Alzheimer : un nouveau test pour prédire la maladie 10 ans avant

Publié par Edouard Korvaul
le 23/10/2026
femme qui fait un puzzle
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Prédire le déclin cognitif jusqu'à dix ans avant les premiers symptômes grâce à une simple prise de sang ? C’est possible selon une nouvelle étude et cela pourrait transformer la prise en charge de la maladie d'Alzheimer.
 

Les lésions cérébrales liées à la maladie d'Alzheimer s'accumulent silencieusement durant des décennies avant l'apparition des premiers oublis du quotidien. Or de très nombreuses personnes sont malheureusement diagnostiquées bien trop tard. Pour pallier ce problème, la recherche médicale s'oriente vers des outils biologiques accessibles, capables de repérer les individus à risque bien avant la perte d'autonomie.

Alzheimer : une recherche internationale sur plus de 2 600 adultes

Une équipe dirigée par Rachel F. Buckley et la Dre Reisa A. Sperling, rattachées au Mass General Brigham de Boston, a publié une vaste étude dans la revue JAMA. Ces travaux reposent sur l'harmonisation des données de 2 684 adultes sans trouble cognitif au départ, suivis durant une période médiane de 5,4 ans pouvant aller jusqu'à 13,5 ans. Les participants proviennent de six cohortes réparties en Amérique du Nord, au Japon et en Australie.

Le profil de la cohorte affiche un âge médian de 69,6 ans et compte 63 % de femmes, une proportion représentative de la démographie de cette pathologie. L'objectif consistait à mesurer le risque d'évolution vers un déficit cognitif à partir d'un marqueur sanguin spécifique : la protéine tau phosphorylée 217 (P-tau217), prélevée directement dans le plasma.

Quels sont les résultats obtenus avec la protéine P-tau217 ?

Les conclusions indiquent que chaque hausse d'un écart-type du taux de P-tau217 augmente le risque de progression vers un déclin intellectuel de 38 %. Cette valeur pronostique reste statistiquement significative après ajustement sur les données d'imagerie cérébrale par TEP scan amyloïde. Les personnes présentant un niveau initial très élevé affichent un risque absolu de trouble cognitif de 38 % à 5 ans, contre 24 % pour celles ayant un taux modérément élevé.

Cette projection du risque reste observable sur une fenêtre temporelle allant jusqu'à dix ans, avec une dégradation annuelle accélérée sur l'échelle cognitive PACC. Les auteurs soulignent néanmoins certaines limites méthodologiques : les estimations demeurent nettement plus fiables à 5 ans qu'à 10 ans, et les données n'intègrent pas l'ensemble des facteurs de risque vasculaires associés.

Diagnostic précoce : les freins des examens traditionnels

Le processus pathologique de la maladie démarre en moyenne quinze à vingt ans avant les premières plaintes sur la mémoire ou spatiales. Identifier ces signaux avant la mort neuronale constitue un défi médical récurrent pour les praticiens.

Jusqu'à présent, les examens de référence posent d'importantes barrières pratiques. La ponction lombaire, indispensable pour doser les biomarqueurs dans le liquide céphalorachidien, représente un acte invasif et redouté par les patients. En parallèle, l'imagerie par émission de positons demeure onéreuse et difficile d'accès en dehors des centres hospitaliers universitaires. La médecine de ville manque ainsi de solutions simples pour distinguer un vieillissement cérébral normal d'un processus neurodégénératif sous-jacent.

Un espoir pour les futurs traitements préventifs

Selon l'Organisation mondiale de la santé, la maladie d'Alzheimer représente 60 à 70 % des cas de démence dans le monde, touchant plus de 55 millions de personnes. En France, l'Inserm et Santé publique France recensent plus d'un million de personnes atteintes, avec environ 225 000 nouveaux diagnostics posés chaque année.

Ce test sanguin pourrait d'abord servir à sélectionner les volontaires asymptomatiques pour les essais cliniques de thérapies ciblées. Une intégration de ce dosage dans la pratique courante dépendra toutefois de l'homologation de traitements capables de freiner la progression des plaques amyloïdes et des dégénérescences neurofibrillaires avant le début des symptômes.

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  • Buckley RF, Townsend DL, Birkenbihl CJ, Cuppels M, Coughlan GT, Seto MT, Brown JA, Properzi MJ, Hönig MC, Li A, Schultz AP, Chhatwal J, Yang HS, Arnold S, Kivisäkk P, James BD, O'Bryant S, Rissman RA, Petersen M, Caldwell JZK, Betthauser T, Oomens JE, Carrigan M, Healy B, Condado JG, Johnson SC, Yau WW, Langford O, Farrell M, Amariglio RE, Rentz DM, Papp KV, Brookmeyer R, Hohman TJ, Donohue M, Aisen PS, Johnson KA, Sperling RA; Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative, Anti-Amyloid Treatment in Asymptomatic Alzheimer’s (A4) and Longitudinal Evaluation of Amyloid Risk and Neurodegeneration (LEARN) studies, Harvard Aging Brain Study (HABS), Health & Aging Brain Study – Health D; Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative, Anti-Amyloid Treatment in Asymptomatic Alzheimer’s (A4) and Longitudinal Evaluation of Amyloid Risk and Neurodegeneration (LEARN) studies, Harvard Aging Brain Study (HABS), Health & Aging Brain Study – Health Disparities (HABS-HD), and Wisconsin Registry for Alzheimer’s Prevention (WRAP). Prognostic Value of Blood-Based P-Tau217 Levels for Progression to Cognitive Impairment. JAMA. 2026 Sep 15;336(11):950-959. doi: 10.1001/jama.2026.12556. PMID: 42449500; PMCID: PMC13370474.
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