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C'est une révélation déroutante. Le professeur Luc Montagnier a expliqué jeudi 16 avril au magazine "Pourquoi Docteur ?", pourquoi il ne croit pas que le Covid-19 provienne d'une contamination dans un marché animalier à Wuhan.

Certaines recherches du laboratoire auraient dépassé les limites

"Le laboratoire de la ville de Wuhan s'est spécialisé sur ces coronavirus depuis le début des années 2000. Ils ont une expertise dans ce domaine" déclare le spécialiste. "Cela m'a poussé à regarder de près la description du génome et la séquence ARN du virus".

C'est ainsi qu'a démarré le début d'une analyse "qui a été faite, non seulement par moi, mais aussi et surtout par mon collègue mathématicien, Jean-Claude Perrez, qui continue à développer cette biomathématique, c'est-à-dire l'application des mathématiques à la biologie", poursuit le professeur.

Il explique avoir analysé "dans les moindres détails" la séquence avec son collègue. Mais "on n'a pas été les premiers, puisqu'un groupe de chercheurs indiens a essayé de publier une analyse qui montre que le génome complet de ce coronavirus avait des séquences d'un autre virus, qui est le VIH, le virus du sida", explique-t-il.

"L'histoire du marché aux poissons est une belle légende"

Le professeur affirme alors que le groupe de chercheurs indien a dû se rétracter après sa publication à cause de "l'énorme pression" subie. Mais il assure que la "vérité scientifique finit toujours par émerger de tout ce qu'on veut cacher".

Selon lui, la séquence de VIHaurait été insérée dans le génome du coronavirus pour tenter de faire un vaccin contre le VIH. "C'est un travail d'apprenti sorcier", commente-t-il, avant d'ajouter que "ce virus a échappé à ses propres auteurs.

L'histoire du marché aux poissons est une belle légende mais ce n'est pas possible. Il y a très peu de chances qu'un virus de chauve-souris se transforme. Je pense, et c'est l'hypothèse la plus raisonnable, qu'ils voulaient faire un vaccin contre le VIH", précise le professeur.

"La nature ne tolère pas n'importe quoi"

L'expert va ensuite encore plus loin : "malheureusement, en biologie moléculaire on peut faire des bricolages, mais on a oublié que nous sommes dans la nature depuis des millions d'années, et que la nature ne tolère pas n'importe quoi. Et quand elle souffre, elle essaye de les éliminer (les corps étrangers, ndlr)", déplore-t-il.

Il indique ensuite que le virus mute naturellement, en passant d'une personne infectée à une autre. Mais, seule bonne nouvelle sur ce sombre tableau "même si on ne fait rien, les choses vont s'arranger, mais au prix de beaucoup de morts", regrette le Pr Montagnier.

"C'est au gouvernement chinois de prendre ses responsabilités"

L'expert regrette qu'actuellement les publications sur l'origine du coronavirus soient interdites, en l'absence de l'accord des autorités gouvernementales chinoises.

Cela renvoie l'idée que la science ne dépend pas de la vérité, de la réalité des choses... mais de la volonté des personnes. Personne n'aura plus confiance dans ce que dit la science, regrette le spécialiste.

L'expert souligne cependant que la Chine "n'est pas la seule responsable", bien que son but n'est pas de "faire une enquête policière". "Il y a une aide américaine derrière ces équipes chinoises. Mais il faut attendre. J'espère tout de même que la Chine est assez grande pour reconnaître son erreur", conclut l'expert, en ajoutant, malgré tout, que "l'erreur est humaine".

La sécurité du laboratoire remise en question

La sécurité du laboratoire remise en question

Les États-Unis n’excluent pas que le coronavirus à l’origine de la pandémie provienne, bien que d’origine naturelle, d'un laboratoire chinois à Wuhan, et évoquent une "enquête" pour faire la lumière.

"Nous menons une enquête exhaustive sur tout ce que nous pouvons apprendre sur la façon dont ce virus s’est propagé, a contaminé le monde et a provoqué une telle tragédie", a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo sur la chaîne Fox News.

Il y a 2 ans déjà, d'après un article du Washington Post, l’ambassade des États-Unis à Pékin, à la suite de plusieurs visites à l’Institut de virologie de Wuhan, avait alerté à deux reprises le département d'État américain sur les mesures de sécurité insuffisantes dans ce laboratoire qui étudiait les coronavirus chez les chauves-souris.

Fox News rapporte également que "plusieurs sources", dont la chaîne ne précise pas la nature, pensent désormais que l’actuel coronavirus émane de ce laboratoire.

À la différence de plusieurs thèses complotistes largement démenties, selon lesquelles il aurait pu s’agir d’un agent pathogène créé volontairement par les autorités chinoises (arme bactériologique), ce média américain évoque un virus naturel, étudié dans le laboratoire.

Si l'on suit cette hypothèse, le "patient zéro" serait donc un employé du laboratoire, qui aurait propagé le virus dans la population après avoir été accidentellement contaminé.

Des avis divergents sur l'origine du virus

Des avis divergents sur l'origine du virus

Interrogé jeudi, un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a démenti cette possibilité.

"De nombreux experts médicaux réputés dans le monde estiment que l’hypothèse d’une soi-disant fuite n’a aucune base scientifique", a-t-il assuré, estimant que l’origine du virus devait faire l’objet d’études de spécialistes.

Mais l'État américain, en refusant de l’exclure, semble accréditer cette piste. Interrogé mercredi à la Maison Blanche, Donald Trump s’est en effet montré évasif. "Je peux vous dire que nous entendons de plus en plus cette histoire. Nous allons voir", a répondu le président américain, assurant que cette "horrible situation" faisait l’objet d’un "examen très approfondi".

Emmanuel Macron, a quant à lui, évoqué des "zones d'ombre". Il a déclaré au Financial Times qu'il y avait "manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas".

En attendant d'avoir le fin mot de l'histoire, une chose est sûre : bon nombre de Français croient en cette théorie.

D'après une étude de l'Ifop réalisée avec la Fondation Jean Jaurès et Conspiracy Watch et publiée fin mars, 17% des Français pensent que le virus a été "fabriqué intentionnellement en laboratoire" et 9% pensent que le virus a été "fabriqué en laboratoire", mais "de manière accidentelle". Et ce sont les jeunes qui, en proportion, sont les plus nombreux à le penser. Une théorie qui a été abondamment relayée sur les réseaux sociaux ces dernières semaines.

> De plus en plus de femmes renoncent à la chirurgie esthétique et utilisent cette pilule à la place.

Sources

EXCLUSIF - Pour le Pr Montagnier, SARS-CoV-2 serait un virus manipulé par les Chinois avec de l'ADN de VIH ! (podcast), Pourquoi Docteur, 16 avril 2020.

Coronavirus : Washington "enquête" pour déterminer si le Covid-19 a pu sortir d’un laboratoire chinois, 20 minutes, 16 avril 2020.

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