En raison de la célèbre « théorie de la sérotonine », la plupart des patients souffrant de dépression sont généralement traités avec des médicaments visant à augmenter le taux de l’hormone dans le cerveau. En effet, jusqu’à aujourd’hui, les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) représentaient la classe d’antidépresseurs la plus utilisée. On les pensait efficaces dans le traitement de la dépression ainsi que dans d’autres troubles mentaux qui coexistent souvent avec la dépression.

La sérotonine est un messager chimique du système nerveux intervenant dans de nombreuses fonctions physiologiques comme le sommeil, l’humeur, l’agressivité etc. La théorie de la sérotonine expliquait qu’une baisse de l’activité des neurones sérotoninergiques était associée à certaines formes de dépression. C’est pourquoi les antidépresseurs, les ISRS, visaient à augmenter la concentration de sérotonine dans le cerveau.

Pourtant, une récente analyse de dix-sept études, publiée le 20 juillet 2022 dans la revue Molecular Psychiatry, affirme qu'il n'y aurait aucun lien entre la dépression et le taux de sérotonine. Ce qui remet en cause certains traitements largement prescrits jusqu’à présent.

Antidépresseurs visant la sérotonine : un effet placebo

Après avoir analysé différentes études portant sur des centaines de milliers de patients, les chercheurs affirment aujourd’hui qu’il n’y aurait pas de preuve qu’une faible activité ou quantité de sérotonine causerait la dépression. « L'idée que la dépression est le résultat d'anomalies dans les substances chimiques du cerveau, en particulier la sérotonine (5-hydroxytryptamine ou 5-HT), a été influente pendant des décennies et fournit une justification importante pour l'utilisation d'antidépresseurs. Toutefois, ce que notre étude implique c'est que nous ne savons pas ce que font les antidépresseurs ISRS », explique la Pr Moncrieff. « Une possibilité serait qu'ils fonctionnent par le biais effet placebo », ajoute la psychiatre.

Les chercheurs ont-ils fait fausse route depuis toutes ces années ? D’autres chercheurs pensent au contraire que cette étude présente des limites non-négligeables. En effet, cette analyse ne fait aucune distinction entre les personnes souffrant de dépression chronique et celles qui présentent des épisodes dépressifs. Un résultat à prendre, pour le moment, avec des pincettes.

Sources

Moncrieff, J., Cooper, R.E., Stockmann, T. et al. The serotonin theory of depression: a systematic umbrella review of the evidence. Mol Psychiatry (2022). https://doi.org/10.1038/s41380-022-01661-0

Dépression, par William Coryell , MD, University of Iowa Carver College of Medicine, MSD Manuals 

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