Non, les soignants qui vivent dans votre immeuble ne vont pas vous contaminer !

Applaudis tous les soirs, les soignants subissent aussi la défiance, voire les menaces de leur voisinage. En cause : la peur que véhicule l’épidémie de Covid-19. À raison ou à tort ? Explications avec Pierre Boquého, infirmier en libéral.
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© Istock

Tous les soirs à 20 h, les Français sont au rendez-vous et applaudissent les soignants à leur fenêtre. Mais en parallèle, ces derniers sont aussi victimes de pressions de la part de leur voisinage, en proie à la panique d’être contaminés par le coronavirus. Au point que le Premier ministre Edouard Philippe a dénoncé samedi ces "mots scandaleux" laissés au personnel médical. Ces craintes sont-elles vraiment fondées ? Medisite a tenté d’y voir plus clair.

Des lettres anonymes blessantes envers les soignants

Scotchées sur leur porte d'entrée, glissées sous l'essuie-glace... Depuis le début du confinement, les lettres anonymes adressées au personnel hospitalier se succèdent, comme en témoignent de nombreuses publications sur les réseaux sociaux. Si vous pensez qu’il s’agit de remerciements, détrompez-vous : elles font plutôt dans la menace.

Lucille, infirmière, fait partie de ces malheureux destinataires. Dans sa boîte aux lettres, elle a découvert un courrier lui demandant de quitter son logement de Vulaines-sur-Seine, de faire ses courses “en dehors de la ville” et lui reprochant de promener son chien. Non signé.

Contactée par l’AFP, elle se dit “en colère”. “On met déjà notre vie de côté pour s'occuper des autres, alors qu'on nous traite comme des pestiférés, ça ne passe pas”. Dans l’hôpital de banlieue parisienne où elle travaille, la jeune femme porte des gants, un masque, des lunettes et une surblouse de protection.

Elle indique aussi avoir les "mains défoncées" par le double lavage - savon, puis gel hydroalcoolique - imposé entre chaque patient. "Cette personne prend sûrement beaucoup moins de précautions que moi”. Malgré un “coup au moral”, l’infirmière a décidé de réagir : elle a transmis la fameuse lettre au maire de sa commune, qui a saisi le procureur... et n'a pas hésité à la partager sur les réseaux sociaux.

Une étudiante infirmière chassée de son logement par sa propriétaire

La peur du virus peut même aller encore plus loin, la preuve en est à La Rochelle, où une étudiante infirmière a été chassée de sa chambre par sa propriétaire. Logée sans bail par une septuagénaire depuis septembre, elle explique à Sud Ouest ne pas avoir eu de problème jusque-là. Mais lorsque l’épidémie a commencé à arriver en France, sa logeuse s’est montrée de plus en plus intrusive.

“Elle triait mon linge, entrait dans la chambre en mon absence… Elle a mis en place un protocole de désinfection à la Javel après mon utilisation de la douche, des toilettes, ce que je peux comprendre”, explique la jeune femme.

Mais samedi dernier, coup de théâtre : après un malheureux éternuement, la propriétaire demande à Isabelle (le prénom a été changé) de quitter son domicile. Plus encore, elle envoie ses deux fils la déloger de force, avant l’intervention de la police qui a recadré la propriétaire. Temporairement hébergée par une amie, l’étudiante infirmière a déposé une main courante contre la septuagénaire.

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Source(s):

Merci à Pierre Boquého, infirmier en libéral. 

Pressions, cambriolages : le sale quotidien de certains soignants en France, AFP médecine, 30 mars 2020. 

La Rochelle : une étudiante en soins infirmiers expulsée de son logement, Sud Ouest, 30 mars 2020.