Cancer du côlon : la prise d’antibiotiques augmente les risques

L’usage d’antibiotiques n’est pas sans risque pour la santé, même en petite quantité. Selon une récente étude, ces médicaments pourraient augmenter le risque de cancer du côlon, dix ans après leur consommation.

On sait déjà que l'usage excessif d'antibiotiques favorise l'essor des superbactéries. D’après une nouvelle étude, publiée dans la revue Gut, cela peut aussi augmenter le risque de cancer du côlon. Même après un seul traitement, le risque de développer ce cancer est légèrement accru dix ans plus tard. La modification du microbiome intestinal provoquée par la prise d’antibiotiques serait en cause. D’où l’importance de les utiliser avec une grande modération.

Un risque légèrement accru… mais accru quand même !

Des chercheurs du Johns Hopkins Kimmel Cancer Center (Etats-Unis) ont étudié 28 890 patients atteints d'un cancer colorectal et 137 077 cas témoins, issus d’une banque de données médicales britannique, sur une période de 23 ans.

Grâce à leurs dossiers médicaux, ils ont identifié tous les facteurs de risque de ces patients, de développer un cancer colorectal : tabagisme, obésité, consommation d’alcool, diabète… et utilisation d’antibiotiques.

Après avoir pris en compte les autres facteurs dans leur évaluation statistique, les scientifiques ont constaté que les personnes qui avaient développé un cancer du côlon étaient légèrement plus susceptibles d’avoir été exposées à des antibiotiques - 71,3 % contre 69,1 %. Soit une différence de 2,2 %.

En revanche, ce type de traitement n’aurait pas d’incidence particulière sur le risque de développer un cancer du rectum.

Cancer du côlon : attention à la famille des pénicillines

Une étude plus approfondie a permis de définir le type de cancer du côlon le plus favorisé par ces médicaments. Dans le côlon proximal (partie supérieure de cet organe), le risque de cancer était accru d’environ 15 % suite à une exposition aux antibiotiques ; mais ce n’était pas le cas dans le côlon distal.

En outre, l’augmentation du risque semble apparaître plus particulièrement après l’usage de certaines classes d’antibiotiques, qui tuent les bactéries anaérobies - notamment ceux de la famille des pénicillines.

Cette augmentation du risque de cancer du côlon pourrait survenir après seulement 15 à 30 jours d’exposition totale aux antibiotiques, dix ans plus tôt. Ainsi, après 15 à 30 jours d’exposition, le risque serait accru de 8 %, et au-delà de 30 jours, il grimperait jusqu’à 15 %.

Les antibiotiques peuvent modifier l’équilibre du microbiome intestinal

D’après les chercheurs, cela peut s'expliquer par les modifications du microbiome causées par ces traitements. “Bien que les antibiotiques sont souvent efficaces pour éradiquer les infections bactériennes, ils peuvent également modifier l’équilibre du microbiome intestinal, en éliminant les bactéries bénéfiques, et en permettant aux agents pathogènes de se développer”, explique le Dr. Cynthia L. Sears, professeure d’immunothérapie et auteure principale de l’étude.

“Certaines de ces bactéries survivantes pourraient être cancérigènes, et encourager les polypes à se développer et à se transformer en tumeurs malignes”.

L’experte souligne que les probiotiques sont devenus très populaires ces dernières années, en particulier pour lutter contre les déséquilibres du microbiome intestinal. “Mais les données sur les probiotiques sont mitigées : certaines études montrent des effets positifs, et d’autres révèlent qu’ils n’ont aucun effet, ou alors des effets négatifs”.

Prescription d’antibiotiques : de la prudence avant tout !

D’après la scientifique, au lieu de se supplémenter pour tenter d’ajouter des bonnes bactéries dans ses intestins, le meilleur moyen d’éviter un risque accru de cancer serait plutôt de restreindre l’usage des antibiotiques.

"Le principal message de cette étude est l'importance de la gestion des antibiotiques : ne pas traiter les infections virales courantes avec des antibiotiques, les utiliser le moins longtemps possible, et utiliser des antibiotiques ciblés plutôt que ceux à large spectre", explique-t-elle.

“Ces travaux nous permettent de comprendre que ces médicaments peuvent avoir d’importants effets non-ciblés, notamment l’induction de maladies chroniques”.

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