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"Une grande enquête mondiale a révélé tout récemment que ces 20 dernières années, l’incidence des tumeurs cérébrales a augmenté de 17 %", explique le Dr Frédéric Dhermain, cancérologue, responsable du Staff Poly-disciplinaire Tumeurs Cérébrales de l'Adulte, comité de neuro-oncologie au Centre Gustave Roussy à Villejuif (Val-de-Marne).

Elles peuvent se manifester par différents symptômes à repérer au niveau de votre tête. Les tumeurs se développent et se comportent différemment, selon qu'elles sont cancéreuses (malignes), non cancéreuses (bénignes) ou précancéreuses. Mais il est essentiel de savoir les déceler à temps. Les délais de prise en charge étant déterminants si l'on veut avoir des chances de survie.

En outre, les tumeurs cérébrales ne sont pas les seules à provoquer des signes visibles sur la tête. Certains cancers de la peau ont aussi tendance à se manifester sur cette zone, au niveau du visage notamment. On vous aide donc à repérer tous les signes avec le Dr Dhermain ainsi que la Société Française de Dermatologie.

Maux de tête intenses et paupières lourdes : des signes de tumeurs cérébrales

Les tumeurs cérébrales se développent au sein de la boite crânienne. Il peut s’agir de métastases, secondaires à un autre cancer développé initialement hors du cerveau ou bien de tumeurs cérébrales primitives, issues des cellules présentes dans le système nerveux central.

Les symptômes provoqués par une tumeur cérébrale diffèrent, entre autres, en fonction de la taille de la tumeur et de sa localisation. Il peut s’agir notamment de maux de tête, de crises d’épilepsie ou de troubles fonctionnels (difficultés à parler, à coordonner ses mouvements, à se repérer dans l’espace…).

Maux de tête qui ne passent pas : consultez !

Les céphalées font partie des symptômes révélateurs possibles d’une tumeur cérébrale. "Si les maux de tête s’étendent sur plusieurs jours et résistent aux antalgiques comme l’aspirine ou le paracétamol, il faut penser à consulter. Cela peut révéler une tumeur, met en garde le Dr Dhermain de l’Institut Gustave Roussy. Surtout, si ces douleurs persistantes sont associées à des nausées, vomissements et/ou perte d’équilibre". Certes il est inutile de s’alarmer dès l’apparition de ces symptômes. Un mal de tête associé à des nausées peut aussi traduire une simple intoxication alimentaire. Mais en cas de persistance, il faut prendre rendez-vous chez un médecin.

L’expert évoque aussi d’autres symptômes relatifs à ces tumeurs. Il évoque notamment ce qu’il appelle la perte momentanée de contact. "C’est comme si vous aviez coupé le courant : la personne va cesser ses activités momentanément, décrit le Dr Dhermain. Elle est en train de manger ou de parler, et s’arrête net. Comme si vous mettiez un film sur pause. Puis la personne va reprendre ses activités comme si de rien n’était. Elle ne se souviendra même plus de ce qui s’est passé. Cela peut être une mini-crise d’épilepsie. C’est aussi un signe qui doit alarmer".

Et le Dr Dhermain évoque encore un autre signe : "sur quelques jours ou brutalement, vous traînez une jambe et votre bras du même côté ne suit pas non plus. Ce n’est pas douloureux, mais certains de vos membres ne réagissent pas. Ce phénomène peut toucher un seul membre ou les deux du même côté. Ce symptôme est à prendre au sérieux. Il peut aussi traduire une tumeur cérébrale". Si vos maux de tête s'accompagnent de ce genre de symptômes, il est alors impératif de voir votre médecin et d'effectuer une IRM cérébrale.

Paupières qui tombent : ce symptôme doit vous inquiéter

Des symptômes visuels doivent aussi vous alerter. "Une tumeur cérébrale peut être à l’origine d’une diplopie, explique le cancérologue. En clair, vous voyez double. Ce peut être le signe d’une tumeur d’évolution lente qui comprime les voies optiques. Soyez aussi vigilant si vous remarquez qu’un de vos yeux est moins ouvert que l’autre. Votre paupière a alors tendance à tomber et ne parvient pas à se relever. La tumeur empêche le nerf qui commande le muscle de la paupière de répondre".

Quels sont les facteurs de risque d’une tumeur cérébrale ?

Les facteurs de risque constituent le grand mystère des tumeurs cérébrales, explique le praticien.

