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Vous connaissez probablement l’ostéopathie ou la chiropraxie. Mais avez-vous entendu parler de l’étiopathie ? Encore peu connue en France, cette thérapie manuelle s’attache à remonter aux origines du problème plutôt que d’en traiter seulement ses effets. Nous avons interrogé Patricia Guillerm Le Prigent, étiopathe à Morlaix (Bretagne) depuis 1995 et Présidente de l’Institut français d’Étiopathie, afin de mieux connaître cette méthode, ses champs d’applications et ses éventuelles contre-indications.

Qu’est-ce que l’étiopathie ?

“L’étiopathie est une thérapie manuelle basée sur un raisonnement systémique et cybernétique”, définit Patricia Guillerm Le Prigent. Autrement dit, elle repose sur l’étude des systèmes du corps humain et la relation entre ces différents systèmes. Grâce à une approche d’abord intellectuelle, l’étiopathe va remonter à l’origine de la pathologie rencontrée, afin d’agir directement sur la cause et non sur les symptômes. “C’est ce qui la distingue d’autres disciplines, comme l’ostéopathie”, précise la spécialiste.

Ce raisonnement étiopathique va permettre au praticien de traiter de nombreuses pathologies, sans recourir à des médicaments. Mais il permet aussi, le cas échéant, de réorienter immédiatement le patient vers un traitement plus adapté lorsque cela est nécessaire. “On établit un diagnostic différentiel, qui nous permet de savoir si on peut prendre en charge le patient, ou pas”.

Quelles pathologies l’étiopathie peut-elle traiter ?

“L’étiopathie peut soigner tous les troubles du système articulaire et viscérale”, explique la praticienne. “Mais on ne peut rien faire dès lors qu’il y a une modification de la structure initiale, et que celle-ci est irréversible. Par exemple, une fracture, une tumeur… C’est la limite de l’étiopathie, comme de l’allopathie d’ailleurs, puisqu’à partir de ce moment-là on va aller vers la chirurgie”. Bien sûr, l’étiopathie ne peut rien non plus contre des maladies comme la Covid-19, la sclérose en plaques ou encore le cancer.

Pour le reste, cette discipline a des champs d’application très vastes. L’Institut français d’Étiopathie en dresse la liste sur son site :

  • Troubles de la sphère O.R.L. : sinusites, rhinites, rhinopharyngites, otites séreuses…
  • Troubles d'origine vertébrale : névralgies cervico-brachiales, torticolis, cervicalgies, dorsalgies, douleurs intercostales, lumbagos, lombalgies chroniques…
  • Troubles de l'appareil locomoteur : entorses, foulures, tendinites, canal carpien, canal tarsien, douleurs articulaires…
  • Troubles de la grossesse : nausées, vomissements, lombosciatiques...
  • Troubles respiratoires : trachéites, bronchites, asthme…
  • Troubles digestifs : ballonnements, aérophagie, digestion lente, reflux gastro-œsophagiens, colopathies fonctionnelles, hémorroïdes…
  • Troubles urinaires : cystites, troubles de la prostate, incontinence, énurésie…
  • Troubles gynécologiques : normalisation du cycle, règles douloureuses, infertilité, troubles de la ménopause, descente d’organes…
  • Troubles circulatoires : palpitations, oppressions thoraciques, jambes lourdes, maladie de Raynaud…
  • Troubles généraux : céphalées, migraines, insomnies, anxiété, zona…

“Ce qu’on rencontre le plus souvent, au quotidien, ce sont bien sûr les problèmes de dos, les troubles articulaires (entorse du poignet ou de la cheville, douleur au genou…), mais aussi des troubles qui intéressent les viscères comme les gastrites, le syndrome de l’intestin irritable, ou encore tout ce qui va être de l’ordre de la sphère urinaire, gynécologique et O.R.L”, détaille la thérapeute.

Quel est son intérêt contre le mal de dos ?

Véritable mal du siècle, les troubles musculo-squelettiques constituent la première maladie professionnelle en France, et occasionnent 11 millions de jours d’arrêts de travail chaque année. Le plus fréquent étant le mal de dos. On estime qu’entre 66 % et 75 % des adultes souffriront au moins une fois dans leur vie de lombalgie.

Séances de kiné, massages, infiltrations, prises d’analgésiques… La plupart des moyens employés pour les apaiser sont, soit très longues, soit peu efficaces à long terme. Pourtant, un certain nombre de douleurs dorsales peuvent être soulagées très rapidement. L’étiopathie obtient des résultats constants en une seule à trois séances pour les affections aiguës, et en moyenne cinq à sept interventions pour les formes chroniques.

Des résultats rapides et peu de récidives

“En ciblant notre traitement et en nous concentrant sur l’origine du problème, on va être efficace en un nombre de séances très raisonnable, et avoir moins de récidives”, explique Patricia Guillerm Le Prigent. “J’ai tendance à dire que ‘moins je vois mes patients, mieux je ils se portent’. Plus courts sont les traitements et plus durables sont les résultats, plus je suis satisfaite de mon travail”.

“D’ailleurs, un étiopathe ne peut pas se permettre d’avoir des traitements longs, pour la simple et bonne raison que les patients payent leurs séances”. En effet, cette médecine douce – comme toutes les autres - n’est pas remboursée par la sécurité sociale. Certaines mutuelles peuvent toutefois prendre en charge les séances.

“Dans le domaine strictement médical, on n’a pas d’obligation de résultats, mais une obligation de moyens. Un médecin généraliste ou spécialiste doit tout mettre en place pour que son patient aille mieux. En étiopathie, on se donne une obligation de résultat”.

Comment se déroule une séance d’étiopathie ?

