Deuil : cette différence fondamentale entre les hommes et les femmes
La perte du conjoint bouleverse l'équilibre quotidien mais fragilise aussi l'état de santé général. Enfin surtout si on appartient à ce sexe. Car les répercussions physiques et psychologiques du deuil ne touchent pas les deux sexes avec la même sévérité, comme l'illustrent de récents travaux publiés dans le Journal of Affective Disorders en juin dernier.
Les conclusions de l'étude : un impact cognitif et physique très différent chez les hommes et les femmes
Pour mesurer les conséquences du veuvage chez les seniors, des chercheurs ont analysé les données de la cohorte japonaise JAGES, comprenant près de 26 000 adultes de 65 ans et plus suivis entre 2013 et 2019. Parmi eux, 1 076 participants ont traversé la perte de leur moitié. Les résultats mettent en lumière une nette disparité selon le genre.
Chez les hommes, le décès de la conjointe est associé à un risque significativement plus élevé de mortalité, de démence et de perte d'autonomie. Cette corrélation reste quasiment inexistante chez les veuves. Les hommes endeuillés manifestent également une hausse marquée des symptômes dépressifs, un sentiment de désespoir accru et une augmentation des comportements à risque, notamment une consommation excessive d'alcool, particulièrement aiguë durant les douze premiers mois.
À l'inverse, les femmes suivent une trajectoire différente. Si elles accusent une baisse passagère de leur moral immédiatement après le décès, elles ne présentent pas d'élévation durable de la dépression. Au fil du temps, elles déclarent même une progression de leur satisfaction de vie et de leur bonheur subjectif.
Isolement masculin et résilience féminine : les ressorts d'une divergence
Le fonctionnement du couple, du vivant des deux partenaires est déterminant. L'enquête montre que si les hommes et les femmes augmentent leur participation à des activités après la disparition de leur partenaire, seuls les hommes subissent une chute brutale du soutien affectif ressenti.
Dans de nombreux couples de cette génération, l'épouse demeure l'unique confidente et la gestionnaire des liens familiaux. À sa disparition, l'homme se retrouve démuni face à la gestion de sa vie quotidienne et de sa santé. Les femmes, pour leur part, s'appuient sur un réseau amical plus diversifié et maintiennent assidûment leurs rendez-vous de dépistage médical. De plus, de nombreuses épouses ayant assuré le rôle éprouvant d'aidante avant le décès trouvent, après l'épreuve du deuil, un sentiment de répit et une liberté nouvelle.
Le visage du veuvage en France : une réalité démographique féminine
Sur le territoire français, le veuvage touche principalement la population féminine. D'après les chiffres de la DREES, la France compte entre 4 et 5 millions de personnes veuves, dont près de 80 % sont des femmes.
L'Institut national d'études démographiques (INED) précise d'ailleurs que sept femmes sur dix connaîtront le veuvage après 60 ans, pour une durée moyenne de 13 années en solitaire. Cette réalité concerne également des profils plus jeunes : environ 500 000 personnes perdent leur conjoint avant l'âge de 55 ans, affrontant alors des charges de famille et des difficultés financières renforcées.
Deuil : quels conseils face à la perte du partenaire ?
Sur le plan psychologique, les spécialistes préconisent le modèle du double processus développé par les chercheurs Margaret Stroebe et Henk Schut. Cette approche invite à alterner des moments tournés vers le chagrin (pleurer, évoquer le défunt) et des temps axés sur la restauration (gérer les démarches pratiques, nouer de nouvelles habitudes).
Face au risque d'isolement, l'entourage joue un rôle crucial. Famille et amis ne doivent pas hésiter à accompagner les veufs dès la première année, afin de prévenir le repli sur soi et la dénutrition. Enfin, le recours aux thérapies cognitives et comportementales (TCC) et aux groupes de parole permet de désamorcer les sentiments de culpabilité et d'éviter l'installation d'un deuil prolongé. Ces conseils s'adressent évidemment aussi bien aux hommes qu’aux femmes, car la perte d’un partenaire est toujours une épreuve difficile.
Afficher les sources de cet article
- Kenjiro Kawaguchi, Atsushi Nakagomi, Kazushige Ide, Kokoro Shirai, Chie Koga, Yu-Ru Chen, Katsunori Kondo, Koichiro Shiba, Health and well-being after spousal loss among older men and women, Journal of Affective Disorders, Volume 403, 2026, 121391, ISSN 0165-0327, https://doi.org/10.1016/j.jad.2026.121391.
- Santé Log
- Volhuer, M. Le veuvage précoce en France : un bouleversement conjugal, familial et matériel. Études et Résultats, DREES, numéro 806, juillet 2012.
- Bonnet, C., & Tréguier, J. Sept femmes sur dix connaîtront le veuvage après 60 ans, pour une période de 13 ans. Population & Sociétés, Institut national d'études démographiques (INED), numéro 639, décembre 2025.
- Stroebe, M., & Schut, H. The dual process model of coping with bereavement: rationale and description. Death Studies, volume 23, numéro 3, pages 197-224, avril-mai 1999. DOI : 10.1080/074811899201046.