Cirrhose du foie (hépatique) : symptômes, espérance de vie, traitements

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLongtemps silencieuse, la cirrhose n’est souvent diagnostiquée qu’à un stade avancé. Un gros ventre ferme est un signe d’alerte à ne pas négliger. Attention, cette affection irréversible majoritairement d’origine alcoolique ou hépatique peut entraîner de graves complications. Explications avec le gastro-entérologue et hépatologue Vianna Costil.

Définition : qu’est-ce que la cirrhose du foie ?

La cirrhose est un terme générique désignant une inflammation grave et chronique du foie. Elle entraîne :

  • une nécrose (ou destruction) des cellules hépatiques suivie de leur régénération anarchique sous forme de nodules ;
  • des lésions cellulaires provoquant la production d’une quantité anormalement élevée de tissus cicatriciels (nous parlons de "fibrose"). La cirrhose résulte d’une fibrose à un stade avancé.

À terme, cette atteinte entraîne la perte des fonctions de l’organe, à l'origine de multiples complications.

La cirrhose du foie peut passer longtemps inaperçue  : "Nous disons alors qu’elle est ‘compensée’. En ce cas, le patient doit impérativement appliquer les recommandations médicales malgré l’absence de signes cliniques", nous explique Vianna Costil, gastro-entérologue et hépatologue. En effet, une fois la cirrhose très avancée, le pronostic vital est engagé : le foie, organe le plus volumineux de notre corps, exerce de nombreuses fonctions vitales. Une "panne" de ce filtre à toxines et réservoir nutritionnel compromet la survie.

Les principales causes de cirrhose constituent l’alcoolisme, les hépatites virales et l’obésité, mais il existe d’autres facteurs de risques. Le traitement consiste à soulager les symptômes et à soigner la cause de la maladie. En effet, si son évolution peut être ralentie, la cirrhose reste un mal irréversible et non-curable.

Chiffres : quelle est la fréquence de la cirrhose du foie ?

En France, nous recensons entre 1500 et 2500 cas de cirrhose par million d’habitants. Actuellement, 200 000 Français sont touchés par la maladie. Cette affection dévastatrice est la cinquième cause de mortalité : nous estimons entre 10 000 et 15 000 le nombre de décès chaque année. L’âge moyen du diagnostic est 50 ans.

Quels sont les symptômes de la cirrhose du foie ?

Les symptômes divergent selon le stade de la maladie. Les premiers temps, la cirrhose est dite "compensée" car le foie continue à assurer sa fonction. "Par la suite, la maladie se décompense et des signaux clairs poussent le patient à consulter. Toutefois, la cirrhose est parfois découverte à un stade très avancé, lors d’une complication", ajoute l’experte.  

La cirrhose "compensée"

Elle est parfois asymptomatique. Il n’y a généralement pas de plainte du patient. Toutefois, il réside des signes annonciateurs :

  • une augmentation du volume abdominal. Le ventre est particulièrement gonflé tout en restant ferme. Ce "gros ventre" est lié à un gonflement du foie (hépatomégalie) mais aussi parfois de la rate (splénomégalie) ;
  • parfois une fatigue et une baisse de l’appétit.

La cirrhose "décompensée"

À un stade plus avancé, les symptômes sont non équivoques lors de l’examen clinique. "Ces derniers sont le signe que le foie est très endommagé et qu’il ne parvient plus à exercer sa fonction". On note :

  • une altération de l’état général : asthénie, dénutrition…;
  • des symptômes cutanés : tâches étoilées sur le visage et le buste (ou angiomes stellaires), des rougeurs sur la paume des mains et des pieds (érythrose palmaire), des ongles blancs et striés ;
  • des troubles hormonaux : dépilation des membres inférieurs,  chez l’homme  (atrophie testiculaire, gynécomastie (apparition de seins), troubles érectiles) et chez la femme, on retrouve l'aménorrhée, diminution du volume des seins ;
  • des troubles hémorragiques : ecchymoses (bleus), saignements fréquents des gencives et du nez, purpura …;
  • une jaunisse (ou ictère) : coloration jaune de la peau et du blanc des yeux. Elle est liée à l’augmentation de la concentration de la bilirubine dans le sang et les tissus.

Photo : cyrrhose du foie décompensée avec ascite (accumulation de liquide dans l'abdomen)

Photo : cyrrhose du foie décompensée avec ascite (accumulation de liquide dans l'abdomen)© Creative Commons

© CC - James Heilman, MD, Travail personnel - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by/3.0/

Quelles sont les causes de la cirrhose du foie ?