La séance commence par un interrogatoire, qui permet au praticien de savoir quelles manipulations effectuer pour résoudre le problème du patient. “On peut lui poser diverses questions, en fonction de sa pathologie : où il a mal, depuis combien de temps, est-ce que les douleurs surviennent au repos ou pendant l’activité, plutôt la nuit ou le jour, etc.”, explique la présidente de l’Institut français d’Étiopathie.

“Une fois que le patient est déshabillé, on va confirmer nos hypothèses par la palpation, puis évaluer sa mobilité et sa douleur (en lui faisant fléchir les genoux, lever les bras, se pencher sur le côté…)”.

Une fois ces petits tests effectués, l’étiopathe manipule le patient sur une table similaire à celle du chiropracteur, afin de rendre de la mobilité au système articulaire et viscérale, et réduire les lésions. “On va manipuler une zone ou deux, mais en aucun cas on ne va manipuler le patient des pieds à la tête. L’interrogatoire mené en début de consultation permet de cibler le traitement”, précise la spécialiste.

Les délais pour obtenir un rendez-vous sont assez courts

“Ensuite, on va refaire une palpation, ainsi qu’un test de mobilité et de douleur, pour vérifier si la thérapie manuelle a entraîné une modification. Pour finir, on explique au patient ce qu’on envisage pour la suite : arrêter là, car on estime qu’une seule séance est suffisante, ou poursuivre sur quelques séances supplémentaires”.

Patricia Guillerm Le Prigent nous explique que, dans la plupart des cas, une à trois séances suffisent. “On peut monter jusqu’à cinq-six séances pour des problèmes plus épineux, installés depuis longtemps”. Elle ajoute que les délais de prise en charge de l’étiopathie sont assez courts ; autrement dit, on n’est pas obligé d’attendre trois mois pour obtenir un rendez-vous. D’autant que cette médecine douce traite des problèmes qui ont souvent besoin d’une solution rapide (torticolis, lombalgie, sinusite…).

Quel est le prix moyen d'une consultation ?

Chaque étiopathe fixe son propre tarif. En province, les consultations coûtent entre 40 et 50 € en moyenne. En Ile-de-France, elles tournent plutôt autour de 60-70 €. “Plus rarement, elles peuvent monter jusqu’à 90 €, mais c’est vraiment la fourchette haute” précise la praticienne, qui elle-même a fixé le prix de ses séances à 40 €. Les consultations ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, mais peuvent être prises en charge par certaines mutuelles.

À qui s'adresse l'étiopathie ?

L’étiopathie s’adresse à tout le monde, du nouveau-né au senior de 99 ans. “Il est évident que le nourrisson ne présentera pas les mêmes pathologies que le jeune adulte, la femme de 45 ans ou la personne âgée”, précise la thérapeute. “On adapte donc les techniques utilisées en fonction de l’âge du patient”.

Existe-t-il des contre-indications ?

“On ne manipule jamais quelqu’un qui a une fracture”, indique Patricia Guillerm Le Prigent. De manière générale, en cas d’atteinte irréversible du système, l’étiopathe redirige le patient vers un traitement plus adapté.

“Si un patient vient nous voir pour des douleurs digestives, alors qu’on sait qu’il y a un cancer digestif en dessous, le traitement étiopathique ne présentera aucun intérêt pour lui, puisqu’on ne pourra agir que sur les symptômes et non sur l’origine du problème. Cela n’est pas dangereux en soi, mais ce n’est pas non plus utile”, détaille-t-elle.

En revanche, une femme qui a un cancer du sein, mais qui vient consulter pour une entorse à la cheville, pourra sans problème être prise en charge par l’étiopathe - pour sa cheville, et non sa tumeur.

Peut-on consulter pendant le confinement ?

Si les étiopathes ont cessé leur activité au cours du premier confinement, il est tout à fait possible de les consulter durant la deuxième vague de Covid-19 en France.

Au printemps dernier, les cabinets d’étiopathie ont fermé pendant huit semaines, à la demande de M. Jean-Paul Moureau, ex-président de l’Institut français d’Étiopathie. “À ce moment-là, on pensait qu’on pouvait être vecteurs de contamination, car nous n’avions aucun matériel (masque, gants, gel hydroalcoolique…), ni de protocole particulier pour garantir la sécurité de nos patients. On s’est donc confinés, comme le reste de la population”, relate Patricia Guillerm Le Prigent.

Les étiopathes, ouverts pendant le deuxième confinement

Depuis, les étiopathes ont pu s’équiper, et ont mis en place des protocoles sanitaires stricts : port du masque, respect des gestes barrières, désinfection, lavage des mains, espacement des rendez-vous… “Nous avons donc décidé de rester ouvert pendant ce deuxième confinement, dans la mesure où le gouvernement a permis à l’ensemble des professionnels de santé de continuer à exercer”.

Une chance, puisque les problèmes de dos ont explosé depuis le premier confinement - principalement à cause du télétravail dans des conditions peu adaptées. “C’est aussi une façon d’éviter que les gens ne se rendent aux urgences pour un lumbago, car ils n’ont pas d’autre solution”, précise la thérapeute, qui évoque également l’aspect social des consultations. “Comme les gens sortent peu, la séance est aussi l’occasion d’un échange. Elle leur permet de verbaliser leurs inquiétudes”.

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Sources

Merci à Patricia Guillerm Le Prigent, étiopathe depuis 1995 à Morlaix (Bretagne) et Présidente de l’Institut français d’Étiopathie. 

Quelques chiffres sur la lombalgie, Lombalgie.fr

Que soigne l'étiopathie ?, Institut français d'Étiopathie.