Définition

La thyroïde est une glande située à la face antérieure du cou et qui a pour rôle de synthétiser les hormones thyroïdiennes (appelées T3 et T4). Ces hormones ont un rôle essentiel dans l’organisme, car leur déséquilibre peut provoquer de nombreux symptômes comme des troubles cardiaques, des modifications du poids, de la fatigue ou de l’excitation, de la frilosité ou des sueurs

En arrière de la glande thyroïde, se trouvent quatre glandes parathyroïdes qui sécrètent de la parathormone - elle a un rôle dans la régulation du taux de calcium et de phosphore dans le sang.

Photo : glande thyroïde

Définition© Fotolia

La glande thyroïde est constituée de deux lobes et d’un isthme qui relie ces deux lobes. Elle est composée de trois types de cellules principaux :

  • Les cellules folliculaires, qui sécrètent les hormones thyroïdiennes.
  • Les cellules parafolliculaires situées autour des cellules folliculaires et qui sécrètent la calcitonine - elle joue un rôle dans le métabolisme du calcium.
  • Les cellules non spécialisées qui composent les tissus de soutien et les vaisseaux sanguins.

Dans la majorité des cas (90%), les cancers thyroïdiens se développent aux dépens des cellules folliculaires. Il existe deux types de cancers : les cancers papillaires, les plus fréquents, et les cancers vésiculaires. Ce sont des cancers d’évolution lente et répondant bien au traitement par iode radioactif. La guérison est obtenue dans près de 90% des cas.

Les cancers plus rares de la thyroïde sont les cancers médullaires ou anaplasiques, qui sont des cancers plus agressifs, à évolution rapide et répondant moins bien au traitement.

Chiffres

Le cancer de la thyroïde est rare, avec 4 000 nouveaux cas par an en France, dont 75% sont des femmes. Depuis les années 80, son incidence augmente, car son diagnostic est de plus en plus précoce. En revanche, son taux de mortalité est en diminution puisqu’il est le 7ᵉ cancer le plus fréquent, mais le 18ᵉ cancer le plus mortel, chez la gent féminine. Son taux de mortalité est en diminution régulière.

Chez l’enfant, ce cancer est exceptionnel.

Graphique : tendance chronologique du cancer de la Thyroïde (rouge pour les hommes, bleu pour les femmes) de 1980 et 2012

Chiffres© Creative Commons

Crédit : Lamiot — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/

Symptômes

Au début de son évolution, le cancer de la thyroïde ne provoque habituellement aucun symptôme. Il peut être découvert fortuitement au cours de la palpation du cou ou d'une échographie cervicale réalisée pour un autre motif (surveillance d’un goitre ou d’un nodule bénin), car le cancer de la thyroïde n’entraîne habituellement pas de signes d’hyper ou d’hypothyroïdie.

Les symptômes qui peuvent être provoqués par un cancer de la thyroïde sont les mêmes que ceux provoqués par des tumeurs bénignes :

  • gêne douloureuse ou non, au niveau du cou ou de la gorge ;
  • masse palpable ou visible chez les personnes minces, sur la face antérieure du cou ;
  • ganglions cervicaux (dans la région du cou) augmentés de volumes ;
  • modification de la voix par compression des cordes vocales ;
  • difficultés à déglutir ;
  • changement d’aspect d'un nodule ou d'un goitre connu.

Causes

Il n’existe pas de cause propre au développement du cancer de la thyroïde, mais on sait que deux facteurs peuvent augmenter le risque. Il s’agit de l’exposition aux rayonnements ionisant et de la carence en iode. Aucun facteur génétique n’est déterminé à ce jour comme étant à l’origine d’un cancer de la thyroïde, sauf en cas d’antécédents familiaux de syndrome génétique comme la polypose familiale adénomateuse, dans laquelle une mutation génétique favorisant le cancer médullaire de la thyroïde a été identifiée.

Facteurs de risques

Le principal facteur de risque de cancer de la thyroïde est l’exposition de la glande à des radiations. Celles-ci peuvent être dues à de la radiothérapie effectuée au niveau de la tête, du cou ou du thorax soit en raison d’effets d’essais anti-nucléaires ou d’accidents nucléaires. Le cancer peut apparaitre plusieurs années après l’exposition aux radiations, c’est pourquoi une surveillance de ces sujets est nécessaire.

Enfin, le développement d’un cancer sur un goitre ou un nodule pré-existant est rare, mais est observé dans 5% des cas environ.

Focus : un lien entre le cancer de la thyroïde et lumière artificielle nocturne

Les personnes vivant dans des régions où les niveaux de lumière artificielle extérieure sont importants la nuit peuvent faire face à un risque plus élevé de développer un cancer de la thyroïde.

L’équipe, menée par le Pr Qian Xiao de l’UT Health Science Center à Houston, est parvenue à cette conclusion après avoir analysé les dossiers de 436 371 personnes âgées de 50 à 71 au début de l’étude (1995-1996). Pendant leur suivi qui a duré en moyenne 12,8 ans, 856 participants ont développé un cancer de la thyroïde. Les scientifiques ont découvert que les personnes vivant dans l’environnement nocturne le plus lumineux avaient un risque 55% plus élevé de développer un cancer de la thyroïde par rapport à ceux qui vivent dans les lieux où les lumières artificielles sont peu présentes la nuit.