Comment s’installe une cirrhose du foie ?

La cirrhose suit un processus toujours similaire quel que soit son facteur déclenchant : une agression répétée du foie engendre une nécrose des cellules hépatiques et une inflammation qui se chronicise. À terme, il en résulte la formation massive de nodules de régénération entourés de tissus cicatriciels. Cette formation cicatricielle à base de collagène est appelée "fibrose".

Selon l'ampleur des dommages subis par le foie, nous distinguons 4 stades de la fibrose et nous ne parlons de cirrhose qu’à partir du quatrième et dernier stade : il existe alors une quantité excessive de tissus cicatriciels dans le foie. 

Comment se déclenche la cirrhose du foie ?

La nécrose des cellules hépatiques et l’inflammation sont liées à une agression répétée par un agent toxique ou infectieux. Il s’agit le plus souvent de l’abus d’alcool. Les secondes causes les plus rencontrées sont les hépatites virales chroniques et le syndrome métabolique. "Dans ce dernier cas, le foie est en quelque sorte attaqué par le gras", explique la spécialiste. Ces trois causes représentent la grande majorité des cas de cirrhose. Toutefois il existe d’autres facteurs déclenchant de la cirrhose.

Quels sont les facteurs de risque de cirrhose du foie ? 

Les facteurs de risque de la cirrhose du foie sont :

  • l’alcoolisme qui est le premier facteur de risque en France ;
  • les hépatites virales chroniques (B, C et D) ;
  • le syndrome métabolique: nous parlons alors de NASH ou "Non Alcoolic Fatty Liver Diseases". Le syndrome métabolique désigne un ensemble de troubles liés à l’obésité dont fait partie le diabète de type 2. Le diagnostic de syndrome métabolique est posé lorsqu’un individu possède un tour de taille élevé (obésité viscérale) associé à au moins deux autres anomalies prédéfinies (telles qu’une glycémie élevée, une insulinorésistance, un taux élevé de cholestérol ou de triglycérides et/ou une hypertension artérielle) ;
  • une maladie de surcharge en fer (hémochromatose) ou en cuivre (maladie de Wilson). Dans ce cas l’accumulation de ces minéraux intoxique le foie ;
  • une maladie auto-immune : la cholangite biliaire primitive (CBP) ou la cholangite sclérosante primitive (CSP) ;
  • les hépatites causées par certains médicaments ou par des toxines environnementales ;
  • l’insuffisance cardiaque : elle peut occasionner une congestion du foie.

Quelles sont les personnes à risque de cirrhose du foie ?

Les personnes à risque de cirrhose du foie sont :

  • les alcooliques chroniques ;
  • les personnes atteintes d’une hépatite virale chronique B,C ou D
  • les personnes obèses et diagnostiquées positivement au syndrome métabolique ;
  • les personnes atteintes par l’hémochromatose ou la maladie de Wilson ;
  • les personnes atteintes d’une maladie auto-immune du foie telles que la chollangite biliaire primitive (CBP) ou la cholangite sclérosante primitive (CSP);
  • les personnes atteintes d’une hépatite d’origine médicamenteuse ;
  • les personnes atteintes d’insuffisance cardiaque.

Combien de temps une cirrhose du foie peut-elle durer ?

La cirrhose du foie est une maladie irréversible et qui dure donc toute la vie. Toutefois, il est possible de ralentir son évolution en traitant sa cause.

Contagion : la cirrhose du foie est-elle contagieuse ?

Le cirrhose du foie n’est pas une maladie contagieuse.

Cirrhose du foie : qui, quand consulter ?

"En cas de symptômes évocateurs (et même s’ils ne sont pas invalidants) tels qu’une augmentation du volume abdominal, il est recommandé de consulter son médecin traitant ou directement un hépatologue. En effet, à un stade précoce, il sera plus aisé de ralentir l’évolution de la maladie", insiste l'hépatologue.

En cas de symptômes plus avancés, "il est indispensable de consulter un spécialiste, le plus rapidement possible". En outre si ces signes sont aigus et d’apparition brutale, il est conseillé de se rendre au service des urgences afin d’éliminer tout autre diagnostic.

