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Le séné

Le séné (fruit, foliole) fait partie des plantes laxatives stimulantes contenant des hétérosides hydroxyanthracéniques dont l’Académie de pharmacie a évoqué les risques dans un rapport publié en janvier 2019.

« Ce sont des plantes avec des propriétés laxatives stimulantes. Elles agissent en irritant la muqueuse intestinale. Celle-ci sécrète plus d’eau. Les selles sont ramollies et s’éliminent plus facilement » informe le professeur Jean-Pierre Foucher, membre de l’Académie nationale de pharmacie et responsable du rapport de l’Académie de Pharmacie sur « les compléments alimentaires contenant des plantes » (Janvier 2019).

« Le problème est que cette fuite d’eau s’accompagne de l’élimination d’électrolytes : potassium, sodium... ce qui appauvrit l’organisme » explique-t-il. Les données de pharmacovigilance des laxatifs stimulants ont décrit des troubles cardiaques provoqués par une hypokaliémie (faible taux de potassium dans le sang). Un risque de déshydratation existe également.

La bourdaine

La bourdaine© Fotolia

L’écorce de bourdaine est également une plante contenant des hétérosides hydroxyanthracéniques. Ces derniers, en plus d’entraîner une fuite d’eau et d’électrolytes, entraînent une dépendance. Il y a un besoin régulier de laxatifs.

« Lorsque la muqueuse intestinale supporte l’irritation de ces laxatifs, il faut augmenter la dose pour obtenir le même effet » informe Jean-Pierre Foucher. « Cela aboutit à la maladie des laxatifs. Les personnes sont constipées même en utilisant ces laxatifs stimulants. À la longue des lésions définitives de la paroi interne de l’intestin peuvent apparaitre » précise-t-il.

« Toutes ces plantes contenant des hétérosides hydroxyanthracéniques ne sont pas utilisées en alimentation, or l’arrêté du Ministère de l’Économie et des Finances les autorise dans les compléments alimentaires alors qu’elles n’ont pas d’usage alimentaire » informe le Pr Jean-Pierre Foucher. Pour l’Académie de Pharmacie, ces plantes sont donc des médicaments.

« Leur prise ne devrait pas dépasser 8 à 10 jours, avec un maximum de 30mg d’hétérosides hydroxyanthracéniques par jour, en 2 ou 3 prises » informe Jean-Pierre Foucher, citant les recommandations des agences du médicament (EMA, ANSM) et de l’OMS.

Le cascara

Le cascara© Istock

Autre plante laxative dont il faut éviter un usage prolongé, le cascara. L’écorce de cascara contient également des hétérosides hydroxyanthracéniques. « Ces plantes ont une toxicité que l’on connaît depuis longtemps » rappelle Jean-Pierre Foucher.

Comme pour les autres plantes elles ont des contre-indications qui ne sont pas toutes mentionnées sur les étiquettes des compléments alimentaires : maladie de Crohn, douleurs abdominales, abdomen dur... » souligne Jean-Pierre Foucher.

En outre, il existe des interactions médicamenteuses. Autant de causes de danger qui doivent faire éviter un usage sans surveillance médicale et à long terme de ces plantes.

Le nerprun

Le nerprun© Istock

Autre plante à dérivés hydroxyanthracéniques, le nerprun, avec des quantités cependant moindres de ces composés.

Ces plantes laxatives stimulantes présentant des dangers plus ou moins importants, il faut favoriser plutôt des règles hygiéno-diététiques pour lutter contre la constipation : enrichir l’alimentation en fibres végétales et en eau, avoir une activité physique, aller à la selle le matin de préférence, 30 à 40 mn après un repas...

L’aloe vera

L’aloe vera© Istock

Autre plante laxative dangereuse faisant partie des plantes renfermant des hétérosides hydroxyanthracéniques : l’aloe vera. « Le suc d’aloes a des propriétés laxatives. Il est utilisé dans les compléments alimentaires pour avoir par exemple un « ventre plat » indique le Pr Jean-Pierre Foucher.

En plus d’avoir les effets néfastes des autres laxatifs stimulants à hydroxyanthracéniques, le suc d’aloes aurait des effets carcinogènes, du fait de la présence d’aloe-émodine, hydroxyanthracène. « L’utilisation à long terme et à hautes doses de ces plantes entraîne des lésions de la paroi de l’intestin qui pourraient aller jusqu’à un développement du cancer du côlon » explique ce membre de l’Académie de pharmacie. L’Agence Européenne de santé (EFSA) a effectué une mise en garde contre ces plantes en janvier 2018 car des études récentes ont montré des cas de cancers du côlon chez les souris.

« Pour information, seul un usage interne d’aloe vera présente des risques sanitaires. En effet, l’utilisation en usage externe (par exemple sous forme de crème) ne présente pas de toxicité » informe Jean-Pierre Foucher.

La racine de rhubarbe de Chine

La racine de rhubarbe de Chine© Istock

La racine de rhubarbe de Chine (à na pas confondre avec la rhubarbe des jardins) fait partie des plantes laxatives stimulantes contenant des hétérosides hydroxyanthracéniques. Elle présente donc les mêmes dangers. En plus, comme l’aloe, elle contient de l’aloe-émodine, hydroxyanthracène qui a un caractère carcinogène.

La racine de rhubarbe, tout comme l’aloes, et les autres plantes renfermant ces hétérosides, doit en outre être particulièrement évitée chez la femme enceinte et les enfants de moins de 12 ans. Ces plantes contiennent en effet de l’émodine, substance génotoxique (qui a la capacité d’altérer de manière directe le matériel génétique).

« En revanche, vous pouvez utiliser de la confiture de rhubarbe des jardins comme laxatif doux, en cas de constipation » informe Jean-Pierre Foucher. Tout comme d’autres laxatifs mécaniques, qui augmentent le volume du bol alimentaire et favorisent donc son élimination : graines de lin ou de Psyllium...

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Sources

Remerciements au Professeur Jean-Pierre Foucher, membre de l’Académie nationale de pharmacie, responsable du rapport de l’Académie de Pharmacie sur « les compléments alimentaires contenant des plantes », Janvier 2019

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