"Aucun facteur nutritionnel ou environnemental n’est clairement identifié à ce jour. Nous savons que cette maladie n’est dans l’immense majorité des cas, pas héréditaire, mais nous ne sommes pas capables d’expliquer ce qui contribue à son développement. Une grande enquête mondiale a révélé tout récemment que ces 20 dernières années, l’incidence des tumeurs cérébrales a augmenté de 17 %, déplore le Dr Dhermain. Or, nous ne sommes pas en mesure de comprendre précisément pourquoi. On observe néanmoins que cette hausse concerne plus particulièrement les pays du nord de l’Europe et l’Asie".

Quelles sont les chances de survie en cas de tumeur cérébrale ?

Il existe un très grand nombre de tumeurs du cerveau différentes. Selon leur localisation, leur taille et leur agressivité, ces tumeurs n’ont pas la même gravité. Il est donc très difficile d’établir clairement les chances de survie. Cela va dépendre de chaque patient et de chaque tumeur. "L’espérance de vie médiane peut varier entre moins de 3 mois à plus de 10 ans, explique le médecin. On ne peut être plus précis de façon générale, chaque patient est unique".

En effet, si la chirurgie est le principal traitement proposé aux patients atteints de tumeurs cérébrales, elle n’est pas toujours possible, selon sa localisation. D’autres traitements comme la radiothérapie ou la chimiothérapie peuvent aussi être des alternatives ou des compléments à la chirurgie.

"Il faut reconnaître que dans l’immense majorité des cas, il est quasiment impossible de guérir définitivement d’une tumeur cérébrale lorsqu’elle est maligne, déplore le spécialiste. Une fois le diagnostic établi, on est parti pour une longue histoire avec le patient. S’il est régulièrement possible de soigner une tumeur cérébrale bénigne grâce à une opération et éventuellement une radiothérapie ou une chimiothérapie derrière, les tumeurs malignes ne disparaissent définitivement qu’exceptionnellement".

Contrairement aux tumeurs malignes, les tumeurs bénignes (non cancéreuses) se forment lentement, restent souvent isolées des tissus cérébraux voisins, et surtout, ne se propagent pas.

Lésion chronique grandissante sur le front : un cancer de la peau ?

Le carcinome basocellulaire est le cancer de la peau le plus courant. La localisation la plus fréquente constitue le visage : le nez, le front, le pourtour des yeux et les joues sont les zones les plus souvent touchées puisqu’ils concernent 70 à 80 % des carcinomes basocellulaires. "Les carcinomes cutanés sont les plus fréquents des cancers de l'adulte, assure la Société Française de Dermatologie. On estime qu'il y a environ 70 à 80 nouveaux cas par tranche de 100 000 habitants repérés par an, soit chaque année environ 40 à 50 000 nouveaux cas pour l'ensemble de la population française".

Diagnostiqués à partir de 50 ans, les carcinomes basocellulaires touchent aussi bien les hommes que les femmes.

Une lésion chronique qui se met à saigner : un signe d’alerte du carcinome basocellulaire

"La possibilité d'une tumeur de type carcinome cutané doit être évoquée devant toute lésion chronique de la peau qui a récemment augmenté de taille, qui s'ulcère ou qui saigne légèrement", alerte encore la société de dermatologie. Cette lésion peut survenir sur une peau jusque-là saine mais aussi à un endroit où la peau présentait déjà des anomalies connues (lésion de radiodermite, ulcération, cicatrice de brûlure…).

Ce type de carcinome se présente le plus souvent sous forme de kyste ou sous forme superficielle en ne touchant que la zone extérieure de la peau. Une forme plus rare du carcinome basocellulaire se présente sous une forme plus agressive, comme une lésion croûteuse et jaunâtre.

Quels sont facteurs de risque du carcinome basocellulaire ?

Les personnes ayant le plus de risques d'être atteintes par ce type de cancers ont la peau claire, les yeux et les cheveux clairs, ont des difficultés à bronzer et prennent facilement des coups de soleil.

Les carcinomes basocellulaires se développent chez des sujets ayant été exposés excessivement et brutalement au soleil, pendant l’enfance. "Pour ce type de carcinomes, il n'y a donc pas à proprement parler de professions exposées, il s'agit plutôt de personnes qui ont des activités de loisirs ou qui voyagent dans des pays à fort ensoleillement et qui se trouvent en situation d'attraper des coups de soleil", précise la société de dermatologie.

L’exposition excessive au soleil est particulièrement dommageable lorsqu'elle survient de façon répétée au cours des 20 premières années de vie. Vu le rôle qu'elle joue dans l'apparition des deux types de carcinomes cutanés, il apparaît clairement que la protection solaire est le meilleur moyen de les prévenir.

Carcinome basocellulaire : quelles chances de survie ?

