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Un amaigrissement inexpliqué

Vous perdez du poids à vue d’œil malgré le fait que vous mangez bien ? Cela peut être signe d’un cancer.

Une étude britannique parue en 2018 a d’ailleurs démontré qu’une perte de poids inexpliquée était un symptôme caractéristique de dix types de cancer, notamment du cancer du poumon, du cancer colorectal et du cancer du pancréas.

Mais quel est le mécanisme impliqué ? Le professeur associé Bernard Frèche, médecin généraliste, explique : "Les tumeurs consomment de l’énergie car elles ont besoin de glucides, de lipides et de protéines pour se développer. Elles vont pomper nos apports et nos réserves, ce qui fait qu’elles vont grossir mais le patient, lui, va perdre du poids. Les tumeurs entrainent également une altération de l’état général qui fait que les personnes ont souvent un appétit et donc des apports diminués."

Une pâleur de la peau et des muqueuses

"Les signes de cancer déterminés par la littérature comme étant les plus prédominants sont ceux en rapport avec une anémie, notamment une pâleur cutanée ou des muqueuses", affirme le Pr Frèche. Caractéristique notamment de la leucémie, aussi appelée cancer du sang, elle résulte d’une "diminution du nombre de globules rouges dans le sang", précise la Fondation ARC (1). Elle peut également s’accompagner d’une fatigue intense et d’un essoufflement.

Une plaie qui ne guérit pas

Des lésions cutanées qui ne cicatrisent pas en l’espace de quelques semaines malgré les traitements qui ont pu être mis en place peuvent faire penser à un cancer de la peau. Pourquoi ? Car le processus de cicatrisation est empêché par une "prolifération cellulaire", explique le Pr Frèche. Les plaies peuvent alors saigner, suinter ou faire des croûtes.

Un grain de beauté différent des autres

Un grain de beauté différent des autres© Istock

Autre signe caractéristique du cancer de la peau et plus particulièrement du mélanome : un grain de beauté qui n’a pas le même aspect que les autres. "En médecine, on le surnomme le 'vilain petit canard', nous apprend le Pr Frèche. C’est un grain de beauté qui devient inquiétant. Il est différent des autres, un peu plus noir, irrégulier, il bave un peu…" Selon le site de l’Assurance Maladie (2), une règle simple, baptisée "règle ABCDE", "peut aider à reconnaitre les signes d’alerte d’un mélanome" :

  • "A comme Asymétrie : le grain de beauté n'est pas régulier, ni rond, ni ovale et ses reliefs ne sont pas répartis régulièrement autour de son centre,
  • B comme Bords irréguliers : ses bords sont irréguliers et mal délimités,
  • C comme Couleur : il présente plusieurs couleurs : noir, bleu, marron, rouge ou blanc,
  • D comme Diamètre : il est de grande taille (plus de 6 mm),
  • E comme Évolution : il évolue et grossit, change d'épaisseur et de couleur."

Un mamelon qui suinte

Un mamelon qui suinte© Istock

Un écoulement du mamelon est, dans la grande majorité des cas, bénin. Si l’écoulement est clair, verdâtre ou brun, s’il sent mauvais ou s’il provient d’un seul mamelon, il peut être le symptôme d’une tumeur non cancéreuse ou d’une mastite, qu’il faut toutefois suivre et traiter.

En revanche, l’écoulement est plus inquiétant lorsqu’il survient chez la femme non-allaitante, qu’il apparait spontanément sans contracter le mamelon, qu’il provient des deux seins ou qu’il est teinté de sang, car cela peut être synonyme de cancer du sein.

À noter que ce symptôme est plutôt rare : "le plus souvent, c’est l’apparition d’une boule dans le sein qui alerte les femmes", rappelle le Pr Frèche.

Mais pour s'en apercevoir, encore faut-il apprendre à bien se palper.

