Maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique, SLA) : ces régions françaises où les cas explosent

Publié par Céline Willefrand
le 24/03/2026
Maladie de Charcot (SLA)
Istock
Un nouveau rapport de Santé publique France et des enquêtes récentes révèlent l'existence de "clusters" géographiques inquiétants dans certaines régions de France. Comment expliquer ces foyers de surincidence ?

La sclérose latérale amyotrophique (SLA), communément appelée maladie de Charcot, est une pathologie neurodégénérative sévère. Alors que ses causes exactes demeurent largement méconnues, la répartition des malades sur le territoire national intrigue les scientifiques.

Charcot : identifier les régions en première ligne

Chaque année, près de 2 500 nouvelles personnes sont diagnostiquées en France. Toutefois, le risque de développer la maladie varie fortement selon le lieu d'habitation, selon un rapport de Santé publique France publié la semaine dernière, le 17 mars 2026. La Bretagne se distingue comme une zone de forte incidence. Elle affiche un taux de 3,77 cas pour 100 000 habitants, dépassant nettement la moyenne nationale. Le département du Morbihan enregistre notamment des chiffres élevés. D'autres régions comme les Pays de la Loire, l'Auvergne-Rhône-Alpes et l'Occitanie présentent un risque supérieur à la normale. À l'échelle départementale, la Lozère possède un des ratios d'incidence les plus importants. En revanche, les territoires d'Outre-mer sont épargnés, la Guyane enregistrant le taux le plus bas avec seulement 1,06 cas pour 100 000 habitants.

Comment expliquer le phénomène des clusters locaux ?

Les statistiques régionales masquent parfois une réalité épidémiologique beaucoup plus ciblée. Les experts s'intéressent de près à des foyers très précis, qualifiés de clusters, où le nombre de malades surpasse largement les prévisions. Dans le Massif central, autour de Clermont-Ferrand, les autorités sanitaires recensent 315 cas contre 241 attendus. L'axe Guingamp-Lorient constitue une autre zone de surincidence avec une augmentation de 25 % des diagnostics. Dans le Sud-Est, un périmètre formé par Nîmes, Avignon et Alès montre une surmortalité inquiétante de 24 % par rapport aux moyennes nationales. L'effet de proximité géographique frappe particulièrement dans la Somme. À Saint-Vaast-en-Chaussée, cinq riverains d'une même rue, sans aucun lien de parenté, ont succombé à cette pathologie entre 2007 et 2022. Une situation si inhabituelle qu'elle a déclenché une enquête ciblée des agences régionales de santé.

Traquer les toxines et facteurs environnementaux

Les origines génétiques ne représentant que 10 % des cas de SLA, les chercheurs explorent logiquement la piste environnementale. En Savoie, une investigation pointe du doigt la consommation de "fausses morilles", des champignons sauvages riches en gyromitrine, une substance neurotoxique. L'arrêt de leur consommation dans les hameaux touchés a d'ailleurs stoppé l'apparition de nouveaux malades. Dans l'Hérault, aux abords de l'étang de Thau, une concentration atypique de 68 malades pourrait être liée aux cyanobactéries. Ces micro-organismes produisent la toxine BMAA, détectée dans les coquillages locaux à des taux anormalement élevés. Les scientifiques étudient même la possibilité d'une inhalation de cette toxine par le biais des vents marins. Enfin, l'exposition aux métaux lourds, aux produits phytosanitaires et à la pollution atmosphérique fait l'objet d'études approfondies pour relier ces agressions extérieures au déclenchement de la maladie.

Analyser le profil des patients touchés

Les données de Santé publique France dressent un portrait précis des personnes exposées à cette maladie qui provoque une paralysie progressive. L'âge constitue le facteur de risque principal, avec un pic de diagnostics observé entre 70 et 79 ans. Les statistiques révèlent également une vulnérabilité masculine marquée. Les hommes affichent un taux d'incidence de 3,90 cas pour 100 000, contre 2,92 chez les femmes. À l'échelle nationale et hors effets liés au vieillissement de la population, la fréquence de la maladie reste globalement stable depuis 2010. L'unique baisse temporaire des diagnostics, relevée en 2020, s'explique principalement par les retards de consultation engendrés par la pandémie mondiale.

Google News Voir les commentaires