2023, face à la crise de santé publique majeure que représente l’isolement, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé la création d’une nouvelle Commission sur le lien social,afin d’aborder la question de la solitude en tant que menace urgente pour la santé, de promouvoir en priorité les liens sociaux et d’accélérer la mise à l’échelle des solutions dans les pays, indépendamment de leur niveau de revenu”. Mais tout le monde ne vit pas la solitude de la même façon. Vous êtes-vous déjà senti seul au milieu d'une foule, alors que d'autres semblent s'épanouir dans des moments de retrait ? Ce sentiment ne relève pas uniquement de votre histoire personnelle ou de votre environnement. La science confirme aujourd'hui que notre tolérance à l'isolement est, en partie, dictée par notre biologie.

Avez-vous une prédisposition biologique à l'isolement ? 

Nous ne sommes pas égaux face au besoin de connexion humaine, certains ont plus besoin de contact que d’autres, on ne vous apprend rien. Ce qui est plus étonnant en revanche, c’est que ces besoins variables pourraient être inscrits dans notre empreinte génétique ! Une étude menée par plusieurs équipes états-uniennes et publiée dans Neuropsychopharmacology en 2016, estime que la propension à ressentir une solitude chronique est héréditaire à hauteur de 14 % à 27 %, un chiffre qui grimpe jusqu'à 55 % dans certaines observations sur les jumeaux. 

Au cœur de ce mécanisme se trouve le gène du récepteur de l'ocytocine (OXTR). Ce variant du gène “rs53576” joue ici un rôle central : les porteurs de l'allèle « A » manifestent une détresse nettement plus vive face au rejet que les porteurs de l'allèle « G ». Cette réaction fonctionne comme une alerte évolutive, comparable à la douleur physique qui est un signal indispensable quand notre intégrité physique est menacée. 

Voilà qui explique pourquoi tout le monde ne souffre pas de la solitude de la même façon, y compris dans des situations similaires. Pourquoi ces travaux sont intéressants ? Analyser ces mécanismes permet de mieux saisir les conséquences de la sensibilité génétique à l'isolement et de déculpabiliser ceux qui la subissent de plein fouet.

Savez-vous que la solitude est contagieuse ?

Si la génétique charge l'arme, l'environnement presse la détente. Fréquenter des personnes isolées accroît la probabilité de le devenir soi-même, un phénomène de contagion comportementale exacerbé par le numérique. Une étude parue dans l'International Journal of Environmental Research and Public Health en 2025 souligne qu'une utilisation des réseaux sociaux supérieure à 2 heures par jour double le risque de se sentir seul. Paradoxalement, alors que ces interactions numériques peuvent être très nombreuses, elles ne comblent pas nos besoins biologiques de proximité ; en quelque sorte, la connexion virtuelle nourrit le vide intérieur.

Isolement : un impact réel sur la santé

Se sentir seul mine le moral mais a aussi un coût physiologique direct. Des travaux de décembre 2024 publiés dans la revue Epigenetics montrent que l'isolement chronique accélère l'âge biologique, affectant les systèmes inflammatoires, la santé mentale et le vieillissement cellulaire prématuré.

Avec des risques conséquents sur la santé voire la mortalité. Le manque de lien social augmente ainsi le risque de décès prématuré à un niveau comparable à la consommation de 15 cigarettes par jour ! Plus inquiétant encore, les personnes seules s’isolent progressivement de plus en plus, ce qui retarde la prise ne charge. D’après une étude de la Fondation de France datée de 2024, à peine 3 % des personnes isolées sollicitent de l'aide auprès d'associations. Cette "barrière du silence", nourrie par la stigmatisation de la vulnérabilité, expose particulièrement cette population aux risques de mortalité liés à la solitude, tels que les AVC et les maladies cardiaques souvent détectés trop tard.

Booster l'ocytocine : 3 gestes pour recréer du lien

La bonne nouvelle ? Votre ADN n'est pas une condamnation à vie ! Il existe des stratégies pour surmonter une prédisposition biologique à la solitude en contournant ces mécanismes. Puisque le gène impliqué dans le sentiment d’isolement influence la réception de l'ocytocine, il est possible de stimuler cette hormone par des actions concrètes :

  • Le contact physique simple : Des poignées de main franches ou des accolades brèves suffisent à activer les récepteurs hormonaux.
  • La résonance sociale : L'engagement dans le bénévolat ou le sport collectif transforme un isolement subi en une solitude choisie et régulatrice.
  • L'hygiène numérique : Remplacer les vérifications compulsives d'écrans par des rencontres réelles diminue le cortisol et donc le sentiment de mal-être. 
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