Les fongicides provoquent la mort de vos cellules

Des chercheurs de l’Inserm viennent de mettre en évidence la toxicité des fongicides pour l’homme et pour la biodiversité, alors qu’ils sont largement utilisés dans l’agriculture.

On connaissait la toxicité de nombreux pesticides pour notre santé. Parmi ceux-ci, celle des fongicides est maintenant également avérée. Une toute nouvelle étude de l’Inserm, du Cnrs et de l'Inra, publiée ce jeudi 7 novembre 2019 dans la revue Plos One, vient de montrer que ces produits induisent un stress oxydatif dans les cellules humaines, qui conduit à leur mort.

Les huit fongicides étudiés sont tous nocifs

Des chercheurs français se sont penchés sur les inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI), des substances que l’on trouve dans les fongicides, permettant d’empêcher le développement des moisissures sur les plantes. On les vaporise dans les champs, mais aussi sur les terrains de sport, et on en retrouve jusque dans notre nourriture. Au total, ils ont étudié huit SDHI commercialisés en France.

Leurs conclusions sont alarmantes. Ces molécules contenues dans les fongicides ne se contentent pas d’inhiber l’activité de la SDH des champignons ; elles sont aussi capables de bloquer celle du ver de terre, de l’abeille et même de cellules humaines. Cela implique des conséquences sérieuses pour la biodiversité et pourrait affecter, à terme, notre santé.

Les fongicides, toxiques pour les cellules humaines

Les scientifiques ont testé l’effet des SDHI sur des cellules humaines en culture, issues de biopsies de l’avant-bras de sujets sains et de trois patients malades. Le premier présentait une encéphalopathie due à un déficit en SDH, le second une ataxie de Friedreich, et le dernier une maladie familiale d’Alzheimer.

Ils ont observé que les fongicides entraîne un stress oxydatif dans les cellules humaines, et donc leur mort. Jusqu’alors, cette toxicité avait été masquée par les conditions standards utilisées dans les tests réglementaires effectués sur ces produits, avant leur mise sur le marché.

Les auteurs estiment que leur usage fait peser une menace sur l’homme dans 10-20 ans (délai d’expression des maladies mitochondriales), “pour un rapport bénéfice/risque nullement établi”.

Les personnes malades sont encore plus sensibles aux fongicides

En effet, la succinate déshydrogénase est une enzyme clé de la chaîne respiratoire des mitochondries humaines. Or, sans les mitochondries, impossible d’extraire l’énergie contenue dans les aliments pour permettre le fonctionnement des cellules. On comprend donc que les fongicides soient néfastes pour la santé, puisqu’ils inhibent ce processus.

Chez les cellules des sujets malades, la mort induite par les fongicides semble arriver encore plus vite. Les chercheurs ont mis en évidence une hypersensibilité à l’effet des SDHI dans les cellules des patients atteints d’une maladie neurologique, neurodégénérative ou causée par un déficit partiel de la SDH, cellules où les mitochondries fonctionnent déjà mal.

Les fongicides, un fléau pour la biodiversité

L’équipe de scientifiques s’est aussi penchée sur l’impact des huit fongicides sur les cellules des vers de terre, des abeilles domestiques et des champignons B. cinerea. “Tous les SDHI testés se sont avérés exercer un effet inhibiteur sur la SDH, quelle que soit l’origine biologique de l’enzyme, à des degrés divers”, indique-t-elle.

D’après eux, “l’usage immodéré, préventif, de produits sans aucune spécificité comme les SDHI en font des candidats de premier plan dans la perte de biodiversité désormais constatée”.

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Source(s):

Sensibilité de la chaîne respiratoire mitochondriale aux pesticides SDHI et conséquence sur les cellules humaines en culture, Plus One, 7 novembre 2019.