Deuil : la sensation de chagrin profond des années après la mort d'un être cher pourrait affecter notre propre longévité

Publié par Elodie Vaz
le 28/09/2025
Deuil et l'impact sur la longévité
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Image d'illustration
Perdre un être cher est une épreuve. Mais quand le chagrin persiste, il pourrait aussi écourter la nôtre. Une étude danoise menée sur dix ans révèle qu'une période de deuil intense impact la longévité.

Perdre un proche bouleverse l’existence. Mais lorsque le chagrin s’installe durablement, il pourrait aussi réduire l’espérance de vie. C’est la conclusion d’une vaste étude danoise publiée dans la revue scientifique Frontiers en juillet 2025. Durant 10 ans, l’équipe de scientifiques a suivi des personnes fortement endeuillées. 

Depuis longtemps, les médecins observent que la tristesse extrême affecte le corps. De nombreuses recherches ont déjà montré un lien entre le deuil et divers problèmes de santé, comme l’hypertension artérielle. Mais, « la plupart d'entre elles n'ont suivi les personnes en deuil que pendant quelques années après leur perte », souligne Andreas Maercker, psychologue à l’université de Zurich. La nouvelle étude, menée par Mette Kjærgaard Nielsen de l’université d’Aarhus, repousse cette limite en observant les conséquences jusqu’à une décennie après le décès d’un proche.

Dix ans de suivi

Pour mener leur enquête, les chercheurs se sont appuyés sur un registre national recensant les malades en phase terminale. Ils ont recruté plus de 1 700 membres de leur entourage – parents, conjoints, partenaires – et les ont interrogés à trois moments : avant le décès, puis six mois et trois ans après. Les participants, âgés en moyenne de 62 ans, répondaient à des questionnaires sur leurs émotions. Tentaient-ils d’éviter tout ce qui rappelait la maladie ou la mort ? Se sentaient-ils perdus dans leur rôle social ?

Leurs réponses ont permis de distinguer plusieurs trajectoires. Chez 670 personnes, le chagrin est resté faible, avec un simple sentiment de confusion passagère. À l’inverse, 107 participants ont ressenti un chagrin intense et durable, en se sentant submergés par ce sentiment. D’autres ont vu leur peine s’atténuer progressivement, ou au contraire surgir plus tard.

Un risque de décès bien plus élevé

Dix ans plus tard, les chercheurs ont consulté les dossiers médicaux de ces proches. Le résultat est frappant. Le taux de mortalité dans le groupe très affecté était 88 % plus élevé que dans le groupe peu affecté. Autrement dit, une tristesse profonde et prolongée s’accompagne d’un risque de décès presque doublé. « On dit souvent que le deuil brise le cœur », rappelle Andreas Maercker dans un article de New Scientist. « Les résultats confirment l'idée selon laquelle un deuil prolongé et intense met le corps à rude épreuve, entraînant une mort prématurée » Il souligne aussi l’effet des changements de mode de vie : perte d’appétit, sédentarité, négligence des soins de santé.

Maladies préexistantes ou cercle vicieux ?

Au début de l’étude, seuls 17 % des proches avaient reçu un diagnostic médical, mais ce taux était plus élevé chez ceux qui vivaient un chagrin profond. « Le taux plus élevé de maladies préexistantes pourrait expliquer en partie pourquoi les membres de ce groupe étaient plus susceptibles de décéder pendant la période de suivi », note Mette Kjærgaard Nielsen. Selon Andreas Maercker, « il est également possible qu'une mauvaise santé intensifie le deuil ». Un véritable cercle vicieux, où la souffrance psychique et la fragilité physique se renforcent mutuellement.

Un enjeu de santé publique

Ces conclusions appellent à agir. Au-delà des chiffres, cette étude rappelle que le deuil n’est pas seulement une épreuve émotionnelle : c’est aussi une question de santé publique. « Offrir un soutien supplémentaire aux personnes qui souffrent d'un deuil intense et prolongé, qu'elles soient elles-mêmes atteintes d'une maladie ou non, pourrait sauver des vies », insiste le professeur Maercker.

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