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Avant mon accident il était impensable pour moi de vivre avec un handicap.
Quand je voyais des émissions avec des personnes handicapées je me disais que je ne pourrais pas vivre dans ces conditions. La vie a décidé de me mettre à l’épreuve en me privant de mes deux bras et elle a eu raison car la transformation de mon corps m’a permis de me réaliser et de m’affirmer en tant que personne différente.
Ce qui est important, c’est ce que l’on fait quoi qu’il puisse arriver. Ma vie aujourd’hui est différente et mon handicap est devenu ma force de vivre.
Surtout ne baissez pas les bras (sans jeu de mots !!). Restez positifs, la solution est en vous. Le meilleur moyen de guérir est de croire en la guérison. Le meilleur moyen de ne pas guérir est de ne pas y croire. La pensée positive est un médicament sans effet secondaire et sans limite dans la posologie.

Ma vie a changé du jour au lendemain : plus de bras donc perte d’autonomie, plus de judo, plus de travail en tant qu’actif dans la police. L’autonomie est devenue plus grande avec le temps et la motivation, j’ai trouvé des sports que je pouvais pratiquer avec mon handicap et un poste de travail aménagé. Mon handicap a occasionné un divorce mais, m’a permis de rencontrer ma deuxième épouse avec qui je vis heureux depuis 23 ans. Ma vie a changé mais, moi non. Je suis le même avec les autres. Mes amis sont restés présents et mon cercle ne fait qu’augmenter.

Depuis mon accident j’évite de me plaindre et j’essaie de prendre pleinement conscience que, même avec un handicap, j’ai de la chance d’être en vie, de travailler et de faire du sport. Mon handicap m’a permis de découvrir la notion de partage et j’essaie à travers mon association Le dauphin Corse de donner espoir aux personnes qui ont du mal à se relever. J’apprécie la vie à travers des choses simples. Observer la nature, les gens, prendre le temps de regarder, d’écouter. Avant je vivais à cent à l’heure et passais à côté de beaucoup de choses. Je ne prenais pas le temps d’apprécier ce qui m’entourait, de discuter avec un voisin qui avait besoin de parler. Aujourd’hui, je fais plus attention à l’autre et ça me fait du bien….

“Le matin on a le choix d’être de bonne humeur ou de mauvaise humeur”

Il faut réaliser que l’on n’est pas seul et que si on vit mal sa situation on entraine tout son entourage dans le négatif. La maladie rend parfois égoïste on ne pense qu’à soi, à ce qui nous arrive. Si l’on a une attitude positive malgré la maladie ou le handicap, on va générer de la bonne humeur dans son entourage et les amis n’auront pas peur d’être maladroits. L’autodérision est pour moi naturelle, du coup cela met à l’aise les gens qui me côtoient.
Je ne me considère pas handicapé malgré mon handicap et l’image que je montre est celle que les gens perçoivent. Je ne mets pas en avant ma différence et du coup ce n’est pas forcément la première chose que l’on remarque. Sur mon lieu de travail j’étais un fonctionnaire comme les autres, je ne demandais jamais rien et mes collègues oubliaient mon handicap à tel point que, chaque matin certain essayaient de me serrer la main !

Ma façon de gérer la peine de mes proches c’est de leur en donner le moins possible. La meilleure façon c’est de ne pas se plaindre d’avoir le sourire de ne pas rester dans une attitude négative. Il ne faut pas en vouloir à la terre entière, ne pas dire “Pourquoi moi ?”. Le matin on a le choix d’être de bonne humeur ou de mauvaise humeur. Si vous êtes de mauvaise humeur la journée sera difficile pour tout le monde. Si vous êtes de bonne humeur elle ne sera peut-être pas facile mais, moins difficile.

J’ai beaucoup souffert de voir mes parents effondrés quand ils ont été confrontés à mon handicap. Ma fille était trop petite pour mesurer l’impact de l’accident. Sa mère a eu une réaction qui m’a déçu… J’ai découvert qui étaient mes vrais amis et ce n’a pas été toujours ceux auxquels je m’attendais. J’ai été déçu par certains que je n’ai plus revus et agréablement surpris par d’autres que je côtoyais à peine et qui ont été présents dès mon hospitalisation. La réaction la plus inattendue a été celle de l’ami qui m’a sauvé la vie en intervenant sur les lieux de l’accident Quand Daniel a appris que j’allais être amputé des deux bras il s’est adressé au chirurgien en lui proposant de donner un des siens !!!