Selon l'article paru en février 2021, le cancer de la thyroïde le plus fréquent était le cancer papillaire de la thyroïde. Les femmes semblent aussi plus touchées par le cancer localisé sans signe de propagation à d'autres parties du corps, tandis que chez les hommes présentaient des stades plus avancés.

Photo : nodule "froid" dans le lobe gauche d'une thyroïde

Focus : un lien entre le cancer de la thyroïde et lumière artificielle nocturne© Creative Commons

Crédit : Redlinux — Travail personnel © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/

Personnes à risque

Les personnes à risque de développer un cancer de la thyroïde sont les sujets exposés aux radiations (radiothérapie ou essais nucléaires).

Les femmes sont plus touchées que les hommes.

Les autres sujets à risque sont ceux qui ont un antécédent familial de cancer médullaire de la thyroïde avec mutation génétique sur le gène RET. Ces sujets peuvent bénéficier d’un conseil génétique pour identifier ou non la présence de la mutation. Dans des cas exceptionnels, une ablation préventive de la thyroïde peut être proposée.

Durée 

Plutôt que de durée on parlera plutôt de pronostic (cf plus bas).

Contagion

Le cancer de la thyroïde n'est pas contagieux.

Qui, quand consulter ?

Lorsque des signes évocateurs de lésion thyroïdienne apparaissent, il est nécessaire de consulter son médecin traitant. Celui-ci va réaliser un examen clinique complet et une palpation de la thyroïde afin de détecter une éventuelle augmentation de volume ou masse. Il prescrira ensuite une échographie thyroïdienne et un bilan sanguin. En cas d’anomalie, le sujet sera adressé à un endocrinologue.

Palpation de la thyroïde : quel est son déroulement ?

Mon conseil de médecin généraliste : l

"Le médecin effectue la palpation de la thyroïde dos au patient en lui demandant de déglutir pour bien localiser la glande. Les nodules sont facilement détectables à la palpation surtout chez les personnes minces."      

Examens et analyses

Les examens complémentaires auront pour objectif de déterminer le caractère cancéreux ou non de la lésion thyroïdienne et de réaliser le bilan d’extension si un cancer est confirmé. Ces examens sont les suivants :

  • L'échographie thyroïdienne, qui visualise la taille et le nombre des nodules, ainsi que la présence de ganglions augmentés de volume.
  • La cytoponction, qui est une ponction à l'aiguille : réalisée au cours de l’échographie et non douloureuse, elle permet de prélever des cellules qui sont analysées dans un laboratoire d’anatomie-pathologie pour identifier le caractère cancéreux ou non.
  • La scintigraphie thyroïdienne qui permet de visualiser la thyroïde son ensemble ainsi que les nodules.
  • Le scanner ou l'IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) peuvent être utiles.
  • Un bilan biologique pour vérifier le fonctionnement thyroïdien, tout en sachant que les cancers de la thyroïde sont souvent euthyroïdiens, c’est-à-dire, qu’ils n’entraînent pas de dysfonctionnement des hormones thyroïdiennes.

Photo : le diagnostic d'un cancer thyroïdien peut passer par une échographie

Examens et analyses© Istock

Parfois le diagnostic de cancer n’est réalisé qu’au cours de la chirurgie, avec un examen histologique, c'est-à-dire des tissus de la tumeur prélevée.

Pronostic

Les cancers thyroïdiens de type folliculaire (ils se présentent le plus souvent sous la forme d'un nodule) ont un bon pronostic de survie, contrairement au cancer anaplasique (ils constituent moins de 2% de l'ensemble des cancers thyroïdiens) plus agressif. Quoi qu’il en soit, une surveillance est nécessaire en raison du risque de récidive.

La survie à 5 ans des cancers folliculaires de la thyroïde dépasse les 95%.

Le pronostic est évalué selon le type de tumeur, son extension et l’âge, et l’état général du patient, mais globalement ce cancer répond bien au traitement et peut être dépisté à un stade précoce, ce qui améliore considérablement son pronostic.

Traitements

Le traitement du cancer de la thyroïde dépend de son stade évolutif, de son bilan d’extension, de l’âge et de l’état général du patient. Plusieurs méthodes de traitement existent, qui sont choisies en réunion de concertation pluri-disciplinaires avec un endocrinologue, un chirurgien ORL, un oncologue et tout autre professionnel de santé qui pourrait apporter son expertise. Ce traitement est ensuite proposé au malade.          

Sont évoqués également les soins de support (ensemble des soins et soutiens nécessaires aux personnes malades tout au long de la maladie), le suivi et le traitement ultérieur de supplémentation en hormones thyroïdiennes.

