Aide à mourir : peut-on la demander en cas de cancer ou d'Alzheimer ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 26/02/2026
personne allongée sur un lit d'hôpital
Istock
Les députés ont voté. Ce mercredi 25 février 2026, les députés ont adopté en deuxième lecture le projet de loi instaurant l’aide à mourir en France par 299 voix contre 226, après des mois de discussions passionnées. Reste une question essentielle pour les malades : toutes les maladies sont-elles incluses dans le dispositif ?

Le législateur français a acté le droit au suicide assisté ou à l’euthanasie (qui ne s'applique que si le patient est physiquement incapable de procéder au geste, par exemple, en cas de maladie de Charcot avancée) mais a choisi d'exclure certaines maladies pour prévenir toute dérive, en réservant ce droit aux seules pathologies physiques incurables. La France rejoint ainsi, selon une note de l'Institut National d'Études Démographiques (INED), le cercle des pays européens comme l'Espagne ou le Benelux ayant légalisé une forme d'aide active.

Suicide assisté : cinq critères d’accès obligatoires

La confirmation des cinq critères cumulatifs est votée. Pour être éligible, le patient doit être majeur, résider en France, être apte au discernement (il doit être capable d'exprimer sa volonté de manière libre et éclairée au moment de la demande), être atteint d'une pathologie incurable (le malade doit souffrir d'une affection grave et incurable, en phase avancée ou terminale ; son pronostic vital doit être engagé à court ou moyen terme) et présenter une souffrance réfractaire ou insupportable. Selon les textes adoptés, ces conditions forment un bloc indivisible.

La stratégie française inclut en outre la promotion des soins palliatifs précoces, avec un soutien psychologique systématique dès le diagnostic de maladie incurable.

Ce vote du 25 février 2026 à l'Assemblée nationale rejette en revanche définitivement les amendements qui visaient à élargir l'accès. Cette ligne de crête écarte formellement les maladies mentales comme motif unique : les maladies comme Alzheimer ou Parkinson sont ainsi de fait exclues du dispositif.

Aide à mourir : les souffrance psychiques non prises en compte 

Le législateur a tranché le débat sur la souffrance psychique seule. Désormais, toute détresse psychologique doit être la conséquence directe d'une affection physique grave engageant le pronostic vital. A l’instar de certaines maladies neurodégénératives, la dépression majeure ou la schizophrénie ne peuvent constituer le point d'entrée du dispositif. De même, si la détresse liée à l'annonce d'un cancer est entendue, la pathologie mentale isolée reste hors du cadre.

La voie choisie par les députés français n’est pas celle empruntée par certains de nos voisins européens. En Belgique, la Commission fédérale de contrôle indique que les euthanasies pour affections psychiatriques représentaient environ 1,4 % des cas en 2024. De même, l'argument de la lassitude de vivre, débattu aux Pays-Bas, est écarté chez nous.

Renforcement des soins palliatifs

Plutôt que d'ouvrir l'aide à mourir, la priorité du texte est donnée au renforcement des soins. L'avis 147 du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), publié en janvier 2025, avait déjà alerté sur la fragilité du système de soins psychiatriques. La stratégie française inclut en outre la promotion des soins palliatifs précoces, avec un soutien psychologique systématique dès le diagnostic de maladie incurable. La volonté politique de 2026 vise à orienter les patients psychiatriques vers des parcours de soins renforcés, faisant de la santé mentale une priorité de traitement et non de fin de vie.

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