Cancer du poumon : les cellules cancéreuses évoluent avec l'âge et deviennent plus agressive selon une étude

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 14/03/2026
cancer du poumon
Istock
Une étude majeure publiée dans la revue scientifique Nature révèle que le vieillissement des patients reprogramme les cellules cancéreuses du poumon, les rendant plus agressives. Une découverte qui invite à revoir l’approche des traitements. Explications.

Ce phénomène inattendu explique la difficulté de soigner de nombreux patients seniors. L'avancée en âge modifie le comportement métabolique de la maladie, nécessitant une approche médicale repensée et adaptée selon cette étude d’envergure menée par des chercheurs de l'Université de Göteborg en Suède et publiée ce 11 mars 2026 dans la prestigieuse revue Nature. Les scientifiques ont isolé une protéine associée à un risque accru de métastases et de récidives du cancer du poumon chez les patients plus âgés.

Cancer : le paradoxe des tumeurs chez les seniors

Que nous apprend cette étude ? Chez les sujets âgés, les tumeurs pulmonaires initiales croissent souvent plus lentement et restent plus petites que chez les personnes jeunes. Pourtant, malgré cette croissance ralentie, la maladie affiche une agressivité bien supérieure. Elle est très fréquemment diagnostiquée à un stade avancé avec des métastases déjà présentes dans des organes distants comme le cerveau ou le foie.

Les preuves expérimentales démontrent une réduction importante, évaluée à 2,5 fois de la charge tumorale primaire, chez les modèles de laboratoire âgés. Cette baisse s'accompagne paradoxalement d'une incidence nettement plus élevée de métastases dans les ganglions lymphatiques. Selon les chercheurs de l'Université de Göteborg, cette découverte explique "pourquoi des patients âgés ont de petites tumeurs à croissance lente qui ont pourtant déjà colonisé le reste du corps".

Comprendre le rôle de la protéine ATF4

Ces travaux mettent en évidence une voie de signalisation spécifique favorisant la dissémination : l'activation de la réponse intégrée au stress. Au cœur de ce processus se trouve la protéine ATF4. Normalement chargée de gérer le stress cellulaire face au manque de nutriments ou aux virus, elle se voit totalement détournée par la tumeur pour reprogrammer son propre métabolisme chez les personnes plus avancées en âge. “Chez les patients âgés, cette réponse au stress est détournée par la tumeur, ce qui permet aux cellules cancéreuses de reprogrammer leur métabolisme. La tumeur ne grossit pas plus vite, mais cette reprogrammation métabolique permet aux cellules cancéreuses de se propager et de former des métastases dans d'autres parties du corps”, explique Volkan Sayin du Centre Sahlgrenska de recherche sur le cancer de l'Université de Göteborg.

Des cancers plus agressifs après une chirurgie

En effet, les tumeurs des individus plus âgés inclus dans l'étude, tant chez les souris que chez les humains, présentaient des niveaux d'ATF4 plus élevés. Des niveaux élevés d'ATF4 étaient également associés à un risque accru de récidive après une chirurgie pulmonaire et à une survie plus faible chez les patients atteints d'adénocarcinome pulmonaire, la forme la plus courante de cancer du poumon. “Nos résultats suggèrent que l’ATF4 ne fait pas seulement partie du mécanisme à l’origine de la propagation du cancer du poumon, mais pourrait également servir de marqueur d’une maladie plus agressive », indique de son côté la Pre Clotilde Wiel, professeure agrégée à l’université de Göteborg, qui a aussi participé aux recherches. Comment expliquer cette évolution ? Il semblerait que ce mécanisme repose sur une modification épigénétique. Avec l'âge, la structure de l'ADN devient beaucoup plus permissive, autorisant une activation prolongée et soutenue de cette protéine dans les cellules cancéreuses.

De nouveaux médicaments capables de bloquer la propagation des cellules cancéreuses

La bonne nouvelle ? L’ennemi étant identifié, il est plus facile d’agir. “En bloquant l'ATF4, ou un processus métabolique spécifique contrôlé par l'ATF4, à l'aide de médicaments, les chercheurs ont pu réduire considérablement la propagation des tumeurs anciennes chez la souris”, détaille le communiqué de presse de l’université. “Nos résultats indiquent que ces médicaments pourraient être nettement plus efficaces s’ils étaient utilisés avec plus de précision, par exemple chez les patients âgés dont les tumeurs présentent une forte activité ATF4”, conclut la Pre Clotilde Wiel.

Les essais prouvent une efficacité sélective remarquable de cette approche. Ces traitements réduisent drastiquement la propagation des métastases chez les sujets âgés, tout en montrant peu d'effet sur les sujets jeunes dont les tumeurs suivent une trajectoire biologique différente. Les scientifiques soulignent ainsi que les traitements existants gagneraient grandement en efficacité s'ils ciblaient spécifiquement les patients âgés présentant une forte activité de ce biomarqueur.

Cancer du poumon : l’âge est déterminant

Pour rappel, le cancer du poumon demeure la pathologie oncologique la plus meurtrière sur le territoire national, enregistrant environ 52 700 nouveaux cas diagnostiqués en 2023 selon l'Institut National du Cancer. Le facteur de l'âge y joue un rôle déterminant. L'âge médian au diagnostic se situe à 68 ans chez l'homme et 67 ans chez la femme, plaçant une vaste majorité des patients français dans la catégorie directement concernée par ces découvertes sur le vieillissement cellulaire. Actuellement, plus de la moitié des cas sont encore découverts à un stade métastatique, justifiant le besoin urgent de déployer ces nouvelles approches thérapeutiques ciblées.

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Communiqué de presse université de Göteborg

https://www.nature.com/articles/s41586-026-10216-0 

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