Rouen : une eau noirâtre sortirait des robinets [Lubrizol]

L’eau du robinet est-elle vraiment potable, après l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen ? C’est la question que se pose les habitants, après que certains ont vu de l’eau noirâtre sortir de leurs robinets.
Rouen : une eau noirâtre sortirait des robinets [Lubrizol]Istock
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Les habitants de l’agglomération rouennaise sont toujours très inquiets après l’incendie de l’usine Lubrizol, classée “Seveso seuil haut”. Et l’une des principales sources de préoccupation est la potabilité de l’eau.

Sur Twitter, des photos et des vidéos ont récemment circulé, dans lesquelles on peut voir un liquide noirâtre s’écoulant du robinet de certains riverains… Alors même que la préfecture et l'Agence régionale de santé (ARS) de Normandie ont assuré que l’eau de l’agglomération était parfaitement potable.

Les rouennais sont préoccupés par la potabilité de l’eau

Pour rappel, l’incendie avait fait planer un épais panache de fumée noire sur la ville, et des pluies de suie sont ensuite tombées à des kilomètres alentours. Très rapidement, les autorités ont indiqué que les principales molécules relevées dans l’air ne présentaient pas de toxicité aiguë, et que l’eau était parfaitement potable.

Face à ces propos rassurants, les habitants, directement impactés par les retombées de cet incendie, sont restés méfiants. “L’eau est buvable, mais pas trop”, peut-on lire sur un Tweet, accompagné d’une vidéo où l’on voit de l’eau tantôt claire, tantôt noirâtre s’écouler d’un robinet. Une internaute montre, quant à elle, une eau gris-foncé dans une publication du 29 septembre.

Les autorités sanitaires affirment que “l’eau du robinet peut être consommée sans risque pour la santé”

En réponse, l’Agence Régionale de Santé de Normandie a publié un point de situation. Elle y explique que, malgré les nombreuses images circulant sur les réseaux sociaux alertant sur la couleur de l’eau, seulement “deux signalements ont été effectués” auprès des autorités de santé. Et “après vérification”, ils “n’ont pas été confirmés”, ce qui signifie que l’eau n’était pas (ou plus) trouble lorsqu’ils se sont rendus sur place.

L’agence précise que “l’eau du robinet peut être consommée sans risque pour la santé en Seine-Maritime, y compris dans les secteurs qui ont été directement concernés par le panache de fumées. Les 1ères analyses pratiquées immédiatement après l’incendie n’ont pas révélé d’anomalie”.

L'eau potable ne vient pas de la Seine, mais de nappes souterraines

En effet, l’eau qui alimente l’agglomération ne viendrait pas de la Seine ou d’autres rivières, directement polluées par les pluies d’hydrocarbures, mais de “captages d’eau souterraine”, ressource qui fait l’objet d’une “surveillance renforcée” depuis l’incendie. La métropole met néanmoins un numéro vert à disposition des habitants, au cas où ils constateraient quelque chose de suspect : 0 800 021 021.

Pour l’instant, nous n’avons pas d’information permettant de savoir si les pluies de suie ont pu pénétrer dans les nappes phréatiques, alimentant les cultures et les robinets...

Les productions agricoles sont suspendues dans 112 communes

Si les habitants sont si méfiants, c’est aussi à cause du décalage entre les propos des autorités et certaines mesures, peu rassurantes. Ainsi, la préfecture de Seine-Maritime a publié samedi un arrêté interdisant la commercialisation des produits issus des exploitations agricoles de 112 communes du département.

“Les productions végétales non récoltées ne doivent pas l’être”, peut-on lire dans le communiqué. Tandis que le lait, les œufs, le miel, les poissons d’élevage, les productions végétales et les aliments pour animaux déjà collectés et “susceptibles d’avoir été exposés à la contamination” doivent être “consignés sous la responsabilité de l’exploitant jusqu’à obtention de garanties sanitaires [...] sur la base de contrôles officiels”.

Les aliments des potages ne doivent pas être consommés

La préfecture indique aussi que les produits cultivés par des particuliers - dans les potagers par exemple - ne doivent pas être consommés s’ils sont “souillés”. En l’absence de pollution visible, ils peuvent être consommés après avoir été soigneusement lavés.

L’ARS rappelle, quant à elle, de “se laver immédiatement avec du savon ordinaire et si besoin de se rincer les yeux avec du sérum physiologique”, en cas de contact accidentel avec les suies.

Maux de tête, vertiges, vomissements : la qualité de l’air également remise en cause

Autre point de méfiance : l’air quasi-irrespirable de la ville, qui provoque malaises, maux de tête et vomissements chez les habitants. Dans les rues, on peut voir des riverains marcher avec un masque ou un foulard devant le nez pour se protéger.

Dans trois établissements scolaires, des enseignants ont fait usage de leur droit de retrait. "Suite aux odeurs liées à l'incendie de l'usine Lubrizol, encore très présentes et indisposantes (maux de tête, nausées, vertiges...), nous faisons jouer notre droit de retrait car nous estimons que la situation actuelle présente un danger grave et imminent pour nous et les élèves", justifient-ils dans une lettre signée par 26 d'entre eux. Les cours sont suspendus jusqu’à nouvel ordre au collège Georges-Braque, en raison de l’odeur persistante et des symptômes observés.

Le préfet signale "un état habituel de la qualité de l'air"

En parallèle, le préfet de Seine-Maritime a indiqué lors d’un point presse le 28 septembre que “nous sommes à un état habituel de la qualité de l’air à Rouen”, excepté sur le lieu de l’incendie, où des analyses ont relevé la présence de benzène.

La ministre de la santé, Agnès Buzyn, qui s’est déplacée à Rouen vendredi dernier reconnaît quant à elle que “la ville est clairement polluée”. Elle rappelle qu’il est recommandé aux riverains de “nettoyer ces suies” en prenant des précautions, notamment le port de gants de protection.

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