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L’observation des premiers troubles de l’autisme intervient toujours avant les 3 ans de l'enfant. À l’occasion de la journée mondiale de la sensibilisation à l'autisme 2022, qui aura lieu ce samedi 2 avril, Priscilla Werba, créatrice du projet “Deux minutes pour mieux vivre l’autisme”, rappelle auprès de Medisite l’importance d’un diagnostic précoce pour une prise en charge optimum. Cette orthophoniste accompagne les enfants en situation de handicap depuis presque 30 ans. Elle s’est entourée d’une vingtaine de professionnels de la santé et de l’éducations et de parents concerné par l’autisme et a décidé en 2018 de créer un “site d’information gratuit, soutenu par la Fondation Bettencourt Schueller, dédié aux aidants d’enfants autistes âgés de 0 à 10 ans”.

Le but est “de soutenir les personnes qui accompagnent un enfant autiste dans les différents environnements qu’il côtoie et ainsi permettre aux enfants autistes de s’épanouir, s’adapter et progresser en confiance”. Ce site dédié aux parents d'enfants autistes et aux enseignants s’adresse aussi aux professionnels de santé, et notamment aux rééducateurs. “Après le diagnostic, on s’est rendu compte qu’il y avait très peu de choses qui existaient au niveau des recommandations", nous confie Priscilla Werba.

Autisme de l’enfant : 120 vidéos pour aider les parents

Avec “Deux minutes pour mieux vivre l’autisme”, “l’idée était, à travers des capsules vidéos qui durent deux à trois minutes, de cibler une problématique que va rencontrer un aidant au cours de la journée du lever jusqu’au coucher de l’enfant”. “Chaque acte de la vie quotidienne peut devenir un vrai challenge pour un enfant autiste”, assure l'orthophoniste. Elle explique avoir listé avec les professionnels et les familles toutes les problématiques observées depuis des années. Ainsi, ce sont déjà 120 vidéos sous forme de dessins animés qui ont été réalisées illustrant les moments phares de la journée d’un enfant présentant un trouble du spectre de l'autisme. “Comment aider un enfant à donner la main ? Comment aider un enfant à lire un livre ? Prendre
son bain ? Communiquer avec un enfant non verbal ? Tout ce qui semble anodin dans une famille où il n’y a pas de handicap devient un vrai défi quand l’autisme s’invite à la maison”, explique Priscilla Werba.

Les commentaires déposés sur la plateforme peuvent aussi aiguiller les professionnels pour traiter de nouveaux sujets. “On utilise les vidéos pour les guider et ils y sont très sensibles (...) L’idée était de donner une multitude de pistes et les gens s’en saisissent vraiment bien. On a de très bons retours”, se réjouit Priscilla Werba, créatrice du projet.

Autisme : des signes précoces visibles dès la naissance

“Nous avons codéveloppé avec le Craif (Centre de Ressources Autisme Ile-de-France, Ndlr) une série de huit vidéos pour informer sur les signes précoces de l’autisme, c'est-à-dire avant trois ans, car ce sont des signes qui sont parfois encore mal connus”. assure l'orthophoniste. Selon elle, “il y a beaucoup trop d’attente entre le moment où on commence à s’inquiéter et et le diagnostic sans parler de la prise en charge”. Une équipe de spécialistes a donc développé des vidéos sur les signes précoces d’alerte chez l’enfant qui doivent inquiéter et pourraient permettre une prise en charge des premiers signes d’autisme chez de très jeunes enfants.