Le traitement des carcinomes est basé sur la chirurgie dermatologique qui doit s'attacher à retirer totalement la tumeur et une zone de peau saine tout en limitant les conséquences esthétiques ou fonctionnelles éventuelles de la perte de peau.

"La survie à la plupart des cancers de la peau autres que le mélanome est excellente. La survie relative après 5 ans est de 100 %. Cela signifie qu’en moyenne, toutes les personnes qui reçoivent un diagnostic de ce cancer ont autant de chances de vivre au moins 5 ans à la suite de leur diagnostic que la population générale", détaille la Société Canadienne du Cancer.

En revanche, une fois la lésion retirée, le patient devra être suivi régulièrement pour éviter une récidive (tous les 6 mois la première année). Il faut savoir que si l’on a déjà eu un carcinome cutané, on a un risque accru d’en développer un autre. Il faut ainsi renforcer sa protection solaire lors d’expositions.

Crâne matelassé et tête anormalement grande : des signes de tumeur bénigne

Un Italien âgé de 30 ans a défrayé la chronique en mai 2019 avec l’apparition de stries sur son crâne. Les médecins lui ont diagnostiqué une acromégalie, conséquence d’une tumeur bénigne du cerveau, selon le New England Journal of Medicine. Cette maladie est due à une hypersécrétion de l’hormone de croissance (GH). Celle-ci entraîne une augmentation de la taille de la tête, mais aussi des mains, des pieds et de certains organes lorsqu’elle se manifeste après la puberté.

L’acromégalie est causée par une tumeur non-cancéreuse dans l’hypophyse (glande secrétant des hormones, située dans une cavité osseuse du cerveau). Elle touche environ 6 000 personnes en France et survient généralement après 40 ans.

Le patient de 37 ans suait de manière excessive, souffrait de maux de tête et ressentait des douleurs articulaires depuis quatre ans. Mais surtout, il présentait une mâchoire anormalement grande et des plis formant des stries, de plus en plus visibles sur son crâne.

Acromégalie : une maladie due aux hormones

Ces signes révèlent une acromégalie, pathologie causée par une tumeur non cancéreuse (bénigne), située dans l’hypophyse. Cette maladie, due aux hormones, est responsable de la transpiration excessive, des douleurs articulaires et de l’augmentation de la taille de la mâchoire, du visage, des mains, des pieds.

Quant aux stries sur le crâne, elles ont été causées par la cutis verticis gyrata (CVG). Autre conséquence de la tumeur bénigne, cette maladie se caractérise par une hypertrophie et une hyperlaxité cutanée : autrement dit, le volume de la peau et son élasticité augmentent, formant des plis semblables à la circonvolution cérébrale.

Quels sont les facteurs de risque de l'acromégalie ?

D’après, l’Association Acromégale, pas Seulement (APS), les facteurs de risque ne sont pas connus actuellement. Si elle apparaît plus souvent aux alentours de 40 ans, la maladie peut apparaître à tout âge. "Elle touche un peu plus les femmes que les hommes, mais elle peut concerner toutes les populations", détaille APS. Actuellement, la recherche sur l’acromégalie se concentre justement sur les causes de cette maladie ainsi que sur le rôle que joue l’hormone de croissance dans l’apparition de tumeurs.

Acromégalie : quelles sont les chances de survie ?

"Non traitée, l’acromégalie s’aggrave, sans guérison spontanée, entraînant une diminution de 10 ans d’espérance de vie en moyenne", poursuit APS. La sévérité de la maladie est due à l’apparition progressive des diverses complications. Les plus dangereuses sont les complications cardio-vasculaires : hypertension, troubles du rythme cardiaque et insuffisance cardiaque. En outre, les perturbations hormonales peuvent entraîner un diabète, qui présente des risques supplémentaires (endommagement des reins avec nécessité de dialyses, atteinte des yeux avec risque de cécité).

La plupart du temps, l’intervention chirurgicale constitue le traitement de choix. Il consiste à retirer la tumeur. Le plus souvent, elle peut être retirée par voie nasale dans ce cas de figure (le chirurgien n’a alors pas besoin d’ouvrir le crâne).

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Sources

Merci au Dr Frédéric Dhermain, cancérologue, responsable du Staff Poly-disciplinaire Tumeurs Cérébrales de l'Adulte au Centre Gustave Roussy à Villejuif (Val-de-Marne)

Statistiques de survie pour le cancer de la peau autre que le mélanome, Société Canadienne du Cancer

Association Acromégales pas Seulement

Comprendre le carcinome, Société Française de Dermatologie

Ligue contre le cancer

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