Cancer de la prostate métastatique : un nouvel outil prédit l'efficacité du traitement six mois à l'avance
Lorsqu'un patient reçoit un diagnostic de cancer de la prostate métastatique hormonosensible (mHSPC), c'est-à-dire un cancer qui s'est propagé mais reste réceptif aux traitements hormonaux, le temps devient une ressource inestimable. Actuellement, la médecine se heurte à un obstacle de taille : l'obligation d'attendre jusqu'à six mois après le début des inhibiteurs de la voie des récepteurs aux androgènes (ARPI) pour savoir si le traitement fonctionne. “Une diminution précoce du taux d’antigène prostatique spécifique (PSA) à des niveaux très bas est l’un des facteurs prédictifs les plus importants de la survie à long terme dans le cancer de la prostate métastatique. Cependant, les cliniciens doivent actuellement attendre jusqu’à six mois après le début du traitement pour observer si un patient obtient cette réponse favorable”, explique ainsi le Dr Soumyajit Roy, oncologue radiothérapeute et auteur de cette étude parue dans la revue Nature Communications ce mois de janvier 2026 qui détaille les travaux et le nouvel outil mis au point par les chercheurs de plusieurs centres anti cancers états-uniens mais aussi canadiens, belges ou encore anglais. C'est pour combler ce vide que des chercheurs ont mis au point et validé le modèle NADIR, un outil statistique capable de prédire l'issue thérapeutique dès le premier jour.
Cancer de la prostate : anticiper l'efficacité pour gagner du temps
Comme expliqué plus haut, le rôle du PSA dans le pronostic du cancer de la prostate métastatique est assez central. Une chute rapide de ce marqueur sanguin à des niveaux infimes (inférieurs ou égaux à 0,2 ng/mL) est le signe le plus fiable d'une survie à long terme. Le problème réside dans le délai d'observation nécessaire pour confirmer cette baisse. Chez les patients qui ne répondent pas favorablement, cette période d'incertitude peut laisser la maladie progresser et développer des résistances, risquant ainsi de retarder la mise en place d'autres traitements ou pistes thérapeutiques.
Mais les outils actuels, basés principalement sur le volume visible des tumeurs, manquent de finesse. Une donnée surprenante issue de l'étude révèle d'ailleurs que plus de la moitié des patients ayant parfaitement répondu au traitement présentaient pourtant une maladie métastatique de volume important au départ. Cela prouve que l'évaluation visuelle seule ne suffit pas pour déterminer l'avenir du patient.
Une précision supérieure aux méthodes classiques avec cet outil
C'est ici qu'intervient l'innovation des chercheurs du Seidman Cancer Center de Cleveland aux États-Unis. Ils ont cherché à définir comment le modèle NADIR permet d'anticiper la réponse au traitement en utilisant des données disponibles avant même la première prise de médicament. Ce modèle mathématique ne se contente pas d'une seule mesure ; il croise plusieurs paramètres cliniques standards et des résultats de laboratoire courants.
Autre point fort : cet outil repose sur des données issues de quatre grands essais cliniques de phase III, c’est du solide ! Validé sur une cohorte externe de 540 patients, le modèle a démontré une capacité de discrimination bien supérieure au simple dosage du PSA initial. Les résultats sont sans appel : les patients classés dans le groupe à haute probabilité de succès par le modèle ont atteint une réponse favorable dans 92 % des cas, contre seulement 39 % pour ceux identifiés comme à risque.
Cancer : vers une personnalisation immédiate des soins
L'application de ce modèle marque un tournant vers une stratégie proactive et plus personnalisée dans la prise en charge du cancer de la prostate. Au lieu d'attendre l'échec thérapeutique pour réagir, les médecins pourraient identifier immédiatement les hommes qui nécessitent une intensification de leur traitement. Le Dr Daniel Spratt, autre auteur de l’étude explique : "L'importance de cette étude réside dans le passage d'une prise en charge du cancer de la prostate réactive – consistant à attendre l'échec du traitement – à une stratégie proactive et personnalisée".
Cette approche permettrait d'éviter le sous traitement des formes agressives tout en limitant le surtraitement inutile pour les autres. Toutefois, la prudence reste de mise : si l'on intensifiait le traitement pour tous les patients prédits comme "mauvais répondeurs", environ 12 % des malades pourraient recevoir des soins trop lourds par rapport à leurs besoins réels.
Dans l’attente d’une évolution plus large, l'équipe scientifique souligne l'importance d'intégrer de multiples variables cliniques pour prédire les risques avec encore plus de finesse. Les prochaines étapes consisteront à enrichir le modèle avec des données supplémentaires (génomes, imagerie…), afin de transformer cet outil statistique en un standard pour les oncologues.
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Roy, S., Sun, Y., Hussain, M. et al. Early favorable prostate-specific antigen response prediction in metastatic hormone sensitive prostate cancer. Nat Commun 17, 667 (2026). https://doi.org/10.1038/s41467-025-67298-z