Du tritium radioactif détecté dans l’eau du robinet de plus de 6 millions de Français

Publié le 18 Juillet 2019 à 12h02 par Agathe Boussard, journaliste santé
Plus de 6 millions de Français seraient alimentés par de l’eau contaminée au tritium, un hydrogène radioactif émis par des installations nucléaires. L’association pour le contrôle de la radioactivité de l’Ouest évoque une "contamination radioactive".

C’est une nouvelle qui peut faire peur. Des millions de personnes sont alimentées par de l’eau contaminée par une substance radioactive, le tritium. C’est en tout cas ce qu’affirme l'association pour le contrôle de la radioactivité dans l'Ouest (ACRO) qui va même jusqu’à parler de "contamination radioactive".

Basée à Hérouville-Saint-Clair, près de Caen (Calvados), l’association a été créée en 1986, au moment de la catastrophe de Tchernobyl. Elle a pour mission de surveiller les rejets des installations nucléaires.

Pour parvenir à ce constat, le laboratoire de l’ACRO s’appuie sur les données fournies par le ministère de la Santé. Dans un communiqué, il explique : "Aucune valeur ne dépasse le critère de qualité de 100 Bq/L (Becquerel par litre) instauré par les autorités sanitaires ".

Un seuil de tritium à ne pas dépasser

Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), "le code de la santé publique fixe une référence de qualité de 100 Bq/L pour le tritium". Le spécialiste français en matière d’expertise sur les risques nucléaires insiste sur le fait que cette référence "ne représente pas une limite sanitaire mais un seuil qui, lorsqu’il est dépassé, entraîne une investigation complémentaire pour caractériser la radioactivité de l'eau".

À titre de comparaison, "l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande une valeur guide de 10.000 Bq/L pour le tritium dans l’eau de boisson, à considérer en cas de consommation permanente de l’eau", toujours selon l'IRSN.

La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) invite à ne pas se laisser "abuser par les comparaisons avec la référence de qualité de 100 Bq/L et, plus encore, avec la limite dite sanitaire de 10.000 Bq/L". Selon le laboratoire associatif, les contaminations en tritium auraient tendance à être banalisées, ce qu’il déplore.

"Les autorités acceptent, pour les polluants radioactifs, des niveaux de risque cancérigène plus de 100 fois supérieurs au maximum toléré pour les cancérigènes chimiques !", affirme, dans un mail à l'AFP, l’association dont le siège est à Valence. Selon elle, la limite "applicable à une contamination durable par le tritium ne devrait pas dépasser 10 à 30 Bq/L".

Le risque de contamination d'autres polluants radioactifs

Si aucune donnée ne dépasse le critère de qualité instauré par les autorités, pourquoi alors parler d'une "contamination radioactive" de l'eau potable ? Pour justifier ses propos, l’ACRO explique que la menace vient d’ailleurs. L'association affirme ainsi : "la présence régulière dans l'eau du robinet de tritium rejeté par les centrales nucléaires met en évidence un risque de contamination d'autres polluants radioactifs à des niveaux beaucoup plus élevés".

L'ACRO alerte aussi sur les conséquences en cas d’accident grave "sur une des centrales nucléaires sur la Seine, la Vienne, ou la Loire". Selon le laboratoire, l’alimentation de millions de personnes en eau potable pourrait alors être touchée.

Certains Français pourraient même être "privés" d’eau potable. Et le tritium, cet hydrogène radioactif émis par les installations nucléaires, ne serait pas le seul responsable.

Les zones touchées par le tritium

Qui sont les personnes touchées ? Quelles zones sont concernées ? Le laboratoire a publié une "carte exclusive de la contamination radioactive de l'eau potable en France métropolitaine". Les données proviennent du ministère de la Santé (valeur moyenne sur les années 2016-2017).

Verdict ? Dans 268 communes, une présence régulière de tritium a été décelée dans l’eau du robinet. Parmi les villes concernées, on retrouve Angers, Nantes, Orléans, Blois mais aussi Tours. 122 communes d’Ile-de-France et sept communes de Côte d'Or sont également touchées.

Selon l’ACRO, le site qui rejette le plus de tritium dans l’hexagone est le site d’armement nucléaire de Valduc à Salives. Ses rejets seraient même "trois fois supérieurs à ceux d'une centrale nucléaire", selon David Boyer, le président de cette association. Ce dernier appelle à ce que le principe du pollueur-payeur s’applique aux militaires.

Le tritium, un danger pour la santé ?