Pour ce faire, vérifiez tout d'abord l'aspect de vos seins, en position debout, torse nu. Essayez alors de relever :

  • Tout changement de taille, de forme ;
  • Des rougeurs ;
  • Des altérations du mamelon ou de la peau ;
  • Des renflements ;
  • Des écoulements du mamelon, avec ou sans pincement.

Vous devez être sûre d'examiner la totalité des deux seins, ainsi que le creux de l'aisselle, de chaque côté. Utilisez la pulpe de vos trois doigts du milieu de la main gauche pour le sein droit et vice versa. Pour chaque mouvement, utilisez trois niveaux de pression : superficielle, moyenne, forte.

Si vous avez détecté quelque chose, ne vous inquiétez pas, la plupart des grosseurs sont bénignes. Néanmoins, parlez-en sans attendre à votre médecin qui pourra vous prescrire des examens complémentaires en cas de doute.

Attention, l'autopalpation ne peut pas remplacer des mesures de dépistage indispensables comme la palpation par un professionnel de santé tous les ans dès 25 ans et la mammographie, recommandée tous les 2 ans aux femmes entre 50 et 74 ans (ne présentant pas de facteurs de risques particuliers de développer un cancer du sein).

Des saignements et des ecchymoses fréquents et spontanés

Des saignements et des ecchymoses fréquents et spontanés© Istock

Saignements du nez, des gencives, sous-cutanés (aussi appelés pétéchies), bleus sur le corps… Si ces symptômes sont fréquents, importants et spontanés, ils peuvent révéler une leucémie.

Ils sont alors le résultat d’une diminution du taux de plaquettes, phénomène appelé thrombopénie.

Cette thrombopénie ou thrombopathie (diminution du nombre de plaquettes dans le sang) peut avoir de nombreuses causes.

  • Elle peut être périphérique - autrement dit les plaquettes sont détruites à l'extérieur de la moelle osseuse.
  • Elle peut avoir une origine centrale. Dans ce cas, la production de plaquettes est diminuée dans la moelle osseuse.
    De nombreuses maladies hématologiques (leucémies, maladie de Hodgkin, drépanocytose, anémie... ndlr) peuvent entraîner une thrombopénie centrale.

Par ailleurs, des saignements persistants localisés au niveau de la bouche peuvent être révélateurs d’un cancer de la cavité buccale.

Des taches blanches sur les lèvres

Des taches blanches sur les lèvres© Istock

La survenue de plaques blanches (phénomène appelé leucoplasie) sur les lèvres ou dans la bouche qui ne partent pas au moment du brossage des dents est souvent due au tabagisme ou à une consommation excessive d’alcool. Mais elle peut également révéler un cancer de la cavité buccale, sixième cancer le plus fréquent chez les hommes en France avec le cancer de la lèvre et du pharynx (3).

La leucoplasie n'est pas nécessairement synonyme de cancer. En effet, le risque de cancer de la cavité buccale dépend de la différence de forme, de taille et d'apparence entre les cellules anormales et les cellules normales de la bouche. Cette anomalie est appelée dysplasie.

Malheureusement, il n'existe pas de traitement pour la traiter, mis à part une surveillance attentive des signes avant-coureurs d'un cancer. Par ailleurs, les personnes qui en sont atteintes doivent éviter les facteurs de risque connus comme la consommation de tabac et d'alcool.

Ces taches peuvent aussi être de couleur rouge (on parle alors d’érythroplasie) ou teintées de blanc et de rouge (érythroleucoplasie).

Une éruption cutanée et des démangeaisons

Une éruption cutanée et des démangeaisons© Istock

L’apparition spontanée de boutons sur le corps et de démangeaisons au niveau du thorax, de l’estomac ou du dos sont des symptômes fréquents du lymphome non hodgkinien, explique la Société canadienne du cancer. Il s’agit d’un cancer qui se développe dans les lymphocytes, des cellules du système lymphatique qui joue un rôle dans l’immunité.

