Cancer : "Oser dire que l'on souffre est un sujet tabou"

Publié le 25 Octobre 2018 par Morgane Garnier, Journaliste Santé
Validé par : Valérie Sugg, psycho-onchologue
Dans son nouveau livre sobrement intitulé "Cancer : l’accompagnement", la psychologue Valérie Sugg met à nu les émotions des patients atteints d’un cancer, trop souvent refoulées à cause du tabou de la maladie. Mais pourquoi le cancer, qui touche quelque 400 000 nouvelles personnes chaque année en France, est encore un sujet dont on ne parle pas ouvertement ? 
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Pendant une vingtaine d’années, Valérie Sugg, psycho-oncologue, a arpenté les couloirs d’un service de radiothérapie remplis de patients qui attendaient leur traitement, dans un état physique proche de la détresse, au même titre que leur état psychologique. Car outre les souffrances du corps, celles de l’esprit sont bien présentes mais souvent tues. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussée à écrire "Cancer : l’accompagnement", paru en octobre 2018 aux éditions Kawa : "J’ai entendu et accompagné à peu près 17 000 personnes, explique-t-elle à Medisite. On me disait souvent : "J’aimerais bien que l’on puisse dire ceci, j’aimerais bien que les gens comprennent cela, qu’ils le sachent et qu’ils l’entendent, j’aimerais pouvoir faire passer tel message" ". Sous forme de recueil de témoignages bouleversants, elle laisse la parole aux patients, afin de tenter de mettre fin au tabou autour de cette maladie.

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Exprimer ses souffrances, inacceptable dans "une société qui encourage à sourire de tout, y compris du cancer"

Si le cancer est un vrai problème de santé publique du fait de sa fréquence (400 000 nouveaux cas chaque année en France), il inquiète parce qu'il est encore souvent associé à la mort. Une réalité en soi, puisqu’il entraîne 150 000 décès chaque année. Mais la société ne semble pas prête à l’assimiler : "Ce qui contribue au tabou du cancer, c’est le fait que ce soit une maladie potentiellement mortelle, assure Valérie Sugg. Dans cette société qui rêve d’immortalité, le fait de rappeler que, oui, on peut mourir, c’est quelque chose d’insupportable. Oser exprimer ses souffrances, ses angoisses de mort, devient tabou. Du coup, on n’en parle plus."

Conséquence : une double peine pour les patients, qui doivent subir la maladie mais également leurs émotions, sans parfois oser les exprimer. "Ils viennent s’effondrer dans mon bureau car ils ont l’impression que c’est peut-être le seul lieu où l’on accepte qu’ils puissent exprimer le fait que c’est difficile", explique la psychologue. Un véritable "sas de décompression" pour eux comme elle aime le rappeler dans son ouvrage, puisque les patients, qui ne relâchent jamais vraiment la pression, taisent souvent leurs inquiétudes auprès de leurs proches ou des soignants qui les encouragent à ne pas craquer : "On leur dit encore souvent que pour vaincre le cancer il faut être fort, combatif, ultra positif. Mais on ne fait que tricher par rapport à soi-même car c’est normal d’être triste et de trouver ça difficile quand on traverse une telle épreuve. Il faut absolument que notre société accepte d’entendre que les gens puissent exprimer ces choses difficiles."

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