Douleurs aux épaules : cet examen ne doit plus être pratiqué

Publié par Edouard Korvaul
le 26/07/2026
douleurs à l'épaule
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Une étude majeure publiée dans le JAMA Internal Medicine démontre que les anomalies de la coiffe des rotateurs sont quasi systématiques après 40 ans. Et cet examen, pourtant largement prescrit, n’est finalement pas utile.
 

La douleur à l'épaule représente l'une des plaintes musculosquelettiques les plus fréquentes en consultation, touchant près d'un tiers des adultes chaque mois. Si le réflexe médical a longtemps été de prescrire une imagerie pour en identifier la cause, de nouvelles données scientifiques bouleversent cette habitude bien ancrée. Les signes d'usure observés sur les clichés seraient en réalité une simple évolution physiologique liée au temps.

Douleurs de l'épaule après 40 ans : un phénomène généralisé

Selon une étude publiée dans la revue JAMA Internal Medicine en février dernier, les lésions de l'articulation s'avèrent extrêmement communes. En effet, 98,7 % des individus âgés de 41 à 76 ans présentent au moins une anomalie de la coiffe des rotateurs à l'imagerie. Les chercheurs constatent une répartition variée des atteintes : 25 % de tendinopathies, 62 % de ruptures partielles et 11 % de ruptures complètes.

La fréquence et la gravité de ces altérations augmentent naturellement avec l'âge, de manière indépendante du sexe des patients. Surtout, la sensation de douleur se révèle être un indicateur extrêmement subjectif. Les données de cette étude soulignent que 96 % des épaules totalement asymptomatiques affichent des défauts bien visibles lors du passage dans la machine.

Imagerie et symptômes : quelle est la véritable concordance ?

L'étude finlandaise FIMAGE s'appuie sur une analyse portant sur 602 participants. Ces derniers ont bénéficié d'une IRM à haute résolution et d'un examen clinique rigoureux. L'équipe scientifique a minutieusement comparé la concordance entre la gêne fonctionnelle ressentie et les clichés obtenus.

Les résultats sont sans équivoque. La différence de prévalence des lésions entre les épaules douloureuses (98 %) et les épaules parfaitement saines (96 %) demeure statistiquement négligeable. Concernant les ruptures complètes, elles s'observent plus fréquemment en cas de symptômes affichés, mais cet écart s'atténue très fortement une fois les facteurs cliniques et démographiques ajustés par les spécialistes.

Surdiagnostic et traitements inutiles : quels sont les risques ?

D’où le paradoxe de l’imagerie. Son utilisation systématique pousse souvent les professionnels à imputer la douleur à des modifications structurelles qui sont, en réalité, tout à fait normales pour l'âge de la personne. En Australie, par exemple, une grande majorité de médecins considèrent encore cet examen comme un préalable avant toute rééducation physique, ce que ces nouvelles observations contredisent.

Cette situation entraîne de lourdes conséquences financières pour les systèmes de soins. Le recours aux injections guidées par imagerie a ainsi été multiplié par 46 dans certains pays depuis l'an 2000. Parallèlement, les interventions chirurgicales ont doublé, voire septuplé dans plusieurs nations, sans preuve d'un bénéfice réel pour tous les malades. Enfin, l'annonce d'une rupture diagnostiquée provoque souvent une forte anxiété, créant une charge mentale disproportionnée face à la réalité médicale de l’usure normale.

La nouvelle approche face à la douleur d'épaule non traumatique

Les auteurs de la publication concluent que la réalisation d'une IRM ne doit plus dicter le diagnostic ni la thérapie lorsqu'il n'y a pas eu de traumatisme préalable. La priorité revient exclusivement à l'évaluation clinique directe en cabinet.

Le praticien de santé doit évaluer les capacités fonctionnelles ainsi que le niveau de gêne du patient, au lieu de se focaliser sur des images radiologiques. Il devient nécessaire de reconsidérer la définition même de la maladie pour cette articulation. De multiples usures de la coiffe des rotateurs s'apparentent finalement à des évolutions naturelles dues au vieillissement corporel, exactement au même titre que les rides sur la peau.

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  • Ibounig T, Järvinen TLN, Raatikainen S, et al. Incidental Rotator Cuff Abnormalities on Magnetic Resonance Imaging. JAMA Intern Med. 2026;186(4):406–414. doi:10.1001/jamainternmed.2025.7903
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