Interviewé par Medisite, le Dr Emmanuel Raffoux, hématologue, expliquait que "les lymphocytes sont des cellules qui communiquent beaucoup avec leur environnement.Quand il y a prolifération de ces cellules due à la tumeur qui se développe, elles sécrètent plus de cytokines [protéines impliquées dans les réactions immunitaires] qui se déchargent dans l’organisme. C’est cette sécrétion plus importante qui entraîne ce genre de symptôme."

Consulter son médecin traitant en cas de persistance des symptômes

Consulter son médecin traitant en cas de persistance des symptômes© Istock

Le Pr Frèche est clair : ces symptômes nécessitent une consultation dès lors qu’ils perdurent pendant plusieurs semaines. "Il faut être raisonnable, rappelle-t-il. Ce n’est pas la peine de courir voir le médecin lorsque l’on ressent des symptômes banals. En revanche, quand ceux-ci deviennent gênants, qu’ils ne sont pas habituels et qu’ils durent, il faut y aller. Il faut être à l’écoute de son corps."

Mais alors, vers qui se tourner ? Généraliste, spécialiste ou services d’urgences ? Pour notre interviewé, le premier possède des atouts indéniables : "On sait qu’un pays qui favorise les soins primaires en améliore la qualité de soins et la qualité de santé. Ça veut dire qu’il est bien de passer d’abord par un médecin traitant, car il va pouvoir avoir des éléments d’orientation. C’est son métier, et pas forcément celui des autres, de pouvoir intervenir à tous les temps d’une maladie, avant le diagnostic jusqu’après la prise en charge. Ce que ne font pas forcément les médecins de soins secondaires, qui sont déjà orientés par leur discipline. Il est donc fondamental d’être suivi par un médecin généraliste ; c’est également lui qui favorise le dépistage."

Cancer : quels examens de diagnostic ?

Cancer : quels examens de diagnostic ?© Istock

C’est en fonction de la nature des symptômes que le médecin généraliste va orienter le patient vers tel ou tel examen de diagnostic : "Pour chaque point d’appel, il y a un bilan spécifique, explique le Pr Frèche. Pour les grains de beauté anormaux, il s’agira de faire une dermatoscopie. Si l’on a une toux persistante, il faut faire une radio ou un scanner. S’il y a du sang dans les urines, ce sera une cystoscopie. S’il y a du sang dans les selles, le médecin traitant dirigera le patient vers un gastro-entérologue qui fera une coloscopie. S’il y a une fatigue, une pâleur cutanée ou des muqueuses, ce sera une prise de sang."

Contrairement à ce que l’on peut penser, la prise de sang n’est donc pas adaptée à toutes les situations et ne permet pas de poser un diagnostic de cancer : elle y aide seulement. "C’est possible qu’un jour on puisse savoir s’il y a des cellules cancéreuses qui circulent dans notre organisme grâce à une simple prise de sang, affirme le Pr Frèche. Ça n’existe pas aujourd’hui, mais il y a des pistes. En revanche, la prise de sang permet de nous donner des éléments d’orientation."

En effet, certains cancers "libèrent dans le sang des marqueurs tumoraux qui révèlent leur présence", explique la Fondation contre le cancer (4) : ainsi, par exemple, le dosage du PSA aide au diagnostic du cancer de la prostate, et le dosage de l’alpha-fœtoprotéine, à celui d’un cancer du foie.

Sources

Remerciements au professeur Bernard Frèche, médecin généraliste et professeur associé de la faculté de médecine de Poitiers.

(1) "Leucémies de l'adulte : les symptômes et le diagnostic". Fondation ARC.

(2) "Mélanome cutané : symptômes, diagnostic et évolution". Ameli.fr. 7 décembre 2018.

(3) "Cancers de la lèvre, de la bouche et du pharynx". Santé publique France. 16 avril 2018.

(4) "La prise de sang". Fondation contre le Cancer.

"Le carcinome basocellulaire". Skin Cancer Foundation.

"Ecoulement du mamelon". Société canadienne du cancer.

"Symptômes du lymphome non hodgkinien". Société canadienne du cancer.

"Symptômes du cancer de la cavité buccale". Société canadienne du cancer.

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