Thyroïde : les chercheurs alertent sur les surdiagnostics de cancer à cause d'une utilisation abusive de l'imagerie

Publié par Céline Willefrand
le 27/02/2026
femme montrant sa thyroïde
Istock
Face à l'explosion des cas de cancers de la thyroïde sans hausse de mortalité, une nouvelle étude américaine dénonce un surdiagnostic massif lié à l’utilisation excessive de l'imagerie.

Le dépistage précoce est souvent présenté comme le meilleur allié contre la maladie, mais il possède des effets pervers s'il n'est pas ciblé. Dans le cas de la thyroïde, la multiplication des examens d'imagerie conduit à repérer des anomalies qui n'auraient pas nécessairement eu de conséquences sur la santé, entraînant des traitements lourds et parfois inutiles. Une révision des pratiques médicales s'impose pour protéger les patients d’après cette étude publiée cette semaine dans le Journal of the American Medical Association (JAMA).

Thyroïde : un cancer fréquent mais de bon pronostic

Ce cancer connaît une forte progression dans l'hexagone. Il se positionne désormais au 6e rang des cancers chez la femme selon l'Institut National du Cancer. Malgré environ 7000 à 8000 nouveaux cas par an (contre 10 000 à 11 000 il y a quelques années avant la première prise en compte des cas de surdiagnostic), les données rassurent sur la gravité réelle de l'épidémie : la mortalité reste stable et très faible. Le taux de survie nette à 5 ans dépasse les 90 % pour les formes les plus fréquentes. Cette pathologie concerne majoritairement un profil spécifique : des femmes, dont le diagnostic est généralement posé entre 40 et 60 ans.

Une épidémie de faux positifs liée à l'imagerie

L’étude publiée dans le JAMA Network ce mois de février 2026 revient sur la problématique du surdiagnostic. En analysant les données américaines de 1991 à 2019, les chercheurs estiment que 72 % à 94 % des cancers de la thyroïde ont été surdiagnostiqués. Si les hommes sont concernés, les femmes sont les premières victimes avec un taux pouvant atteindre 95 % dans certains scénarios. Cette hausse artificielle est directement corrélée à l'usage intensif des technologies : le recours à l'échographie a été multiplié par 5 et l'imagerie en coupe par 10 depuis l'an 2000. Les scientifiques démontrent qu'une réduction de 67 % des échographies pour les nodules non palpables ferait chuter l'incidence sans impacter la mortalité globale.

Le paradoxe français des tumeurs asymptomatiques

Les chiffres nationaux confirment cette tendance mondiale. Le nombre de diagnostics a bondi, passant de 1 300 en 1980 à 12 000 en 2020, avant de redescendre. Pourtant, le nombre de décès a légèrement diminué sur la même période, passant de 500 à 400 par an. Un article publié en 2022 dans le Bulletin de l'Académie nationale de médecine explique ce phénomène par la détection de microcarcinomes de moins de 2 cm, formant un "réservoir" de tumeurs asymptomatiques qui n'auraient jamais causé de symptômes. Ce constat vaut aussi pour les mineurs : les données post-Fukushima montrent que le surdiagnostic peut transformer un enfant en bonne santé en "patient cancéreux" à vie, soumis inutilement à un traitement hormonal lourd.

Privilégier la surveillance active à la chirurgie

La norme a longtemps imposé la thyroïdectomie totale, l'iode radioactif et le traitement hormonal substitutif, même pour de très petites lésions. Aujourd'hui, l'American Thyroid Association et les experts français changent de stratégie pour éviter le surtraitement. Ils recommandent de stopper le dépistage systématique par échographie chez les patients sans symptômes et d'éviter la cytoponction pour les nodules solides de moins de 10 mm.

Pour les petits cancers papillaires, la surveillance active ou une ablation partielle sont désormais préférées à la chirurgie radicale. Avec plus de 10 ans de recul, la progression tumorale ne concerne que 10 % à 15 % des cas surveillés. Le défi reste pédagogique : il faut rassurer le patient face à un nodule qui, dans 90 % des cas, ne présente pas d'agressivité immédiate.

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