Les toilettes, une piste sérieuse de contamination de l’hantavirus ?

Publié par Céline Willefrand
le 18/05/2026
hantavirus dans les toilettes
Istock
Photo d'illustration
Dans un tribune publiée dimanche, le Dr Christian Lehmann soulève un point jusqu'ici négligé dans la propagation de l'hantavirus : les toilettes. Explications.
 

Même si l’hantavirus ne peut diffuser à la vitesse du Covid, sa létalité explique la rigueur avec laquelle cette crise sanitaire est prise en charge, notamment en France. Une rigueur qui semble porter ses fruits. “A ce stade, on considère avoir détecté et isolé tous les contacts, c’est-à-dire les personnes qui ont été exposées à un cas symptomatique confirmé ou probable” lance le Dr Christian Lehmann, médecin généraliste qui avait tenu une chronique pendant la pandémie du Covid dans le journal Libération. Mais tous, est-ce si sûr ? C’est la question que pose le médecin en soulevant un détail qui est loin d'en être un : les contaminations “invisibles” aux toilettes.

Hantavirus : une contamination invisible aux toilettes ?

Car les autorités, OMS en tête, ne considèrent comme cas contact que les personnes qui ont eu un contact rapproché avec un malade. En l'occurrence dans les différents avions pris par les passagers du MV, le protocole est le suivant détaille le médecin : “Sont considérés à haut risque les passagers situés dans la même rangée et à deux rangées de distance. Sont à faible risque les passagers situés ailleurs dans l’avion. Dans le cas de la veuve du patient zéro, celle-ci a fait un premier vol de Sainte-Hélène à Johannesburg. Le vol dure quatre heures et quarante-cinq minutes, sans compter le temps d’embarquement et d’attente sur les pistes. Sans jamais aller aux toilettes ?” Car les toilettes, appuie le Dr Lehmann, pourraient être un lieu de contamination qu’il ne faut pas oublier.

Contamination aux toilettes : un précédent en Argentine

Pour illustrer son propos, il rappelle l’épidémie d’hantavirus qui s’était propagée en 2018 parmi les convives d’un anniversaire, contaminant 34 personnes, parmi lesquelles onze étaient décédées. L’un des invités de cette fête d’anniversaire ne partageait pas la table des autres malades mais avait été contaminé aux toilettes.

Dans le cas de l’épidémie qui a sévi sur le bateau de croisière, on sait que l'environnement confiné du navire de croisière a joué un rôle d'accélérateur épidémiologique. Les espaces clos et la proximité prolongée entre les passagers ont favorisé une contamination directe, sans aucun contact avec des rongeurs porteurs. Mais la très longue période d'incubation, estimée à 42 jours maximum, complique fortement le traçage des cas contacts.

Dès lors, peut-on imaginer que le virus puisse aussi circuler en dehors du bateau dans les toilettes ? “Les déjections des rats infectés peuvent contaminer les humains par voie respiratoire, en aérosolisation. Le virus est présent dans le sang, la salive, l’urine, et probablement les selles des patients infectés. Lorsqu’on va aux toilettes, on éjecte des matières fécales, des gaz, de l’urine, dans un petit espace restreint et souvent peu ventilé”, poursuit le Dr Lehmann.

L'effet aérosol des chasses d'eau : une explosion de cellules virales

Une étude publiée dans la revue Scientific Reports démontre que chaque activation de la chasse d’eau projette des milliers de micro-gouttelettes inférieures à 5 micromètres dans l'air. Ces aérosols s'élèvent jusqu'à un mètre et demi au-dessus de la cuvette et restent en suspension pendant plusieurs minutes. Ils finissent par se déposer sur les surfaces environnantes ou sont directement inhalés par l'utilisateur suivant.. Les patients touchés par le virus des Andes présentent une charge virale élevée dans leurs excrétions. L'utilisation de sanitaires communs peut devenir un vecteur de contamination insidieux, provoquant l'inhalation de particules fécales ou urinaires infectieuses.

Identifier les points critiques des sanitaires

Les cabines de toilettes constituent souvent les zones les moins bien aérées dans les espaces publics. Ce manque de ventilation entraîne une concentration extrême de pathogènes dans un espace très réduit. La présence d'individus super-contaminateurs aggrave considérablement la situation. Les recherches parues dans le New England Journal of Medicine prouvent que certains malades excrètent des quantités virales immenses, décuplant les risques pour l'ensemble des personnes qui utilisent les lieux d’aisance. Par ailleurs, les méthodes d'entretien traditionnelles amplifient parfois le danger sanitaire : le nettoyage par pulvérisation ou le brossage énergique risque de remettre en suspension les particules virales préalablement fixées sur les parois.

Pour bloquer la dispersion massive des aérosols, un geste barrière fondamental s'impose : fermer systématiquement le couvercle avant d'actionner la chasse d'eau. Cette action mécanique limite drastiquement l'envol des particules contaminées. Et n'oubliez pas de vous laver scrupuleusement les mains, c’est une bonne ligne de défense contre les infections.

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