Le Sénat enterre l'aide à mourir et mise sur les soins palliatifs : que disent patients et médecins ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 27/01/2026
aide à mourir
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Le Sénat a finalement rejeté l’article 4 de la proposition de loi relative à la fin de vie la semaine dernière au profit d’un dispositif autour des soins palliatifs. Voilà qui rebat les cartes des problématiques de fin de vie. Ce que l’on sait et l’avis des patients et médecins.

La décision est tombée le 21 janvier 2026 après des débats houleux dans l'hémicycle. Les sénateurs ont rejeté l'article 4 de la proposition de loi relative à la fin de vie, vidant le texte de sa substance principale et supprimant toute possibilité d'instaurer un droit à l'aide active à mourir. Ce vote, acquis par 144 voix contre 123, matérialise l'opposition ferme d’une partie de la classe politique à la légalisation du suicide assisté ou de l'euthanasie. Cette suppression ne signifie toutefois pas la fin définitive du débat.

Un refus politique net de l'aide active à mourir

Le texte, désormais amputé de sa mesure phare, doit retourner devant l'Assemblée nationale. Les députés auront le dernier mot lors de la deuxième lecture prévue pour la fin du mois de février 2026. En attendant, le Sénat a choisi de recentrer exclusivement les discussions sur les dispositifs d'accompagnement, autrement dit les soins palliatifs. Les sénateurs se sont notamment basés sur un rapport récent des sénatrices Florence Lassarade et Jocelyne Guidez, qui indique que la France ne couvre actuellement que 50 % des besoins en soins palliatifs. Ce manque a des conséquences dramatiques : chaque jour, environ 400 personnes décèdent sans bénéficier d'une prise en charge adaptée à leur fin de vie. Les disparités géographiques aggravent ce constat. Les chiffres révèlent que 26 départements, en métropole et outre-mer, ne disposent d'aucune Unité de Soins Palliatifs (USP). Seulement 12,19 % des Français finissent leurs jours dans ces structures spécialisées ou dans des lits identifiés. L'accompagnement à domicile, souvent présenté comme une alternative, souffre lui aussi d'un manque criant de moyens humains et financiers.

Soins palliatifs : vers de nouvelles structures d'accompagnement ?

Pour répondre à ces constatations, le texte des sénateurs a introduit la création de maisons d'accompagnement et de soins palliatifs. Cette réorganisation s'accompagne d'une redéfinition des soins palliatifs, désormais qualifiés d'”accompagnement et de soins palliatifs” pour souligner leur dimension globale, incluant le traitement de la douleur, la souffrance psychique et le soutien aux proches. Le pilotage de ces nouvelles organisations territoriales sera confié aux Agences Régionales de Santé (ARS), chargées de garantir que l'offre de soins devienne enfin effective sur l'ensemble du territoire.

Aide à mourir : soignants ou patients, la France divisée

Les questions de fin de vie sont au centre du débat depuis quelques années, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet de l’aide à mourir divise. Dès le rejet de l’article par le Sénat, l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD), a regretté ce vote, par la voix de son président : "Je déplore le vote par le Sénat de la suppression de l'article 4 de la proposition de loi relative à l'aide à mourir. Le texte, privé de cet article, n'a plus de sens (...).” Dans une lettre ouverte aux sénateurs, datée du 19 janvier dernier, l’association de patients France Assos Santé, favorable au texte, partage les témoignages de patients. Catherine, par exemple, explique : “J’ai traversé une maladie chronique (RCH), deux cancers, quatorze interventions chirurgicales lourdes. Je vis au quotidien avec des soins, des souffrances, des limites, des séquelles. Malgré les souffrances, les handicaps, je vis pleinement. Comme tant d’autres, je ne demande pas la mort : non, ce nouveau droit, je ne l’attends pas pour demander à mourir demain, mais parce que l’existence même de cette possibilité constitue en soi un soulagement. 

A l’opposée, d’autres trouvent cette loi dangereuse : “Se donner la mort, dans le cadre d'un suicide assisté, c'est violent. La donner à quelqu'un, dans le cadre d'une euthanasie, c'est éminemment violent, et, à mon avis ce n'est pas le métier des soignants. En tout cas, ce n'est pas un soin", explique ainsi la Dre Gisèle Chvetzoff, oncologue et responsable du service de soins palliatifs au centre anti-cancer Léon Bérard (Lyon) à nos confrères d’Europe 1. "Aider médicalement les gens à mourir, ce n'est pas la même chose que de faire mourir. Aider les gens à mourir, c'est mon métier depuis très longtemps. Et je le fais sans faire mourir les gens" conclut-elle.

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