“Je n’ai pas attendu que l’on s’adapte à mon handicap”

Mon handicap m’a permis de réaliser que la motivation et la détermination peuvent nous faire dépasser nos limites. Il a fallu que je perde mes deux bras pour le constater. Tout d’abord j’ai commencé à courir dans épreuves avec les valides et j’ai fini par réaliser des chronos que je n’avais pas réalisés avec mes deux bras. J’ai continué à travailler mais, dans un poste différent. Finalement je n’ai pas attendu que l’on s’adapte à mon handicap, c’est moi qui me suis adapté avec mon handicap. Des problèmes de genou auraient pu me faire arrêter le sport mais, je me suis à nouveau adapté à la situation et j’ai décidé de basculer vers la natation, moins traumatisante pour les articulations des jambes. Mon handicap m’a permis de rencontrer Monsieur Pascal Olmeta et en 2014 j’ai réalisé un rêve pour son association Un sourire un espoir pour la vie : nager au Groenland au milieu des icebergs.

Depuis mon accident je vis chaque jour comme si c’était le dernier. Je n’ai pas peur de la mort. J’y suis passé très près. D’ailleurs je pense qu’il suffisait de quelques secondes pour que je passe de l’autre côté mais, il en a été autrement. Alors je vis dans le bonus et si un jour cela doit s’arrêter c’est que ce sera le bon moment…

“Je pensais ne plus pouvoir séduire une femme”

Mon accident a créé une fracture dans ma vie de couple. Mon ex-épouse ne voyait plus celui qu’elle avait épousé, la vie devenait compliquée mais, nous sommes restés ensemble encore 7 ans. Nous avions 2 filles. Nous avons fini par divorcer et c’est ce qui pouvait m’arriver de mieux pour reprendre confiance en moi. Je pensais ne plus pouvoir séduire une femme et pourtant j’ai rencontré l’amour de ma vie sur mon lieu de travail.

Je dois dire que le sport m’a énormément aidé tout d’abord pour avoir supporté une électrisation de 25 000 volts et ensuite il m’a aidé à me reconstruire. Je me suis assez vite inséré dans des épreuves avec des coureurs valides ce qui me permettait d’oublier mon handicap et j’ai fini par le faire oublier aux autres. Je voulais voir grandir mes deux filles et cela m’a beaucoup aidé à envisager l’avenir…

Quand je travaillais je n’avais aucun souci avec mes collègues et mon employeur. J’ai commencé par occuper un poste de standardiste, puis opérateur radio. A Cannes j’ai fini chef de la salle radio et j’étais respecté par les collègues que je dirigeais. J’ai fini ma carrière au commissariat d’Ajaccio au poste de correspondant informatique et en assurais seul le service. Pour contourner mon handicap j’utilise sur mon bras de 20 cm une emboiture en plastique prolongée d’un stylo. Elle me permet de pianoter sur un clavier et manipuler une souris pour le travail sur ordinateur.

Je pense que le matériel comme les prothèses, les fauteuils et les aménagements de domicile, véhicule etc.. et tout ce qui est nécessaire pour l’autonomie devraient être totalement gratuits. Toute personne malade ou handicapée devrait avoir la même chance dans la reconstruction quel que soit son milieu social. Il faudrait que l’on arrête de penser que cela n’arrive qu’aux autres et qu’une fois pour toutes, tout soit aménagé pour faciliter la circulation des personnes à mobilités réduites dans les villes et les bâtiments privés et publics. Je vois encore trop souvent des personnes qui n’osent pas sortir de chez elles parce qu’elles ne peuvent pas circuler.

Sources

Thierry Corbalan était marié et jeune père de famille quand en 1988 il a perdu ses deux bras dans un accident de pêche. Grâce à une détermination sans faille, il a su reconstruire sa vie. Une vie différente et surtout, rythmée par de nombreux défis. Son livre “L’homme devenu dauphin” (ed. Sydney Laurent) est un véritable message d’espoir pour tous ceux qui ont perdu confiance en la vie. 

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