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« J’aime profondément la vie », lance Gilles Paris, auteur du livre Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, publié aux éditions Flammarion. C’est certainement pour cette raison, qu’en trente ans, l’homme qui travaille dans l’édition depuis 35 ans a réussi à se relever de ses huit dépressions. Profondément optimiste, mais néanmoins lucide, il a, à chaque fois, trouvé la force et le courage de se prendre en main, enchaînant les psychanalyses et les séjours à l’hôpital. « La première dépression est celle qui a été la plus terrible », affirme-t-il. « Beaucoup de personnes diraient que j’avais tout pour être heureux ». Une phrase qu’il ne supporte plus d’entendre. « Et pourtant, la bête est entrée en moi ».

Boulevard Malesherbes, année 1992. Un week-end comme les autres. Alors qu’il essaye de lire les épreuves d’un livre qu’il va défendre, Gilles Paris n’arrive soudainement plus à se concentrer. Les lignes se chevauchent. Tout lui paraît alors insurmontable. Il craque. « J’enchainais les crises de larmes. La nuit, je tournais vingt-cinq fois dans mon lit sans réussir à trouver le sommeil. Je me levais sans cesse », affirme-t-il. Il tombe alors dans une spirale infernale. « Huit mois, c’est la durée minimale d’une dépression, un an de plus avec l’arrêt des médicaments ».

Au cours de toutes ces années, Gilles Paris a fait plusieurs tentatives de suicide. Un moyen d’appeler au secours. « Je parlerais davantage de tentative de survie. Je ne voulais pas vraiment mourir. J’appelais toujours quelqu’un avant de perdre connaissance. Lorsque je me réveillais avec des électrodes sur le torse, je me disais que j’avais réussi mon coup, que j’étais toujours en vie ».

Aucune dépression ne se ressemble

La deuxième dépression a duré près de deux ans. « C’est certainement la plus inexplicable. A ce moment-là, tout allait bien dans ma vie. J’étais déjà en couple avec Laurent (son conjoint, NDLR.) depuis deux ans. Mon deuxième livre était un succès en librairie ». Gilles Paris se retrouve alors transbahuté d’un hôpital à un autre. « Généralement, un séjour dure quinze jours, trois semaines. Là, on ne voulait pas me laisser sortir. On me disait que je n’étais pas prêt. Ça m'a complètement abîmé. Je perdais confiance en moi ».

Pendant cette période difficile, l’écrivain a pu compter sur le soutien indéfectible de Laurent, l’une des rares personnes à être au courant de sa dépression, comme à chaque fois. « Pendant mes différentes hospitalisations, je lui confiais mon téléphone pour que personne ne m’appelle», dit-il avant de préciser : « Entre chaque dépression, je reprenais ma vie là où elle s’était arrêtée. Je faisais bonne figure. Personne n’y voyait rien. Lorsque je ne me sentais pas bien, j’évitais de sortir, de voir du monde. J’enchainais les séances de sport et j’allais voir mon psychanalyste. J’avais besoin que mon quotidien soit rythmé, organisé. C’est très rassurant ».

Le besoin de comprendre sa mélancolie

Sa dernière dépression date d’il y a quatre ans. La huitième. « C’est la plus courte. Elle n’a duré que trois mois ». « J’ai mis du temps avant de bien analyser les symptômes de la dépression », explique-t-il. « Mais j’ai fini par mieux les repérer et les anticiper ». À chaque fois, un état d’épuisement, un mal fou à se concentrer, des crises de larmes incontrôlables, des sauts d’humeur et une sensation de vide. « La dernière n’a pas nécessité d’hospitalisation. À partir du moment où j’ai eu du mal à me lever, j’ai pris mes médicaments et je suis allé voir mon médecin ».

Vingt ans plus tard, Gilles Paris cherche toujours à comprendre l’origine de sa mélancolie. L’homme évoque, notamment, les relations conflictuelles et la violence de son père, son éducation, les nuits de fêtes, de drogues et d’alcool, le surmenage… Une introspection qui lui semble primordiale. « On a tous besoin de comprendre », confie-t-il. « Ce ne sont que des hypothèses. On ne peut jamais être sûr de rien. Mais ça aide à avancer ».

Regarder vers l’avenir pour guérir

Malgré tout, l’homme tire du positif de ces différents épisodes. « Au début, elles m’ont anéanti. Au final, elles m’ont construit. Elles m’ont rendu plus empathique, plus humain ». Les séjours dans les hôpitaux n’ont pas toujours été simples, mais moins terribles qu’on ne peut l’imaginer. « Il est important de créer des habitudes. On mangeait tous les jours à la même heure. Il y avait des rituels. On voyait les médecins le matin. L’après-midi, j’allais me poser dans le parc. Je m’asseyais sur un banc, j’allais boire un verre à la cafétéria. Les journées semblent infiniment longues. La notion du temps est totalement inversée. C’est vrai qu’il y a des moments pénibles, notamment, le soir quand tout le monde dort à cause des traitements médicamenteux. Mais on n’est en aucun cas enfermé, cela n’a rien à voir avec l’exagération des séries ou des films ».

Gilles Paris n’oublie pas tous ceux qu’il a croisés sur son chemin. « J’ai rencontré énormément de personnes bienveillantes dans les hôpitaux psychiatriques, certainement des gens que je n’aurais jamais rencontré dans ma vie de tous les jours. Certains sont devenus plus importants que mes proches ». Il faut dire qu'un tel combat, ça rapproche. « Je n’ai jamais revu personne. Je savais qu’une fois sorti de l’hôpital, nos chemins se sépareraient. On se reconstruit avec sa famille, ses amis, pas avec des inconnus ».

Aujourd’hui, Gilles Paris souhaite partager ce récit au plus grand nombre. Un exutoire ? Pas vraiment. Un moyen de sensibiliser à la dépression ? Certainement. « Je dirais aux personnes qui souffrent de la dépression d’être patients. Mais surtout de se prendre en main. En commençant par aller voir un médecin. C’est la seule personne habilitée à nous dire ce que l’on doit faire. Reconnaître que l’on n’est pas bien, c’est un premier pas vers la guérison. À un moment, on ne peut pas se complaire dans cette situation. Il faut se prendre en main pour avancer ».

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Sources

Merci à Gilles Paris pour son témoignage, il est l'auteur du livre biographique : Certains coeurs lâchent pour trois fois rien.

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