Les complications de la cirrhose du foie 

À un stade avancé de la maladie, plusieurs complications sont possibles :

L’encéphalopathie hépatique 

Ce syndrome regroupe l’ensemble des manifestations neuropsychiques liées à l’insuffisance hépatique. Elle est due à l’incapacité du foie à filtrer l’ammoniaque alors présente dans le sang et toxique pour le cerveau. Les premiers signes cliniques sont des tremblements. Par la suite, les troubles du comportement et de la conscience signeront le stade 2 de cette complication. Enfin, les convulsions et le coma sont caractéristiques de la phase terminale.

La jaunisse (ou ictère)

Elle se traduit par une coloration jaune de la peau et du blanc des yeux. Elle est liée à l’accumulation de bilirubine dans le sang. Ce symptôme est à nouveau le signe de la perte fonctionnelle du foie. En cas d’ictère, il faut rechercher un calcul biliaire (lithiase), très fréquent en cas de cirrhose.

L’ascite 

Elle signe l’infiltration de liquide dans le péritoine. Elle se caractérise par une enflure de l'abdomen, des ballonnements, des douleurs abdominales, une grande fatigue, un essoufflement, une prise de poids, des nausées et vomissements et parfois un œdème des membres inférieurs. À un stade avancé, l’ascite peut provoquer des hernies ombilicales ou inguinales.

L’hypertension portale 

Elle est causée par la fibrose hépatique qui fait obstacle aux flux sanguins, augmentant la pression dans la veine porte (une veine de gros calibre qui conduit le sang provenant de la partie du tube digestif située sous le diaphragme, du pancréas et de la rate, vers le foie).

Le sang emprunte donc d’autres voies autour du foie afin de contourner l’obstacle. Ces dernières voies se dilatent formant des varices. Le risque est alors l ’hémorragie par rupture de ces varices œsophagiennes. Des symptômes cliniques sont une alerte : vomissements et selles sanglantes. Un risque à craindre est celui d'un choc hypovolémique (baisse de la tension artérielle par diminution de la quantité de sang dans l’organisme).

Le syndrome hépatorénal (SHR)

Il associe une insuffisance rénale fonctionnelle, une baisse du sodium et une ascite avancée. Il survient à un stade évolué de la cirrhose. Il peut être aigu et alors fatal ou d’évolution lente.

Les complications pulmonaires 

Ces complications se caractérise par une hypertension porto-pulmonaire (augmentation de la pression artérielle pulmonaire), un hydrothorax hépatique (complication de l’ascite qui migre vers la cavité pleurale) et par le syndrome hépato-pulmonaire (associant une baisse d’oxygène dans le sang et une vasodilatation pulmonaire. Ce syndrome est irréversible en l’absence de traitement).

Le cancer du foie 

"La cirrhose peut favoriser sa survenue", précise la praticienne.

Quels sont les examens et analyses en cas de cirrhose du foie  ?

Des premiers examens sanguins sont révélateurs d’un trouble hépatique par des résultats anormaux d’enzymes du foie (phosphatases alcalines, GGT , ALAT, ASAT…).

Par la suite grand nombre d’examens permettent le diagnostic de cirrhose du foie :

  • L’élastométrie impulsionnelle sonore (Fibroscan®): elle permet d’évaluer le stade de la fibrose en mesurant l’élasticité du foie à l’aide d’une sonde d’échographie modifiée :un foie dur est un signe de fibrose avancée ;
  • la biopsie hépatique : elle est réalisée par ponction. Elle permet le diagnostic de la cirrhose par détection de nodules de régénération.

En cas de cirrhose une endoscopie digestive haute sera toujours réalisée afin de rechercher d’éventuelles varices œsophagiennes susceptibles d’entraîner une hémorragie. 

Enfin des examens viendront préciser le stade de la cirrhose :

  • un bilan sanguin (Fibromètre, Fibrotest, Hepatoscore…) : à un stade évolué de la maladie nous observons : 
    • un déficit plaquettaire (thrombopénie) ;
    • une augmentation du temps de coagulation du sang (taux de prothrombine abaissé ou hypoprothrombinémie) révélatrice d’une insuffisance hépatique (stade avancé de la maladie) et d’un risque hémorragique ;
    • une augmentation de la bilirubine : l’accumulation dans le sang de ce pigment jaune (dont la dégradation est normalement assurée par le foie) est responsable du symptôme de la jaunisse ;
    • une baisse de l’albumine (protéine synthétisée par le foie).
  • des examens d’imagerie médicale :
    • en stade compensé : les examens radiologiques révèlent une augmentation du volume du foie et de la rate ;
    • en stade décompensé : les examens dévoilent au contraire une atrophie du foie mais aussi une ascite ( accumulation de liquide dans l’abdomen) ou encore une obstruction de la veine porte.

