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Depuis plusieurs semaines déjà, la France est confrontée à une pénurie de masques chirurgicaux. Pour pallier ce problème, les tutoriels pour fabriquer soi-même son masque en tissu se multiplient, y compris au sein des établissements de santé. Mais ces créations maisons sont-elles vraiment efficaces ? Elles seraient en tout cas “mieux que rien”, selon certains experts… tandis que d'autres alertent sur leurs risques.

Un tutoriel du CHU de Grenoble devenu viral

L’une des premières initiatives du genre était l'œuvre du CHU de Grenoble qui, le 13 mars dernier, a édité un document détaillant les étapes pour confectionner un masque en tissu. Celui-ci est assorti d’un patron en annexe, et recommande de le laver tous les jours à 30 °C. Le matériel requis est relativement simple à se procurer : des chutes de coton, du molleton fin et des élastiques souples.

D’après le service communication de l’établissement, il ne s’agirait pas d’une directive donnée à l’ensemble du personnel, mais d’une “option complémentaire pour ceux qui le souhaiteraient et qui ne sont pas en contact direct avec des patients”. L’établissement a toutefois démenti une pénurie de masques dans ses murs.

Le CHU de Valence appelle la population à lui fabriquer des masques

Quelques jours plus tard, le CHU de Valence a repris ce même document pour lancer un appel à l’aide aux résidents de la ville. Dans un message publié sur la page Facebook du Dauphiné Libéré, le personnel du centre hospitalier a invité les personnes sachant coudre à leur confectionner des masques, afin qu’ils puissent les redistribuer aux personnes qui en ont besoin.

Des entreprises se mettent à la fabrication de masques en tissu

De leur côté, les entreprises ne sont pas en reste. Dans les Côtes d'Armor, l’entreprise Rozen, qui fabrique habituellement des masques professionnels, a désormais concentré sa production sur les masques en tissus. “Tout est parti lundi dernier d’une commande du Centre Hospitalier de Lamballe. Il avait besoin de 4000 masques", a expliqué son directeur, Eric Guillaume, à France 3 Bretagne.

“Sur les 35 salariés travaillant dans les ateliers, sept se sont portés volontaires pour relever ce défi. Elles travaillent à un mètre de distance et respectent scrupuleusement les règles d’hygiène", a-t-il précisé. C’est justement sur le modèle conçu par le CHU de Grenoble que sont réalisés leurs masques. Et s’ils n’ont pas été homologués par l'État, ils sont néanmoins validés par les soignants de l’hôpital de Lamballe.

De même, la PME drômoise 1083, spécialisée dans la confection de jeans, a aussi décidé de réaffecter ses ressources à la production de masques distribués gratuitement aux professionnels de santé. "Nous utilisons la toile de nos jeans et un patron que nous a envoyé le Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble. Ces masques, qui ne sont pas homologués, sont pourvus d’une fente qui permet d’insérer une matière filtrante", a indiqué la start-up.

"Cela peut paraître dérisoire mais comme les médecins nous l’ont confirmé, il vaut mieux avoir ce type de masque qu’il convient de laver régulièrement et rigoureusement plutôt que pas de masque du tout".

Des entreprises se mettent à la fabrication de masques en tissu© Service de presse

© CHU de Grenoble

Ces masques de fortune sont-ils efficaces ?

Ces masques de fortune sont-ils efficaces ?© Istock

Depuis, les tutoriels en vidéos se multiplient sur les réseaux sociaux, et de nombreux couturiers en herbe se sont d’ores et déjà mis à la tâche, dans le but de se protéger eux et leurs proches. Le document du CHU de Grenoble est pourtant formel : ces masques en tissu sont destinés aux “services de soins ne prenant pas en charge de patients Covid-19”. Rien ne prouve donc qu’ils peuvent vous prémunir contre le coronavirus.

Dans un avis du 14 mars 2020, la Société française d’Hygiène Hospitalière recommande de “ne pas utiliser d’autres types d’écrans à la place des masques chirurgicaux (ex. masques en tissu, masques en papier, chiffons noués derrière la tête), du fait de données scientifiques concernant leur efficacité (étanchéité) très rares”.

Se sentir protégé peut nous inciter à commettre des erreurs

Plusieurs Agences Régionales de Santé ont, elles aussi, réagi, comme celle de la région PACA, qui dit ne pas valider ces masques, mais estime que “c’est toujours mieux que rien pour le public”. Elle rappelle néanmoins qu’il est parfaitement inutile de porter un masque si l’on n’est pas malade. Ces objets visent à stopper les gouttelettes de salive chez les personnes contaminées pour qu’ils ne transmettent pas le virus à quelqu’un d’autre, mais sont inefficaces en prévention.

En Nouvelle-Aquitaine, le Dr Stéphane Bouges, conseiller médical de l’ARS, est plus frileux. “Je déconseille fortement [ces masques]”, souligne l’expert. “Ce ne sont pas des masques homologués et les porteurs vont se sentir protégés, au risque de casser les gestes barrières. C’est comme ceux qui mettent des gants toute la journée pour ne pas se laver les mains. Le sentiment d’être à l’abri peut être contre-productif”.

Des propos qui rejoignent ceux du Dr Jimmy Mohamed, interrogé par Europe 1. “Une fois qu'on a un masque, on peut aussi se sentir artificiellement protégé et commettre des erreurs qui vont nous contaminer”, explique-t-il. “Encore faut-il bien les laver et les installer correctement. Il y a des risques si vous mettez les mains sur le masque et si vos mains sont contaminées”.

Des médecins proposent aussi leur “recette” de masque

Des médecins proposent aussi leur “recette” de masque© Istock

Plusieurs médecins ont pourtant publié, eux-aussi, leur propre tutoriel. C’est notamment le cas du Professeur Daniel Garin, médecin du travail et ancien Médecin du Service de Santé des Armées. Dans une vidéo postée sur la chaîne Youtube d’un laboratoire du CNRS, il explique comment confectionner son masque à partir d’une serviette en papier, d’élastiques et d’agrafes.

Ce dernier précise néanmoins que ce masque de fortune n’a pas du tout vocation à protéger des personnes saines contre le virus, mais de limiter sa propagation par les malades. “Le principe de ce masque n’est pas de filtrer l’air. Son but est d’empêcher la propagation dans l’air et l’environnement de particules de salive, potentiellement contaminées par le virus. Cet écran absorbe les petites gouttelettes et évite la contamination”.

Jérôme Salomon, Directeur général de la Santé, l’a rappelé dans une de ses allocutions : “Il ne faut pas porter de masque si nous ne sommes pas malade ; il ne faut pas porter de masque lorsqu’on n’est pas soignant. La meilleure réponse c’est la distanciation sociale”.

Sources

Avis relatif aux conditions de prolongation du port ou de réutilisation des masques chirurgicaux, Société Française d'Hygiène Hospitalière, 14 mars 2020. 

Le CHU de Grenoble montre à son personnel comment fabriquer ses propres masques, CNews, 20 mars 2020. 

Fabriquer un masque de protection par le Pr Garin, ARTELIA-MT2i, Youtube @TIMC lab, 15 mars 2020. 

Coronavirus : l'entreprise Rozen de Lamballe change sa production pour fabriquer des masques lavables, France 3 Bretagne, 19 mars 2020. 

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