Pour diagnostiquer l’autisme, il va y avoir deux éléments principaux, on parle de la diade autistique :

  • les troubles de l’interaction sociale réciproque et de la communication
  • les intérêts restreints et les comportements répétitifs

“Comme il s’agit d’un trouble qui est présent dès la naissance et va être plus ou moins visible au fil des premiers mois de vie”, rappelle Priscilla Werba. “Entre 0 et 6 mois, on va avoir chez ces bébés des attitudes qui peuvent faire penser à de l’autisme. On ne parle pas de diagnostic de trouble du spectre de l'autisme, mais ce sont des signes d’alerte”, assure l'orthophoniste. Selon elle, “si on ne pose pas un diagnostic à un enfant de six mois, on va en revanche surveiller des signes qui peuvent faire penser à des difficultés de développement”.

Symptômes : un bébé trop calme, une absence de babillages

Entre 0 et 6 mois

Par exemple, un bébé de 0 à 6 mois qui est trop calme, ou trop agité, qui n’a pas de babillage, qui a peu de contact oculaire, peut être considéré
comme un bébé à surveiller et présentant des risques de troubles du
neurodéveloppement. L’orthophoniste cite également le “manque d’intérêt émotionnel ou social”. “Souvent chez les bébés qui vont grandir et confirmer ce trouble de l’autisme, on se rend compte que c’étaient des bébés qui portaient beaucoup plus d’intérêt aux jouets et aux objets qu’aux personnes”. Selon Priscillia Werba, ce sont des enfants qui vont présenter “très peu d’intérêt pour le monde extérieur” et ne seront “pas sensibles à leur environnement”. Ils peuvent aussi à l’inverse être “trop sensibles à certains bruits” aussi banals qu’une goutte d’eau dans l’évier.

Entre 6 et 12 mois

Entre 6 et 12 mois, on peut ensuite voir apparaître chez l’enfant “des comportements un peu étranges avec de la manipulation d’objets répétitive ou stéréotypée”. Si ce n’est pas inquiétant lorsque c’est ponctuel, si c’est très répétitif, que ça devient envahissant dans la journée du bébé, il faut alors s'inquiéter. “On peut également voir apparaître des petits mouvements de ‘flapping’, comme si le bébé voulait battre des ailes avec leurs mains”, précise la spécialiste. Si c’est un comportement courant chez un enfant “ordinaire”, quand cela devient fréquent et répétitif, cela peut devenir un signal d’alerte. Enfin, ce qui va souvent alerter les parents, “c’est le manque de contact oculaire”.

Au-delà de ces comportements, il y a aussi d’autres symptômes qui peuvent alerter les parents comme :

  • les troubles du sommeil
  • des pleurs inexpliqués
  • des difficultés d’alimentation (difficultés de succion et sélectivité de l’alimentation)

“Si on interroge les parents sur le parcours de développement de son enfant, il est possible de découvrir qu’il présente des troubles avant 24 mois et il sera possible d’accompagner la famille vers un diagnostic d'autisme”, explique l’orthophoniste. Selon elle, c’est essentiel pour une prise en charge précoce car “plus on intervient précocement, plus on a une chance de pouvoir changer la trajectoire de l’enfant en profitant de la plasticité cérébrale de l’enfant avant six ans”. Priscilla Werba rappelle qu’on ne va pas “soigner l’autisme”, mais permettre à l’enfant d’être plus adapté à son environnement.

Autisme : qui consulter pour poser un diagnostic ?

En cas de suspicion d’autisme, il existe des centres de diagnostic rattachés aux hôpitaux mais également des PCO, plateformes de coordination et d’orientation, mises en place par l’État. Elles vont permettre d’agir encore plus vite en mettant en lien les familles et les médecins avec des professionnels libéraux comme des psychologues et des psychomotriciens, qui évalueront l’enfant en lien avec des orthophonistes. Les bilans seront ensuite
validés par un pédopsychiatre. "Au-delà des observations des spécialistes, pour poser un diagnostic d’autisme, il est essentiel de prendre en compte l’inquiétude et les observations des parents qui restent les expert de leur enfant”, conclut Priscilla Werba.

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Sources

Merci à Priscilla Werba, orthophoniste et créatrice du projet “Deux minutes pour mieux vivre l’autisme”.

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