Quels sont les traitements de la cirrhose du foie  ?

"Il n’existe pas de traitement curatif de la cirrhose du foie. Il s’agit de traiter ses causes et ses complications. À un stade très avancé, l’unique chance de survie repose sur la greffe du foie", selon le médecin.

Le traitement des causes de la cirrhose

Selon la cause, le patient devra effectuer :

  • un sevrage alcoolique;
  • le traitement par antiviral d’une hépatite B,C ou D;
  • le traitement des maladies du surcharge (maladie de Wilson ou hémochromatose) ;
  • les traitements des maladies auto-immunes (cholangite primitive (sclérosante ou biliaire);
  • l’arrêt du médicament ou la suppression de l’agent en cause en cas l’hépatite toxique;
  • le traitement de l’insuffisance cardiaque (qui passe par la prise de médicaments et une bonne hygiène de vie).

Les traitements des complications de la cirrhose

L’encéphalopathie hépatique 

Sa survenue est un facteur de mauvais pronostic à court terme. Il est important d’évaluer la faisabilité d’une transplantation hépatique. Un régime nutritionnel équilibré peut être recommandé.

La jaunisse ou ictère 

Le remède de l’ictère passe par le traitement de la cause de la cirrhose afin d’améliorer l’état du foie. En cas de lithiase de la voie biliaire, un drainage des voies biliaire (par endoscopie) ou une intervention chirurgicale sont parfois nécessaires.

L’hypertension portale 

Il s’agit là d’éviter le risque d’hémorragie. Le traitement consiste à la prise de bêtabloquants et de laxatifs (contre la constipation). En cas de contre-indication aux bêtabloquants, la ligature des varices est à renouveler toutes les deux semaines. La rupture des varices est une urgence médicale absolue.

L’ascite

Des diurétiques sont prescrits pour évacuer la surcharge en eau et en sel. Des ponctions abdominales permettent l’évacuation du liquide rachidien.

Le syndrome hépatorénal (SHR

Il peut être fatal en deux semaines.Toutefois s’il répond favorablement aux traitements (pose d’un TIPS), on peut parfois envisager une transplantation.

Les complications pulmonaires

Les traitements varient selon le trouble :

  • l'hydrothorax hépatique : pose d’un TIPS, prise de diurétiques, régime sans sel;
  • le syndrome hépato-pulmonaire : mise sous oxygène avec transplantation;
  • l'hypertension portopulmonaire : arrêt des traitements bêtabloquants ;
  • le cancer du foie (carcinome hépatocellulaire) : chimiothérapie, radiothéapie, chirurgie…

La transplantation, un ultime espoir en stade avancé

La transplantation constituent le seul traitement de fond à proprement parler. Les patients pouvant recevoir ce traitement sont ceux dont le pronostic vital est fortement engagé (score MELD élevé et espérance de vie inférieure ou égale à trois mois). Environ 1 000 patients sont transplantés chaque année en France, avec une survie à cinq ans de plus de 80%.  La durée de vie du greffon est de plus de 20 ans.

Comment prévenir la cirrhose du foie  ?

Il n’est pas possible de prévoir la survenue de la maladie. "Toutefois éviter des facteurs de risque permet largement de s’en préserver : abus chronique d’alcool, obésité, absence de traitement des pathologies à l’origine de la cirrhose", précise l’expert. 

En cas de symptômes, faut-il changer son mode de vie ?

La réponse du Dr Costil, gastro-entérologue et hépatologue :

"La révision de son mode de vie est la première résolution à prendre en cas de symptômes, même mineurs. Généralement lorsque les signes prennent de l’ampleur, il y a un déclic : les patients se sentent au pied du mur et font ce qu’il faut".

Sites d'informations et associations sur la cirrhose

AMVF (Association des Maladies des Vaisseaux du Foie)

CRMVF : (Centre de Référence des Maladies Vasculaires du Foie )

Hépatoweb, Association de patients atteints de maladie du foie

Transhépate : Fédération nationale des malades et transplantés hépatiques

Filfoie- Association de patients

Albi France