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Notre environnement quotidien joue un rôle majeur dans la survenue de cancers. Certains composés chimiques présents dans l’habitat, les produits ménagers et cosmétiques apparaissent aujourd’hui comme d’importants facteurs de risque, et ce, particulièrement, dans la survenue de cancers du sein.

"Certains produits contenant des composés cancérigènes ont été retirés du marché pour cette raison, nous explique le Dr Olivier Dubreuil, cancérologue rattaché au Groupe Hospitalier Diaconesses-Croix Saint-Simon à Paris. Néanmoins, d'autres résistent et se trouvent toujours dans les rayons des supermarchés. S’ils peuvent susciter le doute, aucune preuve n’a toutefois permis de les incriminer directement".

Sur le banc des accusés figurent depuis longtemps les déodorants, pourvus de sels d’aluminium. Pourtant, ces derniers ne sont pas les seuls à avoir suscité la polémique.

"Un rapport présenté en 2008 aux députés européens par le professeur Andreas Kortenkamp, responsable du service de toxicologie de l’université de Londres et spécialiste de cette question, met de nombreuses autres substances chimiques en accusation", partage de son côté le Dr Bérengère Arnal-Morvan, gynécologue-obstétricienne, au sein de son livre Anticancer du sein (éd. Eyrolles). Loin d’être brève, la liste comprend entre autres les insecticides, conservateurs, alkylphénols (composé industriel) ou encore certaines substances que l’on retrouve dans nos crèmes solaires.

Le Pr Kortenkamp y souligne par ailleurs qu’un nombre restreint de ses produits ont été dûment évalués en ce qui concerne leur sécurité et leur toxicité. Tours d’horizon des produits destinés à l’hygiène, soupçonnés d’être liés à la survenue de cancers.

Produits ménagers : des composés toxiques et irritants

Le tabac n’est pas le seul à favoriser le cancer du poumon. L’exposition à certains produits d’entretien peut mettre en péril vos organes respiratoires.

Et pour cause, la plupart des produits d’entretien pour la maison contiennent des composés toxiques et irritants. "Les produits ménagers peuvent émettre des composés organiques volatils, détaille l’Asef (Association santé environnement France) dans un rapport publié en 2017. Certains d’entre eux, comme le benzène et le formaldéhyde sont reconnus comme cancérigènes. On les trouve dans les détergents, les dégraissants, les solvants, les lave-vitres classiques, mais aussi dans les bougies parfumées, les parfums d’intérieurs et l’encens".

Si, en principe, une exposition à ces produits ménagers ne génèrent qu'une irritation des voies respiratoires, une exposition sur le long terme peut être plus dangereuse. "Une étude de 2010 suggère que les produits d’entretien et les rafraichisseurs d’air intérieurs contribueraient aux cancers du sein", poursuit l’association.

Pour éviter les risques, vous pouvez vous rabattre sur des solutions d’entretien moins agressives. Vinaigre blanc (pour laver les vitres), bicarbonate de soude, savon noir, lingettes microfibres… Les remèdes de nos grands-mères prennent tout leur sens aujourd’hui !

Dentifrice : attention au dioxyde de titane

Après les produits ménagers, le cancérologue attire notre attention sur le dioxyde de titane. Selon le Dr Dubreuil, cet additif pourrait également être cancérigène.

En effet, le 27 mars dernier, ce composé avait fait couler beaucoup d’encre : l’association Agir pour l’Environnement a publié un rapport d’enquête accusant le dioxyde de titane d’être dangereux. Une découverte qui nous concerne tous : cette substance s’avère présente dans deux tiers des dentifrices. Quant aux dentifrices bios, ils ne sont pas épargnés, semble-t-il.

Ne vous attendez pas à trouver ce composant en lisant les étiquettes : d’après l’association, "aucun des dentifrices (qu’ils ont testé, ndlr) ne précise sur son emballage si le dioxyde de titane présent est à l’état nanoparticulaire, ce que le règlement européen impose pourtant".

En janvier 2017, une étude menée par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a mis en évidence des atteintes au système immunitaire intestinal et le développement de lésions précancéreuses au niveau du côlon chez des rats exposées au dioxyde de titane pendant 3 mois. Si les scientifiques précisent que ces résultats n’ont pas encore été confirmés chez l’Homme, d’autres recherches indiquent que cette substance présente bel et bien des risques pour notre foie et notre microbiote intestinal. Actuellement, l’Anses mène également des évaluations sur les dangers et les risque du dioxyde de titane sur la santé humaine.

Pour connaître la liste des dentifrices qui contiennent du dioxyde de titane, rendez-vous sur le site Dentifrice info conso.

Nos déodorants : cancérigènes ?

Peu de produits ont fait autant parler d’eux. Aujourd’hui, les déodorants divisent les scientifiques et les médecins. En cause ? Les sels d’aluminium qu’ils contiennent, qui s’avèrent nocifs pour la santé.

Face à la hausse de l’incidence du cancer du sein dans la partie proche de la zone habituelle d’application des déodorants, certains scientifiques ont supposé qu’il pourrait exister une association entre l’utilisation d’antitranspirants contenant des sels d’aluminium et la survenue de cancer du sein. En 2008, un groupe d’expert avait lancé le pavé dans la mare en publiant une synthèse sur le sujet.

Cependant, le doute persiste : "aucune preuve n’est suffisamment concrète pour conclure que les déodorants contenant des sels aluminium sont cancérigènes, estime le Dr Dubreuil. Mais, par mesure de précaution, les autorités françaises préconisent de limiter les produits à base de sels d’aluminium dans la mesure du possible".

