Les chercheurs de l’Inserm développent un outil capable de prédire la gravité du Covid-19... 3 mois avant !
Comment savoir si une maladie va évoluer positivement ou négativement ? Si les complications, parfois des semaines après l’infection, vont venir compliquer le diagnostic voire le pronostic vital ? Jusqu’ici, à part s’en remettre au hasard, les médecins n’avaient pas vraiment d’outils à disposition pour déterminer quels malades étaient les plus à risque en cas de Covid-19.
Si le virus est moins actif ces derniers mois, il reste potentiellement dangereux. En 2021, l’Insee établissait qu’en 4 vagues épidémiques le coronavirus avait fait 116 000 morts en France. Depuis, le virus continue de tuer et de laisser des séquelles, même si la vaccination à drastiquement réduit le nombre de malades et il est toujours impossible de déterminer quelles sont les personnes les plus à risque de développer une forme grave.
Dans ces conditions, la découverte des équipes de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiés dans le Journal of Clinical Investigation Insights ce 28 janvier 2026, est capitale.
“Se reposant sur trois marqueurs rénaux et inflammatoires renseignés par une simple prise de sang, couplés à l’âge des patients”, les chercheurs français “ont élaboré un nouveau score, simple et performant, prédictif de gravité de la maladie. Un nouvel outil qui permettra de mieux accompagner les patients, d’approfondir les connaissances sur les déterminants de la gravité de cette infection et d’optimiser les essais cliniques” se félicite le communiqué de presse.
Comment a été obtenu ce nouveau score pour déterminer 3 mois à l’avance la gravité de l’infection ?
Pour répondre à cette problématique, les chercheurs se sont penchés sur le cas de 196 patients admis dans 15 hôpitaux français. Ces patients souffraient d'une pneumonie modérée à sévère nécessitant de l'oxygène, mais ne requéraient pas systématiquement des soins intensifs immédiats. La majorité d'entre eux (68 %) étaient d'ailleurs hospitalisés en unités conventionnelles. L'équipe a testé l'hypothèse selon laquelle une combinaison de marqueurs inflammatoires et de lésions rénales pourrait signaler un danger accru. Cette approche a permis de mettre en lumière l'impact d'une atteinte rénale "subclinique", c'est-à-dire une détérioration qui passe inaperçue lors des examens classiques.
Le risque de complication et de décès calculé en quatre points
Pour élaborer un outil fiable, les scientifiques ont ensuite analysé 41 médiateurs immunitaires et marqueurs de lésions dans le sang des patients, prélevés dans les 24 heures suivant leur arrivée. Après un tri statistique rigoureux, le modèle final, baptisé "score CORIMUNO", a retenu quatre variables déterminantes pour prédire la mortalité à 90 jours : l'âge du patient, le taux de KIM-1 (Kidney Injury Molecule-1), le taux de LCN2 (Lipocalin-2) et le taux d'IL-10 (Interleukine-10). Des mesures obtenues lors d’un simple prélèvement sanguin.
Ce score s'est révélé très performant pour distinguer les patients qui allaient survivre de ceux qui décèderaient (avec un indice de précision supérieur à 0,80). Sa valeur clinique est forte : il possède un taux de prédiction négative de 92,1 %, ce qui signifie qu'il permet d'exclure avec une grande certitude le risque de décès chez les patients ayant un score faible.
“De nombreuses études avaient déjà montré l’association de certains facteurs pro-inflammatoires avec la sévérité de la maladie, explique Pierre-Louis Tharaux, directeur de recherche Inserm et dernier auteur de cette étude. Mais très peu ont été capables de prédire la mortalité ou même le transfert en réanimation de ces patients avec des formes initialement peu graves comme ici.” C’est aujourd’hui chose faite !