Les conséquences du tritium sur la santé demeurent peu connues sur le long terme. Certains risques pour la santé de cette substance radioactive "pourraient même être sous-évalués", peut-on lire sur le site de l’association "Réseau Sortir du nucléaire" qui s’appuie sur l’avis d’experts ayant "participé à un Livre Blanc publié par l’Autorité française de sûreté nucléaire (ASN)". Le tritium pourrait, en effet, "s’intégrer à l’ADN au cœur des cellules".

La liste des 122 communes concernées d'Île-de-France

• BRIE-COMTE-ROBERT, HERME, CHAMPAGNE-SUR-SEINE, VERNOU-LA-CELLE-SUR-SEINE, CHATENAY-SUR-SEINE, COURCELLES-EN-BASSEE, EGLIGNY, LECHELLE, NOYEN-SUR-SEINE, BALLOY, GRAVON, MORSANG-SUR-SEINE, VIRY-CHATILLON, VIGNEUX-SUR-SEINE, CORBEIL-ESSONNES, SAINTRY-SUR-SEINE, SAINT-GERMAIN-LES-CORBEIL, SAINT-PIERRE-DU-PERRAY, TIGERY, ETIOLLES, SAINTE-GENEVIEVE-DES-BOIS, LONGPONT-SUR-ORGE, SAINT-MICHEL-SUR-ORGE, VILLIERS-SUR-ORGE, GOMETZ-LE-CHATEL, LINAS, MONTLHERY, ORSAY, SAULX-LES-CHARTREUX, NOZAY, SAINT-AUBIN, VILLE-DU-BOIS (LA), VILLEJUST, VILLIERS-LE-BACLE, SAVIGNY-SUR-ORGE, MORANGIS, PARAY-VIEILLE-POSTE, YERRES, BRUNOY, CROSNE, MONTGERON, SACLAY, ORSAY, ULIS (LES), VAUHALLAN, VILLEBON-SUR-YVETTE, CHOISY-LE-ROI, ALFORTVILLE, ARCUEIL, BRY-SUR-MARNE, CACHAN, CHAMPIGNY-SUR-MARNE, CHARENTON-LE-PONT, CHENNEVIERES-SUR-MARNE, CHEVILLY-LARUE, FONTENAY-SOUS-BOIS, FRESNES, GENTILLY, HAY-LES-ROSES (L'), IVRY-SUR-SEINE, JOINVILLE-LE-PONT, KREMLIN-BICETRE (LE), MAISONS-ALFORT, ORLY, SAINT-MANDE, SAINT-MAUR-DES-FOSSES, SAINT-MAURICE, THIAIS, VILLEJUIF, VILLENEUVE-LE-ROI, VILLIERS-SUR-MARNE, VINCENNES, VITRY-SUR-SEINE, ANTONY, BAGNEUX, BOULOGNE-BILLANCOURT, BOURG-LA-REINE, CHATENAY-MALABRY, CHATILLON, CHAVILLE, CLAMART, FONTENAY-AUX-ROSES, ISSY-LES-MOULINEAUX, MALAKOFF, MEUDON, MONTROUGE, PLESSIS-ROBINSON (LE), PUTEAUX, SCEAUX, SEVRES, VANVES, JOUY-EN-JOSAS – Sedif, LOGES-EN-JOSAS (LES), VELIZY-VILLACOUBLAY, VIROFLAY, BIEVRES, IGNY, MASSY, PALAISEAU, VERRIERES-LE-BUISSON, WISSOUS, Noisy-le-grand, SURESNES, ASNIERES-SUR-SEINE, BOIS-COLOMBES, COLOMBES, COURBEVOIE, GARENNE-COLOMBES (LA), NANTERRE, RUEIL-MALMAISON, PARIS-6E-ARRONDISSEMENT, PARIS-5E-ARRONDISSEMENT, PARIS-13E-ARRONDISSEMENT, PARIS-14E-ARRONDISSEMENT, PARIS-15E-ARRONDISSEMENT, PARIS-16E-ARRONDISSEMENT, PARIS-12E-ARRONDISSEMENT, PARIS-19E-ARRONDISSEMENT, PARIS-20E-ARRONDISSEMENT, PARIS-10E-ARRONDISSEMENT, PARIS-11E-ARRONDISSEMENT, PARIS-18E-ARRONDISSEMENT

Hors Île-de-France, les principales zones touchées sont :

  • Nogent-sur-Seine et ses alentours.
  • Le long de la Vienne et de la Loire à proximité des installations nucléaires d'EDF (Belleville, Dampierre, St-Laurent, Chinon et Civaux).
  • Poitiers, Orléans, Blois, Tours, Angers ou encore Nantes.

Vous trouverez toutes les autres zones concernées par cette contamination sur la carte interactive du site de l'ACRO.

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