Cancer : l’Institut Curie mise sur une petite puce pour mieux choisir les traitements
Pourquoi un médicament fonctionne-t-il chez une femme et pas chez une autre, alors qu’elles présentent toutes deux un cancer du sein ? Cette question est au cœur de la médecine personnalisée. Derrière un même diagnostic se cachent des maladies différentes, dont les caractéristiques peuvent aussi évoluer au fil des traitements.
Avec 61 214 nouveaux cas estimés en France métropolitaine en 2023, le cancer du sein représente un enjeu majeur pour la recherche contre le cancer. Une innovation française pourrait aider les équipes médicales à mieux anticiper la réponse aux médicaments : les « tumeurs sur puce ». Leur particularité ? Permettre des tests rapides sur des cellules tumorales, à l’extérieur du corps.
Pourquoi choisir le bon traitement reste parfois difficile
Les oncologues disposent déjà d’informations essentielles pour orienter les soins. La présence de récepteurs hormonaux ou les caractéristiques de la protéine HER2 permettent notamment de sélectionner certaines familles de traitements. Les décisions ne se prennent donc pas à l’aveugle.
Mais ces repères ne suffisent pas toujours à prévoir précisément l’efficacité d’un médicament, notamment lorsque le cancer est métastatique, c’est-à-dire qu’il s’est propagé à d’autres organes. Les traitements déjà reçus, l’état de santé de la patiente et les caractéristiques de la maladie interviennent également.
Face aux formes de cancer du sein les plus agressives, disposer d’un outil supplémentaire pour comparer les réponses aux médicaments serait précieux. L’objectif n’est pas de remplacer l’oncologue, mais de lui apporter une information complémentaire.
Une mini-tumeur en laboratoire, pas une puce implantée
Le dispositif tient dans un support plus petit qu’une clé USB. Il ne s’agit ni d’un implant placé dans le sein ni d’un appareil qui détruit directement la tumeur.
Les chercheurs utilisent des cellules tumorales, qu’ils installent dans une structure en trois dimensions contenant du collagène. De minuscules canaux permettent de contrôler leur environnement et de les exposer aux substances étudiées. Cette manipulation de très petits volumes de liquide porte un nom : la microfluidique.
On peut imaginer une sorte de laboratoire miniature, conçu pour observer le comportement des cellules dans des conditions maîtrisées. Ce modèle reproduit certaines caractéristiques de la tumeur, mais pas toute la complexité de l’organisme.
L’équipe a également adapté la puce pour travailler avec de faibles quantités de cellules, compatibles avec un prélèvement par biopsie. Un point important : les échantillons disponibles pour la recherche sont souvent limités.
Quatre jours pour observer une réponse aux médicaments
Les chercheurs exposent les cellules à différents traitements, notamment des chimiothérapies et des anticorps conjugués, qui associent un anticorps à une substance anticancéreuse. Ils mesurent ensuite la survie des cellules pour distinguer les profils sensibles des profils résistants.
Dans les conditions de l’étude, ces résultats ont été obtenus en quatre jours. Ce délai contraste avec celui nécessaire à la mise en place de certains modèles de recherche, qui peut atteindre plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Il faut toutefois bien comprendre ce que signifie cette rapidité. Il ne s’agit pas d’une guérison en quatre jours, ni de la garantie qu’une patiente recevra désormais son traitement personnalisé dans ce délai. C’est la durée du test expérimental décrit par les scientifiques.
Des résultats encourageants, mais pas encore une preuve de bénéfice pour les patientes
Les travaux, publiés dans Cell Reports Medicine en août 2026, ont notamment comparé les réponses sur puce avec celles de tumeurs humaines greffées chez la souris.
Sur ces comparaisons expérimentales, la plateforme a correctement identifié la sensibilité au traitement dans sept cas sur huit, et la résistance dans dix cas sur onze. Ces résultats sont encourageants, mais reposent sur un nombre limité de modèles.
Les chercheurs ont aussi montré qu’il était possible de fabriquer ces dispositifs à partir de prélèvements humains : six échantillons chirurgicaux et une biopsie dans cette première étude.
Ces chiffres ne correspondent donc pas à des taux de guérison. Ils montrent que la méthode mérite d’être étudiée davantage, pas qu’elle améliore déjà la survie ou évite avec certitude un traitement inefficace.
Un essai clinique annoncé pour 2027
Selon l’Institut Curie, un essai clinique est prévu au second semestre 2027, sous la coordination de la chercheuse Stéphanie Descroix et de l’oncologue Luc Cabel.
L’étape sera déterminante : il faudra vérifier que les réactions observées sur les puces correspondent bien à celles des patientes recevant leur traitement. La faisabilité au quotidien compte également : obtenir un échantillon exploitable, réaliser les analyses et transmettre des résultats suffisamment fiables pour éclairer une décision médicale.
À terme, cette approche pourrait aider à mieux départager plusieurs options thérapeutiques. Mais le calendrier de l’essai ne constitue pas une date de mise à disposition dans tous les hôpitaux.
Pour les femmes actuellement soignées, les traitements du cancer du sein continuent d’être choisis avec l’équipe médicale, à partir des connaissances validées et de leur situation personnelle. Cette recherche ouvre une perspective : tester plus rapidement, pour peut-être choisir plus justement demain.
Afficher les sources de cet article
- Résultats expérimentaux et limites de l’étude : Helal et ses collègues — Tumor-on-chip as a personalized platform for rapid drug testing in breast cancer, Cell Reports Medicine, 2026.
- Présentation de la technologie et calendrier clinique : Institut Curie — Les tumeurs sur puce pour guider la décision thérapeutique.
- Développement du dispositif et principe de l’évaluation chez les patientes : Institut Curie — Les promesses scientifiques en quatre illustrations.
- Données épidémiologiques : Institut national du cancer — Cancers du sein : l’essentiel.
- Rôle des caractéristiques biologiques dans le choix des traitements : Institut national du cancer — L’examen anatomopathologique.