Ces médicaments contre l’anxiété augmentent les risques de suicide

Publié le 13 Juin 2019 à 13h05 par Emmanuelle Jung, journaliste santé
Les gabapentinoïdes, utilisés fréquemment pour traiter l’épilepsie ou l’anxiété, viennent de faire l’objet d’une étude. Contre tout attente, ces derniers sont associés à une hausse de la violence et des risques de suicide chez les patients.

Une étude britannique vient d’analyser les effets des gabapentinoïdes. Ces médicaments augmenteraient de 26 % les risques de suicide selon les chercheurs du département psychiatrie de l’Université d’Oxford. "Les gabapentinoïdes ont des propriété anticonvulsivantes, analgésiques et anxiolytiques, décrivent-t-ils. Ils sont actuellement approuvés pour le traitement de l’épilepsie, de l’anxiété et des douleurs neuropathiques en Europe".

Les prescriptions ont fortement augmenté ces dernières années. Hélas, les résultats des recherches suggèrent que les gabapentinoïdes sont associés à un risque accru de surdoses non intentionnelles, de comportements suicidaires…et de criminalité. Oui, vous avez bien lu : un certain nombre de personnes traitées par ces médicaments auraient commis un crime selon l’étude.

Infractions routières, suicides, crimes… Près d’un quart des patients concernés

L’étude a été menée auprès d’une population de près de 200 000 Suédois traités par ces médicaments entre 2006 et 2013. Parmi eux, 10 026 (5,2 %) ont présenté un comportement suicidaire ou ont mis fin à leurs jours. Quant aux surdoses non intentionnelles du gabapentinoïdes, elles ont concerné 17 144 (8,9 %) personnes. "Nous avons identifié tous ceux qui avaient reçu au moins deux ordonnances consécutives pour les gabapentinoïdes", détaillent les chercheurs. En outre, 12 070 (6,3 %) individus ont commis une infraction routière ou un accident et 7984 (4,1 %) des patients ont été arrêtés pour un crime violent. Ces chiffres atteignent ainsi 47 224 : soit près d’un quart des Suédois traités ont présenté ces comportements.

Par crime violent, les chercheurs entendent homicide, menaces, harcèlements, vols, incendies criminels, enlèvements ou encore crimes sexuels.

L’association avec drogue ou alcool, en partie responsable

Interrogés par le journal anglais The Independant, les chercheurs d’Oxford ont précisé que l’association du traitement à l’alcool pouvait être responsable de ces comportements dramatiques. Certains patients s’avèrent aussi avoir consommé des substances illicites en parallèle au médicament. Cela peut expliquer pourquoi ils sont plus vulnérables aux effets secondaires émotionnels et psychologiques.

Selon le Dr Derek Tracey, psychiatre au Queen Mary’s Hospital de Londres, ces résultats suggèrent que les gabapentinoïdes soient considérés comme des médicaments soumis à restriction. A terme, cela pourra rendre les médecins généralistes plus réticents à les prescrire.

"Il faudra peut-être protéger les groupes à hauts risques", conclu le Pr Seena Fazel, psychiatre médico-légal à l’Université d’Oxford et auteur principal de l’étude.

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