Sprays auriculaires : une bonne idée pour se nettoyer les oreilles au quotidien ?
Les rayons des pharmacies, des parapharmacies et des supermarchés proposent aujourd’hui nombre de flacons promettant une hygiène irréprochable du conduit auditif. Mais ces sprays auriculaires ne doivent pas forcément être utilisés au quotidien. Notamment, parce que l'oreille humaine possède son propre mécanisme d'auto-nettoyage que les pulvérisations répétées peuvent dérégler.
L'oreille est pourvue d’un système autonettoyant naturel
Premier point essentiel : le cérumen n'est pas une impureté dont il faut débarrasser le corps. Selon les recommandations cliniques de l'Académie américaine d'oto-rhino-laryngologie (AAO-HNS), cette le cérumen est en réalité une barrière acide, antibactérienne et protectrice indispensable pour la peau du conduit auditif. Grâce aux mouvements naturels de la mastication et à la migration cellulaire spontanée vers l'extérieur, le cérumen s'évacue de lui-même sans aide extérieure.
Utiliser un coton-tige repousse au contraire le cérumen vers l’intérieur et favorise les bouchons. Pour la majorité d’entre nous, aucun nettoyage interne de routine n'est nécessaire : laver le pavillon à l'eau claire lors de la toilette suffit. Le plus simple est de le faire sous la douche, et de laisser le surplus d’eau s’écouler et penchant la tête d’un côté puis de l’autre.
Sprays marins et gouttes : quelle est leur véritable efficacité ?
Les solutions auriculaires en accès libre se classent en deux grandes catégories : les sprays à base d'eau de mer ou de sérum physiologique qui humidifient la cire et facilitent son décollement. De l’autre côté, les sprays céruménolytiques qui sont formulés pour dissoudre les bouchons.
Notons toutefois que l’efficacité des sprays céruménolytiques n’est pas établie. Une revue système de la base de données Cochrane menée en 2018 conclut ainsi : “Bien que plusieurs études aient cherché à évaluer l’efficacité relative des céruménolytiques, aucune preuve solide ne permet de tirer une conclusion définitive et la question demeure sans réponse. (...) Cependant, il est impossible de conclure à la supériorité d’un traitement actif sur un autre, et aucune différence d’efficacité n’a été observée entre les traitements actifs à base d’huile et ceux à base d’eau. Rien ne prouve que l’utilisation de sérum physiologique ou d’eau seule soit plus ou moins efficace que les céruménolytiques disponibles dans le commerce”.
Nettoyage des oreilles sans coton-tige : dans quelles situations utiliser un spray auriculaire ?
Le spray oculaire peut être utile dans pluiseurs cas. Il se révèle pertinent chez les utilisateurs réguliers d'****aides auditives, d'écouteurs intra-auriculaires ou de bouchons anti-bruit, car ces dispositifs freinent l'évacuation naturelle de la cire et s'encrassent facilement.
Les personnes présentant une hypersécrétion de cérumen ou un conduit auditif très étroit bénéficient également de ces solutions pour limiter la formation d'amas compacts. Enfin, comme le rappelle la base de données Vidal, l'instillation d'une solution adaptée pendant 3 à 5 jours constitue une excellente préparation avant un rendez-vous chez le médecin ORL, permettant de ramollir un bouchon occlusif afin de rendre son extraction indolore.
Spray auriculaire : deux cas où il peut-être dangereux
En revanche, certaines situations interdisent formellement l'emploi des sprays. En cas de perforation du tympan ou de pose d'aérateurs trans-tympaniques, le spray peut favoriser le passage liquidien dans l'oreille moyenne, ce qui est susceptible d'entraîner des vertiges rotatoires et des surinfections graves.
Par ailleurs, pulvériser une solution aqueuse sur un bouchon sec et volumineux provoque fréquemment un effet buvard : la cire gonfle immédiatement sous l'effet du liquide, accentuant l'obstruction du conduit et ce qui peut causer une surdité brutale. Tout l’inverse du but recherché. Par ailleurs, en cas de douleur vive, d'écoulement, de saignement ou d'acouphènes récents, arrêtez toute utilisation et consultez rapidement un médecin.
Afficher les sources de cet article
- Schwartz, S. R., Magit, A. E., Rosenfeld, R. M., Ballachanda, B. B., Hackell, J. M., Krouse, H. J., Lewis, C. M., McCarter, D. F., Ratnanather, J. T., Neely, P. S., Woodson, E. A., Griffin, C. C., Cunningham, E. R. Jr. Clinical Practice Guideline (Update): Earwax (Cerumen Impaction). Otolaryngology–Head and Neck Surgery, 2017, volume 156, numéro 1_suppl, pages S1-S29. DOI : 10.1177/0194599816671491.
- Aaron, K., Cooper, T. E., Warner, L., Burton, M. J. Ear drops for the removal of ear wax. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018, volume 2018, numéro 7, article numéro CD012171. DOI : 10.1002/14651858.CD012171.pub2.
- VIDAL. Monographies AUDISPRAY ULTRA sol auric, AUDISPRAY ADULT sol auric, et recommandations de prise en charge du bouchon de cérumen. Base de données VIDAL.
- Comment se déboucher les oreilles en 4 étapes d'après la médecin ?
- Problème d'hygiène dans un cabinet dentaire en Normandie : 1 500 patients doivent se faire dépister pour des suspicions d'hépatites B, C ou de VIH
- L'importance d'une bonne hygiène bucco-dentaire : guide complet
- Oreille bouchée : problèmes et solutions