En effet, il n’existe aucune étude prospective sur le sujet. Les différentes enquêtes sont contradictoires et ne permettent donc pas de s’orienter vers une conclusion solide. Il n’existe toujours pas de preuves scientifiques en faveur d’un lien de causalité entre l’application de déodorants et antitranspirants et le risque de cancer du sein.

Autobronzant, après-rasage, vernis à ongles… : les parabènes, perturbateurs endocriniens ?

Utilisés dans 80 % des cosmétiques mis sur le marché, les parabènes sont des conservateurs antimicrobiens. On les retrouve sur l’étiquetage de nos produits derrière des termes comme benzyl, ethyl, methyl ou encore propyl. On les trouve aussi au sein de certains produits alimentaires, pansements, solutions nasales, ophtalmologiques et auriculaires, ainsi que dans des solutions injectables comme les suppositoires.

Leur danger potentiel proviendrait de leur capacité à mimer l’action des hormones féminines en s’attaquant aux récepteurs d’œstrogènes des cellules de l’organisme. Or, on sait que les facteurs hormonaux sont prédominants dans le développement d’un cancer du sein, affirme encore le Dr Arnal-Morvan dans son livre Anticancer du sein. Donc, le fait que ces éléments soient métabolisés (c’est-à-dire présents dans l’organisme) peut être considéré comme préoccupant.

De son côté, le Dr Dubreuil déclare que les parabènes seraient des perturbateurs endocriniens. "En revanche, aucune étude ne fournit la preuve ultime de leur responsabilité dans la survenue de cancers", ajoute-t-il. Une accusation qui corrobore avec celle du Département Cancer et Environnement du Centre Léon Bérard (Centre régional de lutte contre le cancer) : "Les parabènes sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens, mais compte-tenu des données scientifiques existantes, il n’existe pas d’évaluation de la cancérogénicité des parabènes. Les connaissances scientifiques actuelles ne permettent pas de déterminer le lien entre une exposition à ce conservateur et la survenue de cancer chez l’Homme, que ce soit les cancers du sein ou d’autres cancers".

"Ils sont suspectés d’être cancérigènes, car il a déjà été retrouvé des parabènes au sein des cellules tumorales d’un cancer du sein, complète le cancérologue. En effet, les cellules cancéreuses pourraient se développer plus rapidement grâce aux parabènes. Mais à ce jour, aucune étude concrète n’a pu apporter de preuve directe".

Si certains parabènes ont été interdits en Europe, on en retrouve encore dans de nombreux produis cosmétiques : autobronzants, déodorants, produits d’hygiène buccodentaire, produits capillaires, produits de soin pour bébé, maquillage, produit de rasage, vernis à ongles, gels… Les parabènes contribuent à leur conservation et garantissent une efficacité antimicrobienne, même à faible dose.

Hygiène intime et maquillage : le talc favoriserait les cancers des ovaires et des poumons

Le talc est fabriqué à partir d’un minéral composé de magnésium, silicium et d’oxygène. Il est connu pour absorber l’humidité ce qui le rend populaire chez les personnes aux peaux relativement grasse. Il est capable de prévenir les éruptions cutanées. Le talc est aussi utilisé comme poudre pour bébé.

Le talc avait déjà défrayé la chronique en 1972, alors qu’il avait provoqué le décès de 36 jeunes enfants après l’utilisation. Mais il s’est avéré qu’une erreur de manipulation au stade de la fabrication était en cause.

Pourtant, bien plus tard ce produit revient sur la sellette. "Le talc pourrait être associé à la survenue de cancers pulmonaires et de cancers des ovaires", partage le Dr Dubreuil. Et pour cause, le Centre international de recherches sur le cancer (CIRC) le classe aujourd’hui 2B, ce qui revient à l’accuser d’être "potentiellement cancérigène". Ce risque a été reconnu pour la première fois en 2016 lorsque le tribunal du Missouri (USA) avait condamné la société Johnson & Johnson à payé des dommages et intérêts de 72 millions de dollars à la famille d’une femme qui était parvenue à prouver que son décès, suite à un cancer, était lié à l’utilisation d’un produit à base de talc pour son hygiène intime.

Dernièrement, une étude canadienne est venue confirmer les dangers du talc sur la santé. En décembre dernier, les ministères de la Santé et de l’Environnement du Canada ont dévoilé leurs conclusions qui stipulaient que "l’inhalation des poudres à base de talc sur les parties génitales des femmes peuvent nuire à la santé". En contact avec cette zone, le talc augmente le risque de cancer des ovaires. Quant au cancer du poumon, ce sont les particules fines du talc qui en seraient à l’origine. Une fois dans les poumons, elles peuvent s’accumuler dans les tissus et engendrer des difficultés respiratoires, une diminution de la fonction pulmonaires ou encore une fibrose.

Néanmoins, à ce jour, le talc reste libre d’emploi par les fabricants. On le retrouve dans les poudres de maquillages compactes, les fards à paupières, les blushes, les produits pour l’hygiène de bébé ainsi que l’hygiène intime des femmes.

> Un expert santé à votre écoute !

Sources

Merci au Dr Olivier Dubreuil, cancérologue rattaché au Groupe Hospitalier Diaconesses-Croix Saint Simon à Paris.

Anticancer du sein (éd. Eyrolles), Dr Bérengère Arnal-Morvan, gynécologue-obstétricienne

Talc : faut-il l'éviter ?, L'Observatoire des Cosmétiques, 7 mars 2016

Santé Canada et Environnement et Changement climatique Canada, Gouvernement du Canada, Décembre 2018

Qu’est-ce que le dioxyde de titane et quels sont ses usages ?, Ansm, 15 avril 2019

Le petit guide santé du ménage, Association santé environnement France, 2017

Qu'est ce qu'un parabène?, Département Cancer et Environnement du Centre Léon Bérard (Centre régional de lutte contre le cancer)

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