La chirurgie

La chirurgie du cancer thyroïdien consiste le plus souvent en l’ablation totale de la glande thyroïdienne ou thyroïdectomie totale. Cette chirurgie est réalisée par un chirurgien ORL, et implique un traitement à vie par des hormones thyroïdiennes. Le chirurgien, essaiera au maximum de conserver les glandes parathyroïdes qui se situent en arrière de la thyroïde, mais en cas de cancer, ce n’est pas toujours possible.

Traitement par iode radioactif

Le traitement par iode radioactif consiste à utiliser une forte dose d’iode radioactif pour détruire les cellules tumorales. Cette technique est souvent utilisée après la chirurgie pour prévenir les récidives. Ce traitement est utilisé par voie orale, sous forme de capsules à avaler. Il n’est pas sans effets secondaires : nausées, sécheresse de la bouche et des yeux, altération du goût et de l’odorat… L’iode radioactif reste quelques jours dans l'organisme, puis est éliminé par les urines.

Le docteur Béguier précise : "Les cancers de la thyroïde traités par iode radioactif sont pris en charge dans les services de médecine nucléaire. Une scintigraphie est effectuée quelques jours après l’ingestion de comprimé d’iode radioactif, car son rayonnement est visible, une fois fixé sur les cellules cancéreuses".

Cela permet ainsi de savoir s’il persiste des cellules malignes après le traitement. Des précautions sont à prendre lorsque l’on reçoit de l’iode radioactif : éviter le contact avec les femmes enceintes et les enfants de moins de 15 ans pendant plusieurs jours.

Radiothérapie externe

La radiothérapie est une technique employée lorsque la chirurgie est impossible ou incomplète, ou en cas de récidive. La radiothérapie provoque des effets secondaires comme de la fatigue, des irritations cutanées sur la zone irradiée, des troubles muqueux au niveau de la bouche et de la sphère ORL.

Chimiothérapie et thérapies ciblées

La chimiothérapie et les thérapies ciblées sont rarement employées en cas de cancer de la thyroïde. La chimiothérapie est utilisée comme traitement adjuvant (en plus) en cas de cancer avancé et métastatique. Ses effets secondaires sont importants : nausées, vomissements, chute des cheveux, asthénie... 

Le traitement des formes rares de cancers de la thyroïde

Les cancers médullaires sont généralement traités par chirurgie consistant en une thyroïdectomie totale, associée éventuellement à une radiothérapie externe et/ou une chimiothérapie pour éviter les récidives. L’iode radioactif n’est pas utilisé, car il n’a pas d’effet sur ce type de cancer.

Le cancer anaplasique, très rare, peut être traité par chirurgie, mais son pronostic est sombre, car il est très agressif, et touche des sujets plus âgés. L’iode radioactif n’a aucune efficacité sur ce type de cancer. La radiothérapie peut être utilisée.

Suivi après traitement

Le suivi après un traitement pour cancer de la thyroïde est primordial pour d’une part surveiller l’absence de récidive et d’autre part, surveiller la mise en place du traitement substitutif d’hormones thyroïdiennes et son équilibre.

Pour la surveillance des récidives, le sujet bénéficiera d’une consultation et d’une échographie, ou d’une scintigraphie de manière régulière et prolongée.

Le traitement par hormones thyroïdiennes substitutives doit être mis en place après la thyroïdectomie et son dosage d’équilibre est parfois difficile à atteindre. C’est pourquoi le sujet peut nécessiter d’être régulièrement revu en consultation d’endocrinologie pour adapter son traitement et surveiller les signes d’hyperthyroïdie (surdosage) ou d’hypothyroïdie (sous-dosage). Un bilan sanguin surveillant les hormones thyroïdiennes est régulièrement effectué.

Prévention

La prévention du cancer de la thyroïde repose surtout sur le dépistage et la surveillance des sujets à risque, c’est-à-dire les personnes ayant subi de la radiothérapie au niveau de la tête du cou ou du thorax et celles vivants dans des régions ou des essais nucléaires ont été menés. Ces sujets doivent bénéficier d’une palpation régulière de la thyroïde et d’une échographie au moindre doute.

En cas d’accident nucléaire, des mesures d’urgence protégeant la thyroïde ont été mises en place avec une distribution de comprimés d’iodure de potassium, bloquant les effets de l’iode radioactif sur la thyroïde, en saturant tous les récepteurs de l’iode de la glande.

Les autres sujets devant bénéficier d’un dépistage préventif sont ceux issus de familles ayant une mutation génétique et présentant un risque de cancer médullaire de la thyroïde. La chirurgie préventive d’ablation totale de la thyroïde doit rester exceptionnelle.

Sites d’informations et associations

Des sites d’informations sur le cancer de la thyroïde sont consultables sur internet, ainsi que des forums d’entraide :

Sources

https://www.cancer-environnement.fr/287-Cancer-de-la-thyroide.ce.aspx#facteurs_av_r_s

https://www.ameli.fr/loire-atlantique/assure/sante/themes/cancer-thyroide/diagnostic-evolution

http://institut-e3m.aphp.fr/uf-tte/nodules-thyroidiens/

http://www.centre-paul-strauss.fr/comprendre-le-cancer